MAROC
15/04/2019 12h:57 CET

Le Maroc, pays de transit le plus dangereux pour les migrants qui tentent de rejoindre l'Espagne?

D'après un rapport de l'OIM, l'Algérie et le Maroc se partagent le haut du podium.

Jon Nazca / Reuters
Les migrants, qui font partie d'un groupe intercepté à bord d'un bateau de fortune au large des côtes de la mer Méditerranée, montent sur un bateau de sauvetage à leur arrivée dans un port de Malaga, dans le sud de l'Espagne, le 19 mai 2016.

MIGRATION - La traversée de la Méditerranée n’est pas la seule étape dangereuse sur la route de la migration. La branche espagnole de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) a mené une enquête sur les expériences vécues par les migrants durant le voyage qu’ils entreprennent jusqu’à l’Espagne, devenue la principale porte d’entrée en Europe. L’Organisation a interrogé 1.341 migrants et réfugiés originaires de 39 pays, arrivés en Espagne en 2018. “Près de la moitié (48%) des personnes interrogées ont indiqué avoir connu au moins une expérience directe en lien avec la traite, l’exploitation ou la maltraitance en voyageant le long de l’itinéraire de la Méditerranée occidentale”, indique l’OIM.

Séquestration, travail forcé ou mal rémunéré, mariage arrangé, violences physiques, sexuelles, trafic d’organes. Sur leur route, les migrants qui viennent de la Guinée (29%), du Mali (19%), de la Côte-d’Ivoire (14%), du Cameroun (6%), du Sénégal (6%), du Maroc (5%) et de l’Algérie (4%), empruntent souvent le même itinéraire, selon leur point de départ, avant de rejoindre l’Espagne. Un tiers d’entre eux est passé par le Mali (Bamako), l’Algérie (Alger, Oran, Tamanrasset) en direction du Maroc (Casablanca ou Rabat puis Nador ou Tanger). C’est dans ces deux derniers pays, qui sont les pays de transit que “le pourcentage de cas d’exploitation et de maltraitance était le plus élevé d’après les migrants interrogés”, souligne l’OIM. 

OIM

13% des migrants affirment avoir été détenus de force par des individus armés ou des groupes autres que les autorités gouvernementales. Plus de la moitié de ces incidents (53%) auraient eu lieu dans les régions du sud de l’Algérie, y compris Tamanrasset et Timiaouine. Les autres pays signalés étaient le Maroc (27%), la Libye (7%), le Mali (5%) et le Niger (3%), indique l’étude.

Le travail non payé et le travail forcé ont aussi concerné les deux pays du Maghreb. Sur les 18% des répondants qui ont déclaré avoir travaillé pour quelqu’un pendant leur voyage sans recevoir le paiement attendu, 56% ont affirmé que c’était en Algérie, et 31% au Maroc. Le travail forcé (7%) a principalement eu lieu à Tamanrasset, Timiaouine et Maghnia en Algérie, et Nador et Tanger pour le Maroc.

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Les violences physiques ont touché 41% des personnes interrogées. “Les migrants et les réfugiés ont décrit la violence liée à l’enlèvement par les Touareg, les Toubou et d’autres groupes de nomades dans les zones désertiques”, indique le rapport. Ils ont également fait part de passages à tabac. Environ 62% auraient eu lieu au Maroc (Nador, Tanger, Rabat, Casablanca, Oujda), suivi de Algérie (27%), de la Libye (4%) et du Mali (3%)

Seuls 7 des répondants ont été forcés de donner du sang, des organes ou des parties de leur corps durant leur voyage. Mais, encore une fois, “près de la moitié de ces expériences rapportées auraient eu lieu au Maroc -principalement à Nador et Tanger-, suivi par l’Algérie -à Alger et Oran-, le Nigéria et la Libye.

Les Subsahariens, premières victimes

Les migrants et réfugiés venus du Cameroun, de Gambie et de Guinée sont ceux qui ont le plus fait état de maltraitance au cours de leur voyage avec, respectivement, 67%, 63% et 62% de réponse positive à l’une des questions posées lors de l’enquête. “Les migrants originaires du Maroc (6%), d’Algérie (13%) et de Mauritanie (24%) étaient les moins concernés”, indique l’OIM.

Le pays de départ en est la cause puisque les migrants qui doivent traverser plus de pays sont plus exposés à la traite, l’exploitation et la violence. “L’incidence la plus faible de réponses positives a été enregistrée chez ceux dont le périple durait moins d’un mois, en provenance directe du Maroc et de l’Algérie ou en chemin vers le Maroc via des vols directs depuis leur pays d’origine”. 

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“Les résultats de cette étude montrent une proportion inquiétante de cas d’exploitation et de maltraitance de migrants et de réfugiés en chemin. La diversité des motivations et expériences est frappante et nous ne nous rendons pas toujours compte du niveau de vulnérabilité en jeu”, a souligné Maria Jesus Herrera, chef de mission de l’OIM en Espagne.  

“Les conclusions renforcent notre vision selon laquelle il reste beaucoup à faire pour fournir une aide spécialisée, une protection et des soins le long de l’itinéraire. Au bout du compte, une grande partie de la maltraitance et de la souffrance pourrait être évitée en renforçant les voies sûres de migration légale”, a-t-elle ajouté.