MAROC
20/03/2019 12h:06 CET

Le HCP révèle une évolution "problématique" de la fécondité au Maroc

"L'âge du mariage des Marocaines urbaines est passé de 27,1 ans en 2004 à 26,4 ans en 2014".

Petri Oeschger via Getty Images

SOCIÉTÉ - Après plusieurs décennies de baisse, la courbe de la fécondité au Maroc amorce un nouveau virage depuis 2014. Sur la base des récentes données collectées, le Haut commissariat au plan (HCP) évoque une tendance “problématique” de la fécondité dans le royaume.

En effet, l’indice de fécondité est passé de 2,21 enfants par femme en 2014 à 2,38 en 2018. La fécondité passe ainsi légèrement au dessus du seuil de remplacement des générations, qui est d’environ 2,1.

Amorce d’une hausse de la fécondité après près de 60 ans de baisse?

Depuis le début des années 1960, la fécondité au Maroc a considérablement baissé. Elle est passée de 7,20 enfants par femme en 1962 à 3,28 en 1994, à 2,47 en 2004 et à 2,19 en 2010, puis à 2,21 enfants par femme en 2014.

Une légère reprise a ainsi été enregistrée entre 2010 et 2014, puisque l’indice synthétique de la fécondité (ISF) révélé en 2014 (2,21 enfants) est légèrement supérieur à celui estimé par l’Enquête nationale démographique à passage répété 2009-2010 (2,19 enfants) suite à un léger accroissement de la fécondité en milieu urbain (1,8 contre 2,01 enfants).

HCP

La démocratisation de la contraception

Selon la même étude, la baisse tendancielle de la fécondité entre les années 60 et 2014 est due à deux facteurs essentiels. D’abord, le recul de l’âge au premier mariage, qui est passé en moyenne d’environ 17,3 ans chez les femmes en 1960 à 25,7 ans en 2014. Ensuite, le rôle considérable qu’a joué la contraception qui s’est largement démocratisée depuis le début des années 80, où elle était de 19,4%, et qui n’a pas cessé d’augmenter jusqu’à atteindre 70,8% en 2018.

Baisse de l’âge des femmes au premier mariage entre 2004 et 2018

En passant de 26,3 ans en 2004 à 25,7 ans en 2014 et à 25,5 ans en 2018, la hausse globale de l’âge au premier mariage des femmes marocaines s’est atténuée depuis 2004. Cette baisse est relevée chez les femmes rurales, passant de 25,5 ans en 2004 à 24,8 ans en 2014 et à 23,9 ans en 2018.

Par contre, chez les femmes urbaines, une (très) légère reprise à la hausse de l’âge au premier mariage a été enregistrée en 2018, passant de 27,1 ans en 2004 à 26,4 ans en 2014 et à 26,6 ans en 2018.

Pic de fécondité entre 25 et 29 ans

Le taux de fécondité par âge de la femme demeure le plus élevé chez les femmes âgées entre 25 et 29 ans. Une tendance qui se maintient entre 2004 et 2014. Le HCP révèle que la hausse de la fécondité des femmes âgées de plus de 35 ans n’a concerné, quant à elle, que le milieu urbain et a touché la quasi-totalité des grandes villes.

HCP

La hausse dans le milieu urbain pourrait être due au fait que les femmes ont tendance à reporter, momentanément, le projet de mariage et préféreraient, dans un premier temps, “une réalisation de soi et l’acquisition d’une certaine autonomie financière”, note le HCP.

Sachant que les rapports sexuels et les naissances ne sont acceptés que dans la cadre du mariage, la hausse du taux de fécondité chez les moins de 20 ans signifie que la proportion des femmes mariées dans ce groupe a augmenté, passant de 6% en 2004 à 7% en 2014 (de 5% à 6% en milieu urbain et de 8% à 9% en milieu rural).

Une tendance problématique de la fécondité au Maroc

Des études récentes ont indiqué qu’une stagnation de la fécondité est en train de s’installer, et parfois-même une reprise de la fécondité a été enregistrée dans certaines régions du monde, notamment dans les pays arabes, note le HCP.

Au Maroc, l’évolution de la fécondité à travers les enquêtes démographiques et de la santé montre qu’après avoir continuellement régressé au fil des années, la fécondité, en 2011, a enregistré une très faible hausse par rapport au Recensement général de la population et de l’habitat (RGPH) 2004, passant de 2,5 à 2,59 enfants par femme, avant de descendre à nouveau à 2,38 enfants par femme en 2018. Même avec cette baisse, ce taux reste supérieur à celui du RGPH 2014 (2,21 enfants).

HCP

Globalement, et jusqu’en 2010, la fécondité tendait vers la baisse, et ce malgré les légères fluctuations observées entre 1992 et 1997. A partir de 2014, une légère hausse de la fécondité a été entamée, pratiquement, dans les deux milieux de résidence, et a continué jusqu’en 2018.