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09/10/2018 12h:28 CET | Actualisé 09/10/2018 12h:28 CET

Le jour où mon Imam est parti en freestyle

C’est lui le châtré!

Jasmin Merdan via Getty Images

Assis sur le tapis de ma mosquée, j’écoute le sermon de l’imam. En fait, je n’écoute plus vraiment, cela fait des années que pendant le sermon mon esprit s’évade. L’Imam parle arabe et raconte des histoires que je connais par cœur ou que je ne comprends pas. Du coup, je reste assis là et j’entends sans écouter et j’attends patiemment le moment où nous devrons enfin nous lever pour prier. Je regarde autour de moi et je retrouve le même regard vague un peu partout dans la salle. Nous sommes légion à attendre qu’un appel nous fasse nous lever tous pour un... et ce moment arrive enfin et la prière commence. Je me rends compte que ce n’est peut-être pas l’attitude la plus pieuse que d’entendre sans prêter attention alors je fais un ultime effort pour que ma prière du vendredi soit acceptée par celui qui détient mon âme entre ses mains...

Lorsque soudain, j’entends cette sentence : “Inna shâni’a-ka huwa l-abtar”(*). En français cela donne “Certes, celui qui t’insulte, c’est lui le châtré !”. L’imam part en freestyle? Qu’est-ce qui lui prend, il doit réciter du Coran et pas se mettre à dire des choses aussi grossières.

Est-ce qu’il profite du fait que peu de gens le comprennent pour se permettre des choses pareilles? Je perds le fil de ma prière et je regarde autour de moi: personne ne bronche.

Bizarre...

Je termine ma prière et me rue sur le premier Coran que je trouve. Je cherche la sourate (le chapitre) et je tombe sur le verset. C’est bien écrit, noir sur blanc, de droite à gauche. Le Coran le dit.

Mais... si le Coran le dit, c’est que c’est Dieu qui le dit. Dieu, dans son livre sacré, parle ainsi avec la verve d’un charretier?

Moi qui pensais que le Coran n’était que spiritualité, cette phrase me renvoie à une réalité très terre à terre.

 

Alors que je suis plongé dans ma lecture du Coran, la mosquée se vide et bientôt, je suis le dernier, mais je ne veux pas partir. Je veux comprendre: pourquoi Dieu parle comme ça dans le Coran? Et d’un coup, je me souviens d’une phrase que m’a dite un jour mon pote Michaël Privot. Michaël est islamologue et il en connaît un rayon sur le sujet. Quoi? Vous vous dites que Michaël, ce n’est pas musulman et que du coup il n’y connait rien ?

Ben si, il l’est et le Coran cite même son nom avec celui de Gabriel. Je me demande si Michaël sait qu’il est cité dans le Coran? Moi aussi je suis cité dans le Coran, mais bon, c’est pour apprendre plus tard que j’ai failli me faire égorger par mon père et que j’ai été remplacé par un mouton.

J’ai passé toute mon enfance à me dire qu’entre moi et un mouton, on a préféré le mouton. Ça me rappelle au cours d’EPS quand personne ne voulait me choisir pour jouer au foot et qu’on préférait prendre l’élève qui avait une entorse et une béquille plutôt que moi.

En même temps mon surnom de “la Passoire” devait y être pour quelque chose et je n’aurais peut-être pas dû lire une BD en étant gardien, ça aurait évité des goals.

Mais un mouton! Quand même! il m’a fallu trente ans de psychanalyse pour accepter que j’avais plus de valeur qu’un capriné!

Mais là, je m’éloigne, Michaël donc m’a dit un jour que le Coran était une révélation “vivante”, qu’elle évoluait en fonction de ce que vivait le prophète et qu’il y a des passages qui relèvent plus de la “battle de punchlines” que de spiritualité.

Et que du coup, de nombreux passages ne concernent que la réalité immédiate du Prophète. Comme ses querelles avec les tribus arabes “judaïsées” qui finissent par être comparées à des singes et des porcs.

C’était un moment précis du vivant du Prophète qui n’avait peut-être pas vocation à se retrouver sacré 1400 ans plus tard.

De même que le Prophète ne s’attendait peut-être pas à ce que sa punchline sur les châtrés en réponse aux insultes qu’il recevait soit récitée avec vénération pendant des siècles et des siècles.

J’aimerais bien en savoir plus, mais j’avoue que je suis paumé. On m’a toujours appris à ne pas trop poser de question sur le sacré... mais en même temps... j’ai tellement envie d’en savoir plus...

J’ai tellement envie de connaitre cette histoire, mon histoire, notre histoire...

Ben c’est vrai, c’est un peu la nôtre à tou·te·s, cette histoire. C’est parce qu’un homme a entendu une voix quelque part au milieu du désert que les 0 et les 1 qui composent le code de ce texte ont été inventés ou du moins sont parvenus jusqu’à nous...

Je pense que je vais voir avec Michaël s’il ne peut pas me raconter l’histoire du Prophète...

Je veux comprendre ce qu’il a vécu pour que Dieu lui-même en vienne à répondre aux insultes qu’il subissait.

Et peut-être bien que c’est vrai ce qu’il dit, Dieu : celui qui insulte, c’est lui le châtré!

(Coran : 108-3)

 

 

 

Ce blog a été initialement publié sur le HuffPost France.

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