MAROC
11/03/2019 10h:52 CET | Actualisé 11/03/2019 11h:26 CET

Le Maroc abandonne toutes les charges contre Helena Maleno

“Avec cette décision, le Maroc dit que le droit à la vie est plus important que la politique migratoire”.

Fadel Senna

MIGRANTS - C’est un soulagement pour Helena Maleno. Après 15 mois d’attente, la justice marocaine a finalement décidé d’abandonner les charges contre la militante des droits des migrants, membre de l’association Walking Borders (Caminando Fronteras).

Cette dernière était en effet sous le coup d’une enquête initiée par la police espagnole qui l’accuse de “trafic d’êtres humains et émigration clandestine”, puis confiée au Tribunal de Tanger, qui a finalement décidé de classer l’affaire le 12 décembre dernier, rapporte Europa Press. Une décision confirmée après l’audience en appel, au cours de laquelle “la justice marocaine a confirmé la décision du juge d’instruction et a de nouveau indiqué qu’il n’y a aucune preuve d’un crime contre Maleno”, poursuit l’agence de presse ibérique.

Dans une vidéo publiée ce matin sur les réseaux sociaux, Helena Maleno affirme “qu’aujourd’hui, le cauchemar qui a commencé en 2012 s’arrête”. ”Cela a commencé avec une enquête de la police espagnole des frontières, qui a ensuite demandé au Maroc d’enquêter sur moi”, continue-t-elle.

“Pendant cette période, j’ai appris que nous vivons une époque difficile pour les défenseurs des droits humains qui sont persécutés et criminalisés”.

L’association dont elle est membre, Caminando Fronteras, a partagé sur les réseaux son “immense bonheur pour (leur) camarade Helena Maleno. Mais cela ne s’arrête pas là: il est nécessaire de réparer les dommages et de rétablir les droits”.

“Le droit à la vie est plus important que la politique migratoire”

“J’ai toujours eu confiance en la justice marocaine”, déclare Helena Maleno au HuffPost Maroc. “Le Maroc est aussi mon pays, c’est ici que j’habite et que mes enfants ont grandi. Je sais que cette décision a été prise alors qu’il devait y avoir une forte pression de l’Espagne qui a initié cette enquête”, continue-t-elle.

Pour la militante des droits des migrants, cette décision revêt une importance spéciale, à une époque où l’Europe “criminalise les défenseurs des droits”. “On a gagné dans deux pays et c’est très important à un moment où la solidarité envers les migrants est criminalisée en Europe”. 

Cette enquête a en effet inquiété de nombreux militants des droits des migrants qui se retrouvent parfois accusés de “favoriser les passages” en Europe par certains partis politiques et gouvernements. En 2016, plusieurs militants pour la cause des migrants en Grèce avait ainsi été accusés d’être des “passeurs”, comme le rapportait l’édition américaine de Vice.

Helena Maleno a pu cependant compter sur le soutien de personnalités et anonymes, au Maroc comme en Espagne. Le 8 janvier 2018, une messe a été organisée dans une église de Tanger en son honneur.

“En Espagne, la solidarité est incroyable, même de la part de partis de droite, car ce n’est pas une question d’idéologie, c’est une question de droit à la vie”, affirmait-elle en janvier 2018. Un soutien qu’elle a également observé de la part de Marocains. Helena Maleno se dit à ce titre très reconnaissante de la solidarité “de la population et des médias marocains”.

La décision de justice conforte la militante dans sa mission pour les migrants. “Je pense que ce verdict fait jurisprudence”, affirme Helena Maleno au HuffPost Maroc. “Avec cette décision, le Maroc dit que le droit à la vie est plus important que la politique migratoire”.