MAROC
24/06/2019 15h:31 CET

Le gouvernement cherche à raisonner les étudiants en médecine

"Le boycott des examens n'est pas compréhensible", pour Khalid Samadi.

AIC Press

CONFLIT SOCIAL - Après avoir durci le ton et accusé les étudiants en médecine de servir des agendas politiques, le gouvernement tente, à présent, de les raisonner. Le secrétaire d’État chargé de l’Enseignement supérieur, Khalid Samadi, ainsi que le ministre d’Etat chargé des Droits de l’Homme, Mustapha Ramid, sont intervenus dans ce dossier pour désamorcer la crise. Le parti du PJD auquel ces deux derniers appartiennent l’a confirmé sur son site web officiel Pjd.ma.

“Personne ne veut de cette tension”, a déclaré, dans une vidéo, Samadi, précisant que son département a tenu une série de réunions avec différentes parties, notamment les doyens des facultés de médecine, les directeurs des Centres hospitaliers universitaires (CHU), ainsi que les représentants des étudiants en médecine pour sortir du conflit. Il n’est pas question de céder aux revendications des étudiants en médecine restées en suspens à l’issue des négociations avec le ministère de l’Education nationale, de la Formation professionnelle, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique et le ministère de la Santé.

L’un de ces points concerne l’accès des étudiants en médecine du privé aux concours d’internat et de résidanat dans les CHU publics. “Leurs diplômes portent aussi la signature du président de l’Université Mohammed V et de Hassan II. On ne peut pas leur refuser le droit constitutionnel à l’équité: passer comme les autres le concours de résidanat. C’est un principe de base!”, insiste le secrétaire d’Etat, estimant qu’il y a toujours possibilité d’agir sur “le comment”. “On peut discuter des conditions d’accès, mais en respectant le principe d’équité qui, lui, est indiscutable”, tranche-t-il, rappelant que cette épreuve accueille également les étudiants provenant de l’étranger ayant obtenu l’équivalence de leur diplôme. “Et cette catégorie est beaucoup plus importante que celle provenant du privé, dont la première promotion n’est attendue qu’en 2021”, tient-il à souligner.

Pour Samadi, cette revendication présentée par les étudiants en médecine n’a donc rien “d’urgent”. “Cela ne mérite pas que l’on boycotte les examens. On a deux ans devant nous pendant lesquelles le dossier reste ouvert au débat”, indique-t-il. Et d’ajouter que des concours de résidanat ont également été lancés par les établissements privés (Fondation Cheikh Zayd et Fondation Cheikh Khalifa) qui l’ont ouvert aux étudiants du public en attendant leur première promotion. “Le boycott des examens n’est pas compréhensible”, estime le secrétaire d’Etat, assurant que 235 postes ont été octroyés aux étudiants du public dans ce cadre.   

Exprimant son étonnement, le secrétaire d’Etat trouve que ce conflit tarde à trouver issue en raison surtout de la gestion interne de la Commission nationale des étudiants en médecine (CNEM). “Leurs représentants doivent être dotés de procuration pour sceller les compromis auxquels aboutissent les réunions. À la fin de chaque rencontre, ils nous disent qu’ils soumettront les propositions à leurs assemblées. Ils font le facteur et on ne peut pas avancer ainsi: accord puis retrait”, regrette-t-il. Et de prévenir qu’auprès d’environ 20.000 étudiants, il est toujours difficile d’obtenir unanimité.

De son côté, le ministre d’Etat chargé des Droits de l’Homme a lui aussi tenté de raisonner ces grévistes. C’est à la demande de ces derniers, qu’il a tenu une rencontre avec leurs représentants pour discuter des différents points de leur dossier revendicatif. “Il leur a expliqué ce qui peut se faire et ce qui ne peut pas se faire”, souligne Samadi. Pour ce dernier, le gouvernement a démontré son engagement à résoudre le conflit et à répondre à 14 revendications sur un total de 16. Il a aussi accueilli favorablement la médiation proposée pas les présidents des groupes parlementaires. “Nous leur avons demandé de constituer un comité de suivi (...) Nous avons fait tout ce que nous pouvions”, assure le secrétaire d’État, précisant que d’ici la fin du délai des examens, demain le mardi 25 juin, “on garde toujours espoir”.

Samadi déclare, par ailleurs, que “dans certaines facultés de médecine, on a enregistré le retour de quelques étudiants, peu nombreux, certes, mais c’est un bon indicateur, pour nous”. D’après lui, des parents se plaignent de cet état des lieux et “veulent que leurs enfants passent leurs examens”. 

La CNEM, qui a décrété la grève depuis plus de deux mois, n’a pas encore renoncé à son mot d’ordre et a annoncé le boycott également de la session de la session de rattrapage. Le gouvernement, qui refuse toute allusion à une année blanche, propose, en cas de suspension de cette grève, de tenir des examens dans les trois prochaines semaines. “Nous allons organiser une marche nationale tout de suite après la fin du délai des examens (25 juin). Nous n’avons pas encore fixé de date”, avait annoncé le coordinateur du CNEM, Ayoub Aboubiji. 

Face à la tentative du gouvernement de les raisonner, la CNEM n’a pas encore réagi. Le HuffPost Maroc a tenté, à de multiples reprises, d’appeler son coordinateur, ainsi que quelques un de ses membres, restés tous injoignables, à l’heure de la publication de ces lignes.