TUNISIE
26/05/2019 10h:25 CET

Le ministère de l'Intérieur a-t-il minimisé une attaque salafiste contre un café ouvert la journée à Radès?

Deux versions s'opposent: Celle des victimes et de l'avocat du propriétaire du café, et celle du ministère de l'Intérieur.

Alors qu’un café ouvert durant la journée, pendant le mois de Ramadan, à Radès Meliane a été attaqué samedi, entrainant de nombreux blessés et de grands dégâts matériels, le ministère de l’Intérieur a affirmé dans un communiqué publié dans la soirée que l’attaque en question n’avait rien à voir avec “des extrémistes religieux”, ce que nie des témoins de la scène ainsi que l’avocat du propriétaire du café.

Si selon le ministère il s’agit d’une bagarre entre des jeunes du quartier et des serveurs du café, plusieurs témoins visuels de la scène ont confirmé au HuffPost Tunisie qu’il s’agissait d’une attaque salafiste.

“Ils étaient une dizaine, venus dans un pick-up avec des bidons d’essence et des armes à la main. Ils ont voulu nous brûler vivant à l’intérieur. Ils nous traitaient de mécréants et nous ont pourchassé” raconte une victime au HuffPost Tunisie déplorant la version du ministère de l’Intérieur qui “légitime les attaques salafistes contre les citoyens et minimise cette attaque”. “Pourquoi ne parlent-ils pas de la caméra du café qui a été cassée par ceux qui nous ont attaqué? Pourquoi ont-ils pris nos témoignages si c’est pour finalement raconter autre chose?” déplore cette victime.

 

Même son de cloche du côté d’un témoin visuel de la scène, qui, lui se trouvait à l’extérieur du café: “J’ai entendu des cris dans la rue voisine. Avec mon frère, on a décidé d’aller voir ce qui se passe. On a vu des gens en sang sortir du café et des personnes avec des bâtons qui courraient derrière eux, pendant que d’autres versaient de l’essence” explique-t-il ajoutant qu’il s’agissait bien “de personnes d’une tendance religieuse extrémiste” qui ont perpétré cette attaque.

 

Ces deux versions ont cependant été niées par une personne affirmant habiter le quartier: “C’est une bagarre comme il y en a tous les jours entre deux bandes rivales de Radès. Mais là ça a pris une dimension différente parce que les moyens utilisés ont dépassé tout entendement” décrit un témoin au HuffPost Tunisie.

L’avocat d’Amine Kamoun, propriétaire du café attaqué, Mounir Baatour, a pour sa part démenti la version officielle dont celle donnée dans plusieurs médias par le porte-parole de la sécurité intérieure Walid Hakima.

Selon Maître Baatour, des “centaines de salafistes” ont “volontairement” attaqué le café en question. “En les voyant, le propriétaire a fait redescendre le store en acier mais les salafistes ont versé de l’essence et ont allumé le feu afin de brûler le café avec les serveurs et les clients à l’intérieur” a-t-il décrit.

Face à cela, le propriétaire du café a relevé le store pour permettre aux clients de fuir le feu, mais ”à leur sortie, ils ont été attaqués avec des épées et des bâtons. Le serveur a été jeté du toit du café, qui se trouve au premier étage, et une grande partie du café a brûlé” a-t-il poursuivi.

Selon l’avocat du propriétaire du café, ce dernier aurait appelé la police qui n’a pu venir secourir les victimes à cause “du grand nombre de salafistes”: “La voiture de police est restée attendre au loin pendant une heure, le temps que des renforts arrivent. Entre temps, les assaillants ont pris la fuite”.

“Ce qui s’est passé est une attaque terroriste que le ministère de l’Intérieur essaye d’étouffer en faisant croire qu’il s’agit d’une bagarre entre délinquants” a fustigé Mounir Baatour.

“Je ne sais pas ce qui me fait le plus mal: mes blessures physiques ou le communiqué du ministère de l’Intérieur. C’est comme s’ils nous punissaient une deuxième fois en essayant d’étouffer l’affaire. Ils sont en train de donner carte blanche à tous les extrémistes religieux en leur disant: ‘vous pouvez attaquer qui vous voulez, nous n’avons rien vu’ ” conclut l’une des victimes de l’attaque au HuffPost Tunisie, non sans beaucoup d’amertumes: “Déjà qu’on avait du mal à croire la police et la justice tunisienne, avec cette mascarade du ministère de l’Intérieur, je crains qu’aujourd’hui ‘la police leur est acquise’ (الامن مضمون ) comme le proclamait un dirigeant du parti islamiste tunisien il y a quelques années”.

Entre témoins et victimes d’un côté et la communication gouvernementale officielle de l’autre, deux versions s’opposent. La vérité, elle, se fait attendre.

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