MAROC
04/02/2019 18h:18 CET

Le hijab de Maelainine dévoile les divergences idéologiques du PJD (ÉCLAIRAGE)

Deux courants s'affrontent au sein du parti de la Lampe.

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ÉCLAIRAGE - Avec ou sans hijab. Le voile de la députée du PJD Amina Maelainine a soulevé une tempête exceptionnelle au sein de son parti qui semble chercher sa lampe pour y voir plus clair. À en croire Mustapha Ramid, dans un entretien accordé au site d’information Le360 et publié hier, le secrétariat général du PJD s’est saisi de l’affaire Maelainine et a pris une décision qu’il rendra publique “au moment opportun”. Mais auparavant, le ministre d’Etat chargé des Droits de l’Homme se dit convaincu que la députée est forcément “coupable” d’avoir “trahi la confiance de ses électeurs et électrices”. Ramid estime qu’elle “s’est présentée aux élections avec un aspect vestimentaire servant d’étiquette à ses principes” et qu’elle se devait de le garder intact. “Elle ne devait pas le changer quand elle était à l’étranger, si cela s’avère vrai. Il faut garder la même image ici et ailleurs et il n’est pas permis, sous un quelconque prétexte, de se montrer sous deux visages: un à l’intérieur et un autre à l’extérieur”.

Le virulent Ramid n’a pas laissé insensible Maelainine, qui a réagi à ses propos sur sa page Facebook. Elle affirme s’y sentir contrainte malgré l’estime qu’elle dit avoir pour son confrère. La députée remet surtout en cause l’argument électoral que ce dernier brandit contre elle, le qualifiant de “mépris vis-à-vis de l’intelligence des 23.000 électeurs qui ont voté pour une liste représentant un grand parti par conviction”.

Descriptive dans son post, Amina tient à préciser qu’elle n’avait jamais ressenti un intérêt quelconque des électeurs vis-à-vis de ses choix vestimentaires: “les électeurs ont voté pour la liste nationale du parti sans accorder le moindre intérêt au fait si les femmes couvraient leur tête ou non”. Quant à d’éventuelles  sanctions dont elle pourrait faire l’objet au sein de son parti, elle confie que “la logique disciplinaire ne lui fait pas peur”. 

Des échanges agressifs nourris par la nature même du sujet. Au HuffPost Maroc, le politologue et membre du PJD Bilal Talidi, déclare que le traitement du sujet a soulevé “une tension due à la campagne qui a ciblé Amina Maelainine l’accusant d’hypocrisie sociale et d’adopter un double discours”. Et le fait que le sujet porte sur la liberté personnelle n’arrange pas la situation, admet-il, estimant que le PJD vit actuellement dans “l’embarras”. Le politologue souligne qu’au sein du parti se côtoient ainsi deux courants différents. L’un adhère au mouvement islamiste de prédication qui impose “un engagement contractuel” basé sur des critères dictant “la droiture” sous ses différents aspects, dont le vestimentaire. “A ce stade, les vêtements que l’on porte relèvent d’un principe religieux qu’il faut respecter. Autrement dit, le port du voile est une obligation et une condition”, explique Bilal Talidi. 

Quant au second, il est représenté par le parti politique. “L’affaire du hijab n’entre pas dans le cadre contractuel liant les membres à leur parti. L’aspect vestimentaire ne se pose pas du tout, car, seul le programme politique compte”, indique-t-il. Et d’ajouter que le contrat qui lie, à ce niveau, le parti à ses membres porte sur le respect des orientations et des choix politiques, ainsi que des décisions prises par les différentes organisations qui lui appartiennent. 

Le fondement islamique du PJD réside, pour cet analyste, dans les valeurs dont doivent faire part ses membres. “La dimension islamique, dans la vision du PJD, tient dans l’intégrité, la transparence, l’honnêteté, la lutte contre la corruption et la dépense des deniers publics... Ce sont les principes de base pour un PJDiste, dont le voile ne fait pas partie. Sinon, le PJD deviendra un parti fermé”, précise Talidi.

Mais la tension autour du hijab de Maelainine ne vient pas seulement de cette divergence entre les deux courants. Notre interlocuteur estime qu’elle est également due à la position de la députée. “Certains au PJD ont estimé que Amina Maelainine n’a pas été claire: elle a nié au début que ces photos étaient les siennes et ensuite elle a commencé à défendre la liberté personnelle. Et c’est cela que je lui reproche aussi, de mon côté”, confie-t-il.

Face aux propos de Ramid, Talidi est critique. Il s’est montré, lui aussi, particulièrement déçu par sa déclaration liant le port du voile au vote de l’électeur. “Cette déclaration de Ramid est une erreur. Elle prétend que le PJD est le parti des voilées et que le voile est un argument de campagne électorale, alors que c’est complètement à l’opposé du développement idéologique qu’a connu le parti et qu’attestent désormais ses références actuelles”, souligne Talidi.

Porter le voile et l’enlever ensuite, cela appartient d’abord à la personne et non à son parti. Talidi tient à le rappeler estimant que “l’affaire Maelainine” ne mérite pas de faire l’objet de sanction. “On ne peut punir une personne pour ses choix personnels”, affirme-t-il estimant que le PJD risque de nuire à son image s’il émet une sanction de cette nature. Et d’ajouter que si Amina Maelainine est, aujourd’hui, appelée par son parti à rendre des comptes, elle ne doit pas, cependant, subir de mesures disciplinaires. 

Il est temps, pour Talidi, de “banaliser” le port du hijab au PJD. “Le parti appartient à celles qui le portent et celles qui ne le portent pas. Si cette affaire aboutit à une sanction, le parti s’attirera la foudre des défenseurs des libertés personnelles”, prévient-il.