MAROC
07/07/2019 12h:30 CET

Élections en Grèce: le HuffPost Grèce nous explique les enjeux des législatives

Le premier ministre Alexis Tsipras est donné perdant dans les sondages pour ces élections législatives anticipées qu'il a lui-même convoquées.

Alkis Konstantinidis / Reuters

GRÈCE - Alexis Tsipras sur le départ? Surgissant dans un pays en plein désespoir après la crise de 2010, le jeune leader de la gauche radicale avait été élu sur la promesse d’en finir avec l’austérité. Mais sous la contrainte des créanciers de la Grèce, il a fait volte-face, forcé d’accepter un plan de sauvetage assorti de mesures sévères pour empêcher la sortie de la zone euro.

Après son échec cinglant aux élections européennes et locales, fin mai et début juin, le premier ministre, dont le mandat s’achevait théoriquement en octobre, a convoqué lui-même les élections anticipées qui se tiennent ce dimanche 7 juillet, et qui pourraient lui être fatales.

Nos confrères du HuffPost Grèce font le point sur les enjeux de ces législatives.

Pour qui voteront les Grecs dimanche? 

Vingt-quatre heures à peine avant l’ouverture du scrutin national en Grèce, tous les sondages indiquent que l’écart entre Nouvelle démocratie et Syriza devrait encore une fois s’établir autour de 8 à 9% des voix. 

Selon certains analystes, la marge pourrait être encore plus importante. 

À moins que les résultats ne leur donnent tort, le chef du parti Nouvelle démocratie, Kyriakos Mitsotakis, sera en mesure de former un nouveau gouvernement, et de s’emparer de plus de la moitié des 300 sièges du Parlement. 

 

Fils de l’ex-Premier ministre Constantinos Mitsotakis (1953-2012) et frère de la ministre des Affaires étrangères, Dora Bakoyannis, Mitsotakis est issu d’une famille de politiciens. Suivant les traces de feu son père, il est considéré comme de centre-droite.

Le candidat désapprouve l’extrémisme, le racisme et toute forme de violence. Il a été l’un des premiers dirigeants du Parti populaire européen (PPE) à prendre ses distances vis-à-vis de Victor Orban. Jusqu’à présent, il n’a jamais été en contact avec Matteo Salvini. 

Malgré tout, ses opposants de gauche l’accusent d’avoir embrassé une fois la cause nationaliste, lorsqu’il a refusé de valider l’accord de Prespa (censé résoudre le différend existant de longue date entre la Grèce et la Macédoine du Nord). Mitsotakis assure qu’il le respectera, mais qu’il s’efforcera de “l’améliorer”. 

Qu’en est-il de l’Europe?

Les conservateurs européens vont tenter de présenter sa victoire comme un signe clair de soutien au Parti populaire européen et à sa politique. 

Nouvelle démocratie, qui fait depuis longtemps partie du PPE, a été proche d’Angela Merkel et de Jean-Claude Juncker et sera aussi en contact avec le Portugais Antonio Costa et le Néerlandais Mark Rutte. 

Kyriakos Mitsotakis devrait bien s’entendre avec les nouveaux dirigeants de l’UE, ainsi qu’avec Emmanuel Macron et l’Espagnol Pedro Sanchez. 

Cependant, Syriza, qui était à l’origine un parti de gauche, ne cesse de se rapprocher du centre. Il est devenu membre du Parti socialiste européen il y a quelques années (jusqu’alors, il siégeait avec la gauche au Parlement européen). 

Syriza a fait de (trop) grandes promesses. Alexis Tsipras a été élu une première fois en janvier 2015, après avoir assuré pendant sa campagne qu’il annulerait tous les mémorandums de la Troïka et dirait “non” aux dirigeants européens et au FMI. 

Son ministre des Finances, Yianis Varoufakis, n’a toutefois jamais trouvé d’alliés dans l’Eurogroupe et s’est vite retrouvé isolé. 

Tsipras a alors décidé d’organiser un référendum, en juillet 2015, pour demander aux Grecs de voter “oui” ou “non” à l’application des mémorandums. Les citoyens se sont prononcés à une large majorité pour le “non”, mais ce choix signifiait que le pays était condamné à la faillite. 

Alexis Tsipras a donc choisi de prendre le “non” du référendum pour un “oui”. Il a tenté sa chance en organisant des élections anticipées en septembre 2015, et a remporté le scrutin. 

Depuis, il a été contraint de suivre les règles imposées par l’UE et s’y est tenu. Globalement, l’économie grecque se remet de la crise. Mais très lentement…

Le vote des Grecs est influencé par leur porte-monnaie 

Cependant, les Grecs n’ont pas le sentiment d’être sortis de l’austérité. Le taux de chômage reste élevé (plus de 19%) et les ménages sont aux abois (les classes moyennes ont massivement voté pour Kyriakos Mitsotakis aux élections européennes, et elles en feront probablement autant dimanche). Le résultat des européennes a été qualifié par certains analystes grecs de “révolution silencieuse des classes moyennes contre la surimposition”). 

Les Grecs s’apprêtent (une fois de plus) à voter en plaçant les problématiques locales au premier plan et en se préoccupant avant tout de leur porte-monnaie. 

Les socialistes, bien implantés dans le pays, constitueront la troisième force politique du scrutin, et tenteront de récupérer les voix des électeurs déçus par Syriza. Dans l’éventualité où Nouvelle démocratie ne serait pas en mesure de former seule un gouvernement, les socialistes auront sûrement voix au chapitre. 

Les Grecs n’aiment ni Donald Trump ni Matteo Salvini, pas plus que Victor Orban, mais ils n’ont pas le sentiment que la démocratie soit en danger dans leur propre pays. 

Aube dorée (le parti néo-nazi) perd de son influence. La crise migratoire est, pour le moment, sous contrôle. Les Grecs ne considèrent plus les migrants comme un problème. Toutefois, la sécurité est au cœur de leurs préoccupations, en particulier chez les électeurs conservateurs. 

Les sondages indiquent qu’Aube dorée pourrait récolter 3 à 4% des voix. En dessous des 3%, le parti n’obtiendra aucun siège au parlement. Un nouveau parti d’extrême-droite plus “modéré” a émergé et débauché certains des électeurs d’Aube dorée. Ce concurrent, Solution grecque, s’efforce de se distinguer du parti néo-nazi. Nous saurons dimanche soir si ce nouveau venu a de l’avenir. 

Cela fait 40 jours que les Grecs ont fait part de leurs intentions lors du scrutin européen. On ne s’attend à aucune grosse surprise quant à l’identité du vainqueur des élections de dimanche. Néanmoins, les petits détails peuvent faire tout la différence en termes de stabilité politique. 

Kyriakos Mitsotakis promet moins d’impôts et plus d’emplois. Cela paraît alléchant, mais les Européens attendent aussi de lui qu’il prenne des mesures pour obtenir un excédent budgétaire élevé (3,5%) d’ici la fin de l’année, et certaines des “réformes dures” sont encore en cours. 

Le chef de Nouvelle démocratie est sur le point d’obtenir le poste qu’il convoite. Pour le meilleur et pour le pire. 

Cet article, publié sur le HuffPost grec, a été traduit de l’anglais par Iris Le Guinio pour Fast ForWord pour le HuffPost France.