MAROC
22/02/2019 15h:00 CET

Le Maroc parmi les pays invités par la Chine à visiter les "camps de rééducation" pour les musulmans du Xinjiang

Ces établissements, présentés comme des centres de formation par la Chine, sont décriés par les militants des droits humains.

ASSOCIATED PRESS
Le 3 décembre 2018, des résidents font la queue à l'intérieur du centre de formation et d'enseignement professionnel de la ville d'Artux, dans la région du Xinjiang, dans le nord-ouest de la Chine.

DIPLOMATIE - Le Maroc fait partie d’une liste de pays invités par la Chine à se rendre prochainement dans les “camps de rééducation” pour musulmans, dans la province chinoise du Xinjiang (nord-ouest). 

Ces camps, présentés comme des centres de formation par la Chine visant notamment à contrer le terrorisme islamiste dans cette province où la communauté musulmane, les Ouïghours, est majoritaire, seraient en fait des “centres de rééducation politique fermés”, selon plusieurs ONG et militants des droits de l’Homme.

Décriés par la communauté internationale, ils ont fait l’objet d’une enquête par l’AFP en octobre dernier. L’agence de presse révélait que ces établissements étaient davantage gérés comme des prisons que comme des centres de formation. Début décembre, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH) avait demandé à Pékin un accès direct à la région “pour pouvoir vérifier les informations préoccupantes” qu’il recevait à ce sujet.

Pour jouer la carte de la transparence et éviter les critiques venant de l’ONU et de pays à majorité musulmane, la Chine a ainsi lancé une opération de communication à destination du corps diplomatique étranger pour organiser des visites de ces camps.

Selon l’agence Reuters, Pékin a convié, depuis le mois de décembre, trois groupes de diplomates étrangers, dont certains basés à Genève en Suisse. Pour la prochaine visite, des sources diplomatiques ont déclaré à Reuters que le gouvernement avait invité des diplomates basés en Chine: il s’agit de représentants d’Arabie saoudite, d’Algérie, du Maroc, du Liban, d’Egypte, de Singapour, du Vietnam, du Laos, de Myanmar (Birmanie), du Cambodge, du Bangladesh, de Russie, du Turkménistan, de Géorgie, de Hongrie et de Grèce.

“Deux sources ont indiqué que ce voyage était prévu pour la semaine prochaine”, précise Reuters, soulignant que la majorité des invités, dont les diplomates marocains, n’ont pas encore répondu aux questions de l’agence de presse concernant leur participation à ce voyage.

Les responsables de Singapour, du Bangladesh et du Turkménistan ont refusé de commenter, les responsables cambodgiens ont déclaré qu’ils n’étaient pas au courant de la visite, une source au ministère des Affaires étrangères libanais a déclaré que le Liban ne participerait pas, et les diplomates géorgiens ont reçu l’invitation mais ne pourront pas assister à la visite, précise Reuters.

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Dans cette photo du 5 décembre 2018, des barbelés entourent la "base de formation à la fabrication de vêtements de la ville de Hotan", où le fabricant de vêtements Hetian Taida a une usine à Hotan, dans l'ouest du Xinjiang, en Chine.

“Nous pensons que ce voyage les aidera à mieux comprendre et à mieux connaître le Xinjiang”, a déclaré le ministère chinois des Affaires étrangères à l’agence de presse. “Le Xinjiang est ouvert et nous pensons que toute personne qui n’a pas de préjugés peut voir objectivement le succès du développement” de cette région, a-t-il ajouté.

Selon l’AFP, les autorités locales du Xinjiang ont été chargées, depuis deux ans, de mettre en place un réseau de “centres de formation professionnelle” en réponse à la montée de l’islamisme et du séparatisme dans cette région autonome. 

Mais selon 1.500 documents publics consultables en ligne et analysés par l’agence de presse, les centres qui délivrent des cours de chinois ainsi que diverses formations professionnelles, sont gérés de manière ultra-sécuritaire, entourés de barbelés et de caméras infrarouges. Les gardiens de ces établissements sont équipés de gaz lacrymogènes, gourdins et pistolets à impulsion électrique, selon la même source.

Ces centres, dans lesquels seraient détenus un million de Ouïghours - un chiffre contesté par la Chine - doivent “enseigner comme des écoles, être gérés comme à l’armée et défendus comme des prisons”, résume l’un des documents, citant le chef du Parti communiste chinois (PCC) au Xinjiang, Chen Quanguo.

Selon Associated Press, un nombre croissant de camps d’internement ont été construits dans la région du Xinjiang, où les musulmans seraient détenus, forcés d’abandonner leur langue et leur religion, et soumis à un endoctrinement politique. À présent, le gouvernement chinois oblige également certains détenus à travailler dans les industries manufacturières et alimentaires.

Début février, le ministre turc des Affaires étrangères a qualifié de “honte pour l’humanité” l’existence des ces camps destinés à la minorité ouïghoure turcophone, et demandé aux autorités chinoises de “fermer ces lieux de détention” et de “respecter les droits de l’Homme”.