MAROC
12/10/2018 15h:36 CET

Le Maroc classé 98e selon le nouvel indice du capital humain de la Banque Mondiale

"Le ‘potentiel économique’ futur de la population (et du pays dans son ensemble) est amputé de moitié"

kjschraa via Getty Images

ÉCONOMIE - Les citoyens nés au Maroc aujourd’hui ne seront pas aussi productifs à l’âge adulte qu’ils ne l’auraient été s’ils avaient grandi ailleurs. C’est du moins ce que suggère le nouveau rapport de la Banque Mondiale, dévoilé ce 11 octobre, à Bali, en Indonésie, en marge des Assemblées annuelles de la Banque mondiale et du Fonds Monétaire International (FMI), et qui classe 157 pays du monde selon un nouvel indice du capital humain, en fonction de la “productivité de la prochaine génération de travailleurs”.

Contrairement à d’autres indices, à l’instar de l’indice de développement humain (IDH), celui-ci varie entre 0 et 1 (1 représentant la meilleure note possible) et “permet de mesurer les pertes de productivité économique subies par les pays qui sous-investissent dans leur population”. Avec son score de 0,50, le Maroc se classe 98e, entre le Savador (97e) et la Guyane (99e).

“Un indice national de 0,5, signifie que le ‘potentiel économique’ futur de la population (et du pays dans son ensemble) est amputé de moitié. Ce qui se chiffre, sur 50 ans, à de lourdes pertes économiques, avec une réduction annuelle de 1,4 % de la croissance du PIB”, explique le rapport de la Banque Mondiale.

Le vice-président de la Banque mondiale pour région la MENA, Ferid Belhaj, avait pourtant déclaré en août dernier à Casablanca, lors d’une table ronde sur la nouvelle stratégie de la Banque Mondiale dans le pays, que le Maroc était “l’un des pays prometteurs de la région Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA) en termes de capital humain avec une jeunesse ambitieuse et déterminée à réaliser les objectifs de développement du pays”.

Les pays asiatiques en tête du classement

Les pays voisins devancent le royaume de peu. La Tunisie se retrouve à la 96e place avec un indice de 0,51 tandis que l’Algérie se classe 93e avec un indice de 0,52. Les autres pays du continent africain occupent les dernières places du classement. Selon la Banque Mondiale, le Tchad (0,26) le Soudan du Sud (0,30) et le Niger (0,32) sont les pays avec l’indice de capital humain le plus bas.

L’Asie, quant à elle, rafle les premiers places du classement. Avec 0,88, Singapour se retrouve en tête de liste, suivi par la Corée du Sud (0,84), le Japon (0,84), Hong Kong (0,82) et la Finlande (0,81).

Banque mondiale
Le 20 pays les mieux classés par la Banque Mondiale selon son nouvel indice du capital humain.

L’indice prend en compte trois facteurs: la survie, la scolarité et la santé de l’enfant. Dans chaque pays, les chercheurs de la Banque Mondiale ont dû poser trois questions: “un enfant né aujourd’hui atteindra-t-il l’âge d’aller à l’école?”, “quelle sera la durée de sa scolarité et quels seront ses acquis?” et enfin, “cet enfant sortira-t-il du système scolaire en bonne santé, prêt à poursuivre ses études ou à entrer sur le marché du travail à l’âge adulte?“

Ce nouvel indice permet donc de mesurer “le niveau de capital humain qu’un enfant né aujourd’hui est susceptible d’atteindre d’ici ses 18 ans, compte tenu des services de santé et d’éducation dans son pays. Il mesure la distance qui sépare un pays d’une situation optimale de scolarisation et de santé.“

Et pour atteindre cette situation optimale, la Banque mondiale a lancé dans ce cadre un programme de renforcement de la recherche et des évaluations. Le Maroc fait partie des 28 pays qui ont adhéré au programme auquel participeront d’autres pays comme l’Arabie saoudite, l’Égypte, les Émirats arabes unis, l’Éthiopie, l’Indonésie, l’Iraq, la Jordanie, le Sénégal ou encore la Tunisie.

La Banque mondiale en appelle par ailleurs à la responsabilité des États, soulignant dans un communiqué que “56 % des enfants nés aujourd’hui dans le monde seront privés de plus de la moitié de leurs revenus potentiels à l’âge adulte parce que les États ne font pas les investissements nécessaires pour produire une population éduquée, résiliente et bien portante, prête pour le monde du travail de demain”. “Si les pays agissent maintenant, les enfants nés aujourd’hui pourraient être en meilleure santé, plus riches et plus productifs à l’âge adulte”, poursuit l’institution.