MAROC
19/10/2018 17h:38 CET | Actualisé 19/10/2018 17h:58 CET

Le maire de Casablanca Abdelaziz El Omari réagit à la colère du collectif "Décharge de Médiouna, une mort programmée"

Une vingtaine de personnes ont investi le Conseil de la ville hier soir pour protester contre le mutisme des autorités.

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ENVIRONNEMENT - Odeurs nauséabondes de déchets brûlés, air irrespirable, fumées nocives... Depuis plusieurs semaines, les Casablancais haussent le ton et dénoncent l’état de la décharge de Médiouna, en périphérie de Casablanca, en passe de devenir une catastrophe écologique aux conséquences désastreuses sur l’environnement. Un collectif créé par des riverains de Bouskoura s’active sur les réseaux sociaux et prédit “une mort programmée” si les autorités ne tiennent pas leur promesse de fermer la décharge où chaque jour, des incendies se déclenchent. 

“Ce groupe a été créé dans le but de sensibiliser le public et les autorités concernées d’une bombe écologique qui est la décharge de Médiouna. Daroua, Nouaceur, Bouskoura, Tit Mellil, Médiouna, Sbata, Californie, Sidi Messaoud…Stop à la décharge”, peut-on lire sur le groupe Facebook qui compte près de 3.500 membres. Bien que les hashtags se soient révélés efficaces pour lancer l’alerte, le collectif passe à la vitesse supérieure et c’est armée de masques de chirurgien et poings levés qu’une vingtaine de personnes a investi, jeudi soir, une réunion du Conseil de la ville de Casablanca pour interpeller le maire, Abdelaziz El Omari, et les élus. Tout cela, dans le respect de la règle de l’assemblée: en silence.

Capture d'écran Youtube/H24info

Après une multitude de lettres adressées au maire et des pétitions à la pelle, cette action était nécessaire pour Hanane Bouzil, présidente du collectif pour la protection de l’environnement (CPE). “En dépit de nos multiples sollicitations, la question de la décharge de Médiouna ne figure même pas à l’ordre du jour, ce qui montre le peu de cas qu’en fait le Conseil de ville. Pour ses membres, ce n’est pas un dossier prioritaire, alors que pour les riverains, et les Casablancais de manière générale, c’est un crime contre la nature et l’humanité”, a-t-elle déclaré à nos confrères de Médias24.

“En effet, le cas de la décharge de Médiouna n’était pas à l’ordre du jour du Conseil de la ville. Nous avions d’autres questions à aborder mais cela ne signifie pas que nous ne prenons pas le sujet au sérieux”, précise Abdelaziz El Omari au HuffPost Maroc. Pour le maire de Casablanca, cette action du collectif est “hors la loi”. “Ces gens n’étaient pas réglementés, ils n’avaient pas le droit d’intervenir de la sorte lors d’un conseil municipal. Ces réunions sont ouvertes au public, tout le monde peut y assister et soumettre ses idées mais dans le respect des élus”, poursuit-il, pointant au passage les intentions politiques des membres du collectif, qu’il a fait chasser par les autorités sous les applaudissements de l’audience du Conseil.

Des promesses qui s’accumulent

“C’est une situation qui nous affecte tous, et j’insiste, ce n’est pas une catastrophe municipale mais nationale, elle touche tout le Maroc”, déclare le maire de Casablanca qui, visiblement préoccupé par la situation, appelle “les collectivités, la société civile, les citoyens” à prendre leurs responsabilités.

Pourtant, c’est du Conseil de la ville de Casablanca qu’émanent, depuis deux ans, des promesses redondantes de régler ce problème aux conséquences environnementales et sanitaires graves. En janvier 2018, la ville annonçait en grandes pompes la construction d’une plateforme de stockage pour juin 2018 et la fermeture de l’ancienne décharge pour décembre 2018, ainsi que deux unités de valorisation à Mohammedia et Berrechid pour la somme de 2 milliards de dirhams, précise Médias24. À ce jour, aucune n’a été tenue.

À savoir que depuis le départ d’Ecomed, après une bataille judiciaire qui l’a opposée à la commune urbaine de Casablanca, la décharge est gérée, en intérim, par SOS-Ndd en attendant un nouveau repreneur. Pour venir à bout de cette montagne de déchets calcinés, qui culmine à 45 mètres et menace de s’écrouler à tout moment, El Omari estime qu’il faut laisser du temps à la municipalité. “Nous sommes en phase d’analyses et nous étudions toutes les possibilités. Actuellement, 11 sociétés internationales ont répondu à l’appel à manifestation d’intérêt pour être gestionnaire de la nouvelle décharge de Médiouna, nous prenons le temps de choisir le dossier qui respectera le plus les normes environnementales”, nous explique-t-il, reconnaissant que la colère des Casablancais est légitime.

Le conseil de la ville qui estimait, il y a quelques mois, qu’il fallait “mettre fin purement et simplement à toute activité sur ce site, et ce, de manière irrévocable”, semble toutefois ne plus saisir l’urgence de la situation et promet, bis repetita, une fermeture pour avril prochain.