TUNISIE
27/07/2018 13h:47 CET

Le manque de médicaments, les problèmes structurels et son chauffeur: Ce qu'il fallait retenir du passage radio du ministre de la Santé Imed Hammami

Pour lui, la question de la Santé doit devenir une question de sécurité nationale.

Invité sur la radio Mosaïque Fm, jeudi, le ministre de la Santé publique a fait le buzz malgré lui au détour d’une déclaration qui a fait jaser sur les réseaux sociaux.

Face à au manque de médicaments que connait le pays, le ministre a affirmé que cela était exagéré de parler de pénurie.

“Moi personnellement, je suis allé à la pharmacie chercher un médicament, on m’a dit qu’il était en rupture de stock. J’ai alors envoyé mon chauffeur, qui à la première pharmacie sur sa route, a trouvé le médicament (...) et il ne leur a même pas dit que c’était pour un ministre” a-t-il affirmé avant de continuer:

“Un de mes amis malade m’a dit qu’un de ses médicaments était en rupture de stock. J’ai envoyé mon chauffeur, qui à la première pharmacie sur sa route, a trouvé le médicament”.

Ces déclarations du ministre ont entrainé une nuée de réactions, parfois violentes, sur les réseaux sociaux: (L’article continue après les réactions)

“Il ne manque pas d’air”

“Si tu as raté ton train, remercie Dieu, et si tu n’as plus de médicament retourne toi vers Dieu”

“Je viens d’envoyer mon chauffeur et Dieu merci, il m’a ramené un paquet d’Efferalgan. Imed Hammami aime ça.”

“Allo...Monsieur le chauffeur du ministre de la Santé. Où est le médicament? Allo...Allo”

Cet internaute reprend une célèbre chanson populaire en l’adaptant aux propos du ministre de la Santé.

La page satirique Fakebook.tn a fait un résumé de la journée d’hier en Tunisie entre le train qui démarre sans conducteur, la polémique sur Nermine Sfar et les propos du ministre de la Santé.

Indépendemment de cette phrase, le ministre de la Santé est revenu sur la crise que connait le secteur et principalement sur le manque de médicaments, qui selon lui dépend de nombreux facteurs.

La Pharmacie centrale victime de la CNAM

Selon lui, le problème est avant tout “structurel”: “Depuis 15 ans, chaque année il y’a un budget prévu pour la Pharmacie centrale afin qu’elle puisse continuer à assurer structurellement sa fonction. Malheureusement les contraintes budgétaires de l’année 2018 ont fait en sorte que cela ne soit pas possible cette année” a-t-il expliqué.

Pour Imed Hammami, les compte de la Pharmacie centrale seraient à l’équilibre si les caisses sociales avaient épongé leurs dettes: “Le ministère de la Santé et les institutions sous tutelle dont la Pharmacie centrale, sont en train de supporter les problèmes de la CNAM. Celle-ci est en train de supporter les problèmes des caisses sociales et du secteur public” a-t-il affirmé.


Par secteur public, le ministre de la Santé évoque: “La STEG, la SONEDE, l’ETAP, Tunisie Telecom qui ne payent pas de CNSS et de CNRPS. Ces caisses ne payent pas leurs cotisations à la CNAM”.

“Aujourd’hui, les difficultés que connait la CNAM ont conduit à ce que la Pharmacie centrale et les institutions de santé publique rencontrent des difficultés. Ces difficultés ont fait que les distributeurs de médicaments ont arrêtés la distribution et que le marché connaisse un manque de médicaments et parfois une pénurie” a-t-il ajouté se contredisant puisqu’il avait affirmé plus tôt qu’il n’existait pas de pénurie.

Une des autres raisons évoquées par le ministre concernant le manque de médicaments est la contrebande sur laquelle “l’opinion publique oublie de se focaliser”.

Enfin, le ministre évoque une troisième raison: “Le changement du style de vie des Tunisiens et l’apparition de nouvelles maladie mais aussi les nouvelles habitudes de prescription des médicaments, sans compter les maladies dangereuses qui apparaissent (...)”.

Le ministre de la Santé évoque qu’une des raisons du manque de médicaments est le changement du style de vie des Tunisiens, leurs nouvelles habitudes, la diversification et l’apparition de nouvelles maladie. Tout ça en une année?

 

Face à tout ça, le ministre estime que la politique sanitaire de la Tunisie doit changer: “Cela demande une nouvelle planification qui nécessite un budget supplémentaire, un changement de la politique d’État en matière d’industries médicamenteuses, que la politique d’État en matière de commerce extérieur s’adapte, et que la question de la santé (...) devienne une question de sécurité nationale en faisant du ministère de la Santé un ministère de souveraineté”.

Revenant sur les listes de médicaments absents des pharmacie, il affirme qu’à “ce jour aucune structure, organisation, institution, privée ou public soit-elle, n’a fait une liste” des médicaments manquants.

Selon lui, les messages de médecins -sur le manque de tel ou tel médicament- qui circulent sur les réseaux sociaux ne sont qu’exagération: “Ces messages sont là depuis février dernier. Nous sommes le 26 juillet et aucun hôpital n’a cessé de fonctionner” à cause de l’absence de médicaments a-t-il estimé.

Pointant du doigt la commission des marchés publics, il affirme: “Ce n’est ni la faute du ministère de la Santé, ni celle de la Pharmacie centrale mais c’est un problème de loi. Malgré l’évolution qu’a connu notre société en terme de mode de vie, de confort et de façon de se soigner, nous utilisions encore des lois datant des années 1950 et 1960 qui régulent les transactions publiques. Il faut que ça change!” a-t-il affirmé.

“Pourquoi ai-je dis que la question des médicaments doit être appréhendée comme une question de sécurité nationale? Parce qu’aujourd’hui la commission des marchés publics n’intervient pas dans les transactions du ministère de la Défense ou de l’Intérieur, par contre elle intervient dans ceux du ministère de la Santé, alors qu’elles sont aussi importantes (...)” a expliqué Imed Hammami.

Le manque de médicaments n’est pas une nouveauté

Pour le ministre de la Santé, le manque de médicaments n’est pas “quelque chose de nouveau”. “Dans l’histoire du pays, nous avons toujours rencontré des périodes où il y avait un manque en médicaments”.

“Le plus important c’est qu’il ne faut pas créer une situation d’hystérie qui laisse les gens acheter plus de médicaments et créer une rupture de stock chez le pharmacien, faisant croire qu’il n’est plus disponible”. C’est ainsi qu’il a expliqué son appel à continuer de chercher si jamais les gens ne trouvaient pas leurs médicaments.

Comparant la situation de la Tunisie à celle de la France “où le sénat a débattu il y a trois semaines du manque de médicaments”, il affirme: “Notre situation est la même que celle du monde entier: Il y a un manque de médicaments partout dans le monde”.

Et pour lui, aujourd’hui, ce n’est pas la seule chose qui manque: “Le lait manque aussi en Tunisie. On manque de tout”

Se voulant rassurant, il affirme que depuis le conseil ministériel restreint dédié à la question, le 11 juin dernier, la situation du stock stratégique s’est améliorée, “et je peux vous dire qu’elle sera encore meilleure au mois d’août” a-t-il promis.

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