MAROC
02/04/2018 17h:50 CET

Le gouvernement espagnol nie avoir envoyé au Maroc des rapports de police sur la militante Helena Maleno

Parole contre parole.

FADEL SENNA via Getty Images

ESPAGNE - Depuis plus de trois mois déjà, la militante espagnole des droits des migrants Helena Maleno est entendue par la justice marocaine dans une affaire de traffic d’êtres humains. Une enquête lancée par le Maroc suite à des rapports de police que les autorités espagnoles auraient envoyés au royaume, et qui accusent l’Espagnole de trafic d’êtres humains et d’émigration clandestine. Une information que conteste en tout cas le gouvernement de Mariano Rajoy, qui nie avoir eu connaissance d’un quelconque dossier envoyé au Maroc par la police espagnole.

Selon le journal Publico, le gouvernement a ainsi répondu à une question du sénateur basque Jon Inarritu sur l’affaire, en affirmant n’avoir connaissance d’aucun rapport de police envoyé aux autorités marocaines. Une réponse que l’intéressé a peine à croire, affirmant sur son compte Twitter que ce n’est pas un mais plusieurs rapports qui ont été envoyés par l’Unité Centrale des Réseaux d’Immigration Illégale et de Faux Documents (UCRIF) aux autorités marocaines:

“Le gouvernement espagnol soutient qu’il n’a pas de connaissances de l’envoi d’un rapport de police sur Helena Maleno au Maroc. Il n’y a pas un, mais plusieurs rapports de la UCRIF envoyés au Maroc. Le gouvernement ment dans une réponse parlementaire”.

La militante a également affirmé de son côté sur les réseaux sociaux que le gouvernement espagnol ment lorsqu’il affirme n’avoir rien envoyé aux autorités marocaines:

“J’ai vécu un calvaire pendant des mois à cause de trois rapports criminels de la police espagnole. Aujourd’hui, la réponse du gouvernement en quatre lignes indignes me laisse stupéfaite: le gouvernement dit tout ignorer. Le gouvernement MENT.”

La militante affirme également que le dossier sur lequel enquête le juge marocain avait déjà été classé par la justice espagnole en 2017. Cette dernière rappelle que 60.000 lettres ont été envoyées par ses soutiens pour que le gouvernement de Mariano Rajoy informe la justice marocaine du classement de cette affaire. Un appel qui pour l’instant, n’a toujours pas été entendu, précise Helena Maleno sur twitter.

“Criminalisation de la solidarité”

Une épreuve judiciaire difficile pour Helena Maleno, qui craint que cette affaire n’entre dans une stratégie de l’Europe de “criminaliser la solidarité”. “Ce n’est pas seulement moi qui suis jugée, l’Europe fait passer le message que le contrôle migratoire est plus important que la vie. Les grands perdants seront les droits de l’homme et les migrants, cela peut avoir un effet catastrophique. Je suis opposée à la migration irrégulière, mais si quelqu’un m’appelle pour me dire que son bateau va couler et que je ne préviens pas les sauveteurs, c’est moi la criminelle”, déclarait cette dernière en janvier dernier au HuffPost Maroc.

Une situation qu’elle n’a pas hésité à communiquer au juge marocain qui l’auditionnait. “J’ai expliqué au juge la situation européenne où plusieurs travailleurs humanitaires sont persécutés pour avoir secouru en mer des migrants”, nous confiait-elle encore. Helena Maleno attend toujours le verdict de la justice marocaine.