MAROC
22/11/2018 11h:43 CET

Le Maroc finance la quasi-totalité des mosquées de Ceuta et Melilla

Le ministère finance 34 mosquées à Ceuta (sur un total de 42) et 17 mosquées à Melilla.

Agencia EFE
Des fidèles dans une mosquée de Ceuta.

ISLAM - Après avoir affirmé ne financer qu’une “partie du culte musulman” dans les enclaves espagnoles au Maroc, Melilla et Ceuta, le gouvernement marocain a finalement admis et détaillé le financement du culte musulman dans les deux villes espagnoles, soit sa quasi-totalité.

Le porte-parole du gouvernement, Mustafa Khalfi, a récemment reconnu que son pays ‘payait’ un nombre ‘limité’ d’imams dans la ville de Ceuta, mais les données fournies par le ministère des Affaires islamiques vont beaucoup plus loin”, rappelle l’agence de presse espagnole EFE.

En octobre dernier, la chaîne de télévision espagnole Telecinco donnait déjà des détails qui contredisaient les dires du gouvernement marocain dans une enquête consacrée à la ville de Ceuta. La journaliste Ana Terradillos était allée à la rencontre de l’imam de la mosquée de Benzú, Mohamed Ali. Il reconnaissait recevoir ”un salaire mensuel de 500 euros de la part du Maroc, ainsi que 250 autres pour l’entretien de la mosquée et le paiement du muezzin qui appelle à la prière”, soulignait El Mundo. La chaîne espagnole faisait le calcul: sachant que l’enclave comptait 42 mosquées, avec trois imams dans chacune d’elle, le royaume dépenserait 63.000 euros par mois pour financer le culte musulman de Ceuta, soit 756.000 euros par an. 

A la suite de cette enquête, le gouvernement marocain reconnaissait alors avoir “historiquement payé plusieurs imams dans la ville espagnole de Ceuta, lorsqu’ils l’avaient demandé et dans le cadre de leur tâche de propagation d’un islam modéré”, rapportait El Mundo.

Un mois plus tard, le discours a changé. Selon les données communiquées à EFE par le ministère des Affaires islamiques de Rabat, le Maroc finance 34 mosquées à Ceuta (sur un total de 42) et 17 mosquées à Melilla.

Dans le détail, le royaume assure prendre en charge le salaire des imams de chaque mosquée, des prédicateurs qui se déplacent tous les vendredis pour la prière hebdomadaire (de Nador ou de Tétouan) et des muezzins qui appellent à la prière cinq fois par jour, souligne ABC, citant l’agence de presse espagnole. “Le gouvernement marocain verse actuellement les salaires de 95 responsables religieux à Ceuta et de 58 autres à Melilla” sans préciser le budget total alloué à ce financement.

Le gouvernement espagnol “n’a rien fait pour l’islam”

Abdelkrim Allal Aissa, le président de la commission islamique de Melilla, la plus haute instance représentative musulmane de la ville, précise à EFE que “le montant de l’aide accordée à ces fonctionnaires est le suivant: 600 euros par mois pour chaque imam responsable de la mosquée, 300 pour le prédicateur qui se rend tous les vendredis dans les enclaves et 50 euros pour le muezzin”.

Il justifie ce financement par le fait que le gouvernement espagnol “n’a rien fait pour l’islam et ne donne aucune facilité pour la pratique du culte musulman”. Cette situation engendre l’absence d’imams espagnols dans les deux villes et donc, des imams qui parlent aux fidèles dans une langue qu’ils ne comprennent pas toujours (darija et chelha). Mais “il est préférable que les mosquées soient gérées par le Maroc. Son modèle est celui de la modération, préférable au wahhabisme et au radicalisme favorisé, par exemple, par l’Arabie saoudite ou les Émirats arabes unis dans d’autres mosquées en Espagne”, précise Abdelkrim Allal Aissa.

De plus, le Maroc considère que Ceuta et Melilla sont des “villes occupées” par l’Espagne. Même si cela fait de nombreuses années qu’il n’a pas revendiqué sa souveraineté, le vocabulaire politique officiel rappelle toujours qu’elles sont “des villes marocaines” et que leurs citoyens sont toujours définis comme des Marocains”, rappelle EFE.