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29/12/2018 16h:57 CET | Actualisé 29/12/2018 16h:57 CET

Le Maroc devrait se mobiliser pour neutraliser l’influence de John Bolton

"Le responsable américain a déclaré que l’administration Trump envisage de cesser de financer des opérations de maintien de la paix qui n’ont pas atteint leurs objectifs, notamment la MINURSO".

SAUL LOEB via Getty Images

Moins d’une semaine après la table ronde tenue sous les auspices de l’envoyé personnel du Secrétaire général de l’ONU pour le Sahara, le conseiller américain à la Sécurité nationale, John Bolton, a annoncé la stratégie américaine en Afrique.

La participation des États-Unis aux missions des Nations unies de maintien de la paix a été au cœur des sujets abordés par le responsable américain lors de sa présentation à The Heritage Foundation, un groupe de réflexion conservateur à Washington. À cet égard, Bolton a déclaré que l’administration Trump envisage de cesser de financer des opérations de maintien de la paix qui n’ont pas atteint leurs objectifs, notamment la MINURSO.

Le responsable américain a passé plus de cinq minutes à discuter du conflit du Sahara et de l’incapacité de la mission onusienne d’atteindre l’objectif pour lequel elle fut créée il y a plus de 27 ans.

Bolton s’est dit déçu de l’incapacité de la MINURSO et du Conseil de sécurité de résoudre le conflit du Sahara. Il a utilisé le même ton que dans son mémoire intitulé “La reddition n’est pas une option”, publié il y a 10 ans, dans lequel il s’en prend à l’ONU pour n’avoir trouvé aucune formule permettant aux parties de mettre fin au conflit.

Présentant la MINURSO comme son exemple “préféré” des missions de l’ONU qui ne se sont pas acquittées de leurs missions, il a affirmé que le Conseil de sécurité n’a pas la volonté politique nécessaire d’amener le processus politique à bon port et mettre, ainsi, fin au conflit.

Selon Bolton, l’administration américaine a mis le point en avril dernier sur la nécessité de renouveler le mandat de la MINURSO pour six mois seulement afin d’envoyer un message clair aux parties au conflit et au Conseil de sécurité que Washington n’acceptera plus que l’ONU continue sa médiation du conflit sans se fixer des objectifs clairs et atteignables.

Le ton de Bolton et l’attention qu’il a portés à la question du Sahara dans son discours laissent penser qu’il suivra ce dossier de près dans les prochains mois et s’assurera d’y laisser sa marque personnelle. Il ne fait aucun doute que les États-Unis exerceront davantage de pression sur le Conseil de sécurité et les parties au conflit pour qu’ils montrent une volonté réelle d’agir dans un esprit de compromis pour parvenir à une solution politique mutuellement acceptable.

Besoin d’une mobilisation sans précèdent

La diplomatie marocaine devrait être mobilisée plus que jamais et agir en amont pour prévenir tout développement susceptible de faire capoter les efforts déployés par le Maroc ces dernières années pour créer une nouvelle dynamique qui penche relativement en faveur de la position marocaine.

John Bolton cherchera sans aucun doute à accomplir ce qu’il avait échoué à réaliser lorsqu’il était assistant de l’ancien envoyé des Nations Unies, James Baker, et ambassadeur des États-Unis aux Nations unies de 2005 à 2006.

Dans ses mémoires et à de nombreuses autres reprises, Bolton a exprimé son mécontentent vis-à-vis des bureaucrates du département d’État américain, qui l’avaient empêché de faire pression sur les parties pour qu’elles s’efforcent à trouver une solution définitive au conflit.

Eu égard à sa position au sein de l’administration américaine et à sa proximité avec le président, Bolton dispose désormais du pouvoir et de l’autorité qu’il n’avait pas auparavant pour avoir un impact sur les orientations de la politique étrangère américaine, conformément à ses propres positions et principes. Etant un des faucons du parti républicain, Bolton est connu pour ses positions fortes et pour son empressement à les traduire sur le terrain.

L’Algérie est consciente des positions de Bolton et de son poids à la Maison Blanche, raison pour laquelle elle s’est empressé de signer un contrat de lobbying avec Keene Consulting, propriété de David Keene, ami proche de Bolton. C’est Bolton qui est à l’origine de l’intérêt de Keene pour l’Algérie et le Sahara depuis 20 ans.

A en juger par la relation étroite entre Bolton et Keene et la convergence de leurs positions sur le Sahara, on pourrait même dire que le travail que Keene a commencé à faire pour le compte l’Algérie depuis le 1er novembre dernier commence déjà à porter ses fruits. En effet, il était frappant que Bolton ait mentionné le référendum dans sa présentation, alors que le Conseil de sécurité a progressivement mis cette option en veilleuse depuis le début du processus politique en 2007.

Cela montre que Bolton est réceptif aux efforts de l’Algérie et du Polisario de ramener le processus politique à la case départ et de pousser le Conseil de sécurité à reconnaître à nouveau que l’autodétermination, au sens de l’Algérie et du Polisario, reste l’une des options envisageables pour mettre fin au conflit.

En conséquence, le Maroc devrait agir de toute urgence pour empêcher l’Algérie de saper le processus politique et de se distancer de toute implication dans le conflit.

Le Maroc devrait également reconsidérer les firmes de lobbying qu’il a embauchées ces dernières années et examiner leur capacité à communiquer la position marocaine aux autorités américaines. Suite à la décision de l’Algérie de signer un contrat de lobbying avec un proche du conseiller pour la sécurité nationale, le Maroc devrait envisager de faire appel à une firme proche du secrétaire d’État américain Mike Pompeo.

A l’instar de John Bolton, Pompeo est un des poids lourds de l’actuelle administration américaine. En plus de jouir d’une grande popularité au sein du “Tea Party”, l’aile maximaliste du parti républicain, Pompeo est l’un des rares membres de l’administration qui ont accès direct au président Donald Trump. Du temps qu’il était directeur de la CIA, le responsable américain tenait une réunion quotidienne avec le locataire de la Maison Blanche. Cette proximité avec le président et ses affinités politiques avec lui ont joué un rôle primordial au moment où Trump a décidé de le nommer Secrétaire d’État.

Par conséquent, un rapprochement avec le Secrétaire d’État américain apporterait un certain équilibre au sein de l’administration Trump concernant le Maroc. Au cas où le Maroc réussirait à s’attirer les bonnes grâces de Pompeo, celui-ci pourrait s’assurer qu’aucune décision susceptible d’affecter les relations entre les États Unis et le Maroc ne soit prise.

À ce stade, Rabat n’a pas besoin de personnalités qui répètent la phrase galvaudée que le Maroc était le premier pays à avoir reconnu l’indépendance des États-Unis. Le Maroc a plutôt besoin de personnalités de calibre au sein de l’establishment politique de Washington, qui soit capables de convaincre l’administration Trump de soutenir les efforts politiques du gouvernement marocain et de tenir compte des concessions qu’il a faites depuis 2007 pour ouvrir la voie à une solution politique mutuellement acceptable.

Par ailleurs, le Maroc devrait se rapprocher du Congrès américain, en particulier du Sénat, où il souffre toujours d’un déficit et n’arrive pas à gagner le soutien des sénateurs à sa position sur le conflit.

Durant les quatre mois à venir, on va sans doute assister à une concurrence acharnée entre le Maroc et l’Algérie pour s’attirer les bonnes grâces de l’administration américaine et des membres du Congrès. La nature de la position qu’adoptera Washington en avril prochain sera, sans doute, influencée par l’efficacité des efforts de chacun de deux pays à gagner le soutien des responsables américains. D’où la nécessité impérieuse que le Maroc se mobilise plus jamais pour contrer toute tentative algérienne de saper les acquis diplomatiques du Maroc durant ces dernières années.