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08/07/2019 16h:27 CET | Actualisé 08/07/2019 16h:27 CET

Le gouvernement veut-il empêcher -par tous les moyens- Nabil Karoui de se présenter?

Oublions le fait que c’est Nabil Karoui et imaginons que ça soit un autre candidat, qui dégage plus de sympathie du côté de l’élite, comment réagiriez-vous?

FETHI BELAID via Getty Images

Ce matin, des sources judiciaires ont révélé que la justice a décidé de geler les avoirs de Nabil Karoui, candidat à la présidence et en tête des sondages depuis 3 mois.

Le timing et les précédents font que cette décision vient compléter une oeuvre du gouvernement Chahed, où le flirt avec les limites de la démocratie est devenu courant. 

Les précédents

Après avoir proposé une nouvelle loi électorale, en pleine année d’élections, visant à exclure Olfa Terras et Nabil Karoui des élections, c’est maintenant au tour de la justice d’accélérer les procédures.

Les différents médias rapportent que c’est une affaire de blanchiment d’argent où Nabil Karoui était uniquement témoin.. en Janvier 2019!

Qu’est qui a changé entre Janvier et Juillet? Et bien, ce n’est plus Youssef Chahed qui est favori pour les présidentielles, mais l’ancien patron de Nessma.

L’utilisation des pouvoirs publics à des fins électorales? Ça ne serait pas une première pour le leader de Tahia Tounes. Rappelons que les “grands dialogues”, financés par l’argent public, ont eu un air de campagne électorale prématurée.

Par ailleurs, rappelons qu’entre Mars et Avril, plusieurs procédures judiciaires ont été accélérées avec par exemple la condamnation de Youssef Lemdani, trésorier du Courant Démocrate et la condamnation de Lotfi Jomaa, frère du candidat à la présidence, Mehdi Jomaa.

Indice de démocratie et mépris de classe 

L’indice de démocratie tunisien a chuté. Crédité à 6,72 en 2015, il varie entre 6,32 et 6,40 depuis l’arrivée au gouvernement de Youssef Chahed.

Le front centriste et le rassemblement des “progressistes” peut-il avoir lieu si le chef du gouvernement cautionne les dépassements au nom même de la “démocratie”?

Car si l’idée est de “protéger coûte que coûte” l’électeur, qui est réellement le danger ici? Celui qui est prêt à tout pour conserver son emprise ou celui qui vote Nabil Karoui?

Cette démocratie Tunisienne entame à peine son adolescence qu’on cherche déjà à la limiter, et à restreindre la classe populaire de son vote.

Pourquoi? Par mépris de classe. L’élite refuse de faire confiance au peuple: “Nous connaissons vos intentions mieux que vous, et c’est pour cela que nous allons vous empêcher de voter pour le ou les candidats que vous voulez élire”.

Le timing de cette décision intervient dans un contexte où la fragilité de cette démocratie a déjà été démontrée, il y a de cela quelques jours. L’absence de Cour Constitutionnelle et l’inquiétude nationale pour la santé de Béji Caid Essebsi a plongé le pays dans un doute national sur l’avenir de la présidence de la République.

Venir s’attaquer aux élections, par la voie de la justice désormais pose de vraies questions sur la vocation démocratique de Youssef Chahed et la réaction de la classe politique doit être unanime.

Oublions le fait que c’est Nabil Karoui et imaginons que ça soit un autre candidat, qui dégage plus de sympathie du côté de l’élite, comment réagiriez-vous?

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