MAROC
20/04/2019 19h:24 CET

Le ministère de la Communication dénonce le classement RSF sur la liberté de la presse

Le Maroc stagne à la 135e place dans le rapport annuel de Reporters sans frontières.

ASSOCIATED PRESS

PRESSE - Coup de gueule du ministère de la Culture et de la Communication. Le département de Mustapha El Khalfi répond ce samedi au classement 2019 de Reporters sans frontières sur la liberté de la presse, en le dénonçant “vigoureusement” “le mépris de l’organisation Reporters sans frontières (RSF) pour les critères d’objectivité et de transparence dans ses rapports et déclarations sur la liberté de la presse au Maroc”, affirme le département communication dans un communiqué relayé par la MAP. 

Le ministère a ainsi déclaré, dans ce même texte, que le rapport de l’organisation RSF au titre de l’année 2019 “viole de nouveau” les règles d’objectivité et les critères d’exactitude et de transparence, en classant le Maroc dans la catégorie des “pays à risque” pour la presse, soulignant que l’organisation ignore “délibérément” “le climat de liberté, d’ouverture et de pluralité dont jouissent les journaux et les médias”.

“Ce classement est démenti aussi par la réalité de la pratique du métier, marquée par des initiatives et mesures d’ordre organisationnel qui visent à adapter les établissements médiatiques au climat d’ouverture, de démocratisation et de liberté garanti par la loi, comme le mentionnent des rapports officiels que le ministère va rendre publics ultérieurement, et qui prouvent l’existence d’indicateurs positifs témoignant du respect de la liberté de la presse et de l’édition au Maroc”, affirme la même source.

“Stupéfaction”

Le communiqué relève, par ailleurs, que RSF, “dans une nouvelle violation” des règles d’objectivité à l’égard du Maroc, fait état d’un “recul” de la liberté de la presse au cours de l’année 2018, à travers ce que le rapport a qualifié de “forte pression de la justice à l’encontre des journalistes” et le nombre ”élevé” de plaintes visant les journalistes professionnels et certains “journalistes citoyens”, notant que ce rapport avance que les autorités marocaines ont “délibérément entravé le travail des médias nationaux et étrangers”. 

Le ministère, affirme également avoir accueilli avec ”étonnement” ces jugements “qui n’ont aucun rapport avec la réalité”, a déploré le langage utilisé dans le rapport de RSF et qui puise dans un lexique “alarmiste” en évoquant une supposée “forte pression de la justice sur les journalistes”, alors que les faits qui sous-tendent ces jugements et conclusions “reposent sur un seul cas ayant fait l’objet de précisions en réponse à un précédent rapport de la même organisation”.

Le communiqué exprime également sa “stupéfaction” face à “l’exploitation faite par RSF de faits ordinaires, nonobstant leur véracité, pour porter des jugements sur la liberté de la presse au Maroc, sans prêter la moindre considération aux réformes mises en oeuvre, chaque année, dans les domaines de la liberté de la presse et d’expression, de la démocratisation et de la modernisation du champs médiatique marocain”.

Pour le département de Mustapha El Khalfi, le rapport “a ignoré, de manière indigne d’une organisation internationale censée observer la neutralité et l’objectivité, des indicateurs objectifs qui consacrent le climat de liberté, d’ouverture, de pluralisme et de diversité que connaît le Maroc dans tous les domaines, notamment les transformations profondes du système judiciaire ayant donné lieu à l’indépendance totale de l’autorité judiciaire”.

Un rapport réfuté “dans sa totalité”

“L’étonnement atteint son comble lorsque les questions sur la migration sont utilisées pour juger la liberté de la presse au Maroc, au moment où le monde entier témoigne des contributions indéniables du Maroc qui renforcent les dimensions humanitaires de la migration, et ce à travers des mesures historiques qui se manifestent notamment à travers l’organisation en décembre dernier, de la Conférence intergouvernementale pour l’adoption du premier Pacte mondial pour une migration sûre, ordonnée et régulière, une décision saluée par le Secrétaire général des Nations unies”, relève le communiqué.

Le Maroc répond ainsi à un des points évoqués par RSF. L’ONG estime en effet que les autorités marocaines ont “délibérément entravé le travail des médias nationaux et étrangers travaillant sur le Hirak du Rif ou le dossier désormais tabou de la migration”. 

Après avoir réfuté le contenu de ce rapport “dans sa totalité”, le ministère de la Communication a de son côté assuré que les correspondants des différents médias nationaux et internationaux ainsi que les envoyés spéciaux des médias étrangers, “exercent leur métier, sur l’ensemble du territoire du Royaume, en toute liberté et dans des conditions normales, conformément aux dispositions et normes juridiques qui régissent et encadrent le métier de journaliste”.

Dans ce sens, le ministère a expliqué que 86 correspondants accrédités au Maroc pour le compte de 49 médias étrangers disposent des toutes les autorisations délivrées par les services compétents du ministère, leur permettant d’accomplir leurs activités habituelles “dans des conditions normales”, précisant que des dizaines de délégations de journalistes étrangers de différentes nationalités ont effectué des missions dans les différentes régions du Royaume où elles ont réalisé des couvertures et reportages “sans la moindre intervention des pouvoirs publics”.

Concernant le processus d’ouverture du Maroc sur les médias, le ministère a affirmé que 882 demandes d’autorisations de tournage ont été accordées, dont 485 pour des activités nationales et 397 activités étrangères, ajoutant avoir traité, au titre de l’année 2018, plus de 1.000 dossiers sur les importations et admissions temporaires d’équipements photographiques et les autorisations de réalisation de reportages , des films documentaires et de couvertures médiatiques de tout genre.

Publié ce jeudi 18 avril, le rapport de l’ONG pointe notamment du doigt les procès fleuves intentés contre plusieurs journalistes marocains. Parmi eux, Ali Anouzla, rédacteur en chef du site d’information Lakome2, dont le procès dure depuis plus de cinq ans, et Maati Monjib, président de l’Association marocaine du journalisme d’investigation (AMJI), qui fait face à la justice depuis près de quatre ans. Les deux journalistes doivent notamment répondre à des accusations “d’apologie du terrorisme”, “incitation à commettre des actes terroristes” et “atteinte à la sécurité de l’État”, “alors qu’ils n’ont fait qu’exercer leur métier”, indique RSF. Selon l’ONG, ces deux procès “dévoilent une volonté manifeste de l’État marocain de maintenir la profession sous pression”.