TUNISIE
25/04/2019 12h:47 CET

Le FTDES s'inquiète pour les réfugiés et les demandeurs d'asile: "Ils sont oubliés"

Le FTDES appelle les autorités et les organisations onusiennes à assumer leurs responsabilités envers les "oubliés" de Médenine.

FATHI NASRI via Getty Images

Les cris de détresse s’enchainent et les appels à améliorer la situation des centres de réfugiés à Médenine se multiplient, pourtant rien n’a été fait. C’est le constat désolant du forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES).

“Nous avons beau rappeler aux autorités et organisations internationales les conditions lamentables des centres des réfugiés à Médenine, ces derniers font encore la sourde oreille” confie Romdhane Ben Amor, chargé de communication du FTDES, au HuffPost Tunisie. 

Deux communiqués et un rapport détaillé ont été publiés récemment par le Forum, pour mettre à nu la situation déplorable des réfugiés dont la majorité sont Érythréens, mais en vain. “Les conditions sont désastreuses” martèle-t-il en faisant savoir qu’un réfugié d’à peine 16 ans a tenté, le mois dernier, de se suicider dans l’espérance de faire entendre sa voix et attirer le regard des autorités. 

Le FTDES accuse

Dans son dernier communiqué, le FTDES pointe sévèrement du doigt les autorités et les organisations dont notamment le Haut Commissariat des Nations unies pour les Réfugiés (HCR) et le croissant rouge pour leur négligence.

Il a tenu le gouvernement et l’organisations onusienne pour responsables de la détérioration de la situation des réfugiés à Médenine soulignant la nécessité de mobiliser les moyens logistiques, financiers, juridiques et diplomatiques pour garantir les droits des réfugiés sur le sol tunisien. 

Mort suspecte d’un réfugié : Le FTDES exige des explications

Le Forum signale, d’autre part, le décès d’un réfugié érythréen à l’hôpital de Zarzis après une longue souffrance due à plusieurs maladies causées par les accidents horribles rencontrés lors de son voyage pour échapper à la Libye dans des conditions jugées suspectes.  

Selon le FTDES, ce réfugié “avait besoin d’une assistance médicale constante qui ne lui a été fourni ni au centre d’accueil du Haut commissariat des réfugiés (HCR) ni à l’hôpital de Zarzis”.

“Si avec un nombre de réfugiés qui ne dépasse pas les 200, les centres trouvent des difficultés aussi importantes, alors comment vont-ils faire quand la situation s’enlisera en Libye et que les exilés, fuyant la guerre, viendront en masse en Tunisie?” s’interroge Ben Amor.

Le FTDES dénonce le comportement d’un responsable onusien venu visiter le centre de Médenine

“Nous étions surpris par le comportement de Vincent Cochetel, envoyé spécial des Nations-Unies pour la Méditerranée centrale, venu visiter le centre des réfugiés à Médenine” lance Ben Romdhane.

Pour lui, le responsable onusien, censé protéger les réfugiés et les demandeurs d’asile, parlait avec un ton “agressif” voire insultant envers eux. 

Des extraits de ses déclarations jugées choquantes par la FTDES ont été, également, partagés sur les réseaux sociaux.

Une vidéo “fuitée” a été également diffusée par le FTDES montrant le responsable onusien en train d’expliquer à des migrants qu’ils peuvent quitter le centre s’ils le veulent. “Cet endroit est pour les gens qui se comportent convenablement, ceux qui cherchent la pagaille qu’ils aillent en Libye, ...  la porte est ouverte...” dit-il en ajoutant que celui-ci peut fermer à tout moment.

Cochetel a fait savoir que  le centre n’était pas prêt à recevoir ceux dont le comportement n’était pas respectable: “Vous êtes dans un pays où les lois doivent être respectées. Si elles ne le sont pas, vous vous retrouvez dehors. Voulez-vous l’aide et la protection de ce pays ou non? Si vous ne les voulez pas, alors quittez ce pays!”, renchérit-il. 

Ces déclarations ont été fortement critiquées par le FTDES qui a estimé que son comportement n’est pas digne d’un responsable onusien venu aider les migrants et les demandeurs d’asile. “Il incite les migrants à se retourner aux zones de conflits” regrette le FTDES dans son communiqué.

Vincent Cochetel réagit aux accusations et explique

À la suite de cette polémique, le Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) a tenu, mercredi 24 avril à Tunis, un point de presse pour démêler le vrai du faux et dresser un bilan précis de la situation des réfugiés et demandeurs d’asile en Tunisie, plus particulièrement dans le centre d’accueil des réfugiés situé au Sud du pays.

Cochetel, qui s’est déplacé au centre d’accueil “Ibn Khaldoun” à Médenine, a indiqué que la situation était tendue, rapportant que des bagarres ont éclaté entre les demandeurs d’asile du centre en question, au nombre de 486, et des habitants de la région, “en raison de quelques pratiques jugées incompatibles avec les mœurs locales”, rapporte la TAP.

Commentant cet incident, Cochetel a indiqué que “le centre n’a jamais été conçu pour accueillir autant de personnes, et qu’en plus certains arrivent directement des centres de rétention en Libye. Plusieurs d’entre eux étaient capturés par des trafiquants d’être humains et d’autres détenus dans des prisons libyennes et présentent, par conséquent, un profil psychologique assez fragile”. Ces derniers, doivent, cependant, a-t-il dit, respecter les lois et les traditions du pays d’accueil.

Il a révélé, à cet effet, que cette situation a poussé certains de ces demandeurs d’asile à quitter Médenine pour venir camper devant le siège du HCR à Tunis, proférant toutes sortes de menaces et revendiquant leur relocalisation vers des pays européens.

Cochetel a souligné qu’il faut réfléchir à mieux répartir les demandeurs d’asile pour éviter “une concentration de gens traumatisés dans le même espace”, a-t-il dit.

L’envoyé spécial de la UNHCR a expliqué que la tension observée est attribuable également aux attentes de certains demandeurs d’asile qui veulent absolument partir en Europe, “n’acceptant pas de retourner dans leurs pays d’origine et refusant de rester une Tunisie”.

 Plus de 1 792 demandeurs d’asile et réfugiés en Tunisie

L’envoyé spécial du HCR pour la Méditerranée a précisé que le nombre total de réfugiés et demandeurs d’asile en Tunisie à la date du 31 mars 2019, est de 1792 répartis entre 1581 demandeurs d’asile et 211 réfugiés. Il a noté que la plupart sont des ressortissants syriens (1031) et le reste provient de l’Erythrée, de l’Ethiopie, de la Somalie, du Soudan, de l’Irak, du Yémen, de la Palestine et du Cameroun.

Il a ajouté que le HCR recense, actuellement, l’afflux de 10 demandeurs d’asile par semaine en moyenne, pris en charge par un système d’accueil qui a été mis en place en collaboration avec les autorités locales et le croissant rouge tunisien, ainsi qu’avec d’autres partenaires.

Cochetel estime que, désormais, les inquiétudes viennent du côté libyen où cinq centres de rétention localisés à proximité des zones de combat à Tripoli ont été fermés par les autorités libyennes d’une façon arbitraire, avec des réfugiés qui ont été pris en otage, ajoutant que le HCR cherche des solutions d’évacuation et négocie une sorte de corridor humanitaire pour les évacuer vers le Niger et d’autres pays de la région.

Le responsable onusien a en outre indiqué que même s’il n’y aura pas d’afflux massif de réfugiés vers la Tunisie comme c’était le cas en 2011, “il faudra se préparer au pire en espérant qu’il ne se produise pas”.

Il a déclaré qu’un plan de contingence a été élaboré avec les différents ministères tunisiens pour exploiter certains espaces (stades, foyers universitaires, etc.) dans l’accueil d’éventuels réfugiés.

Le FTDES apporte ses solutions

Pour le FTDES, le gouvernement tunisien devra mettre fin aux interventions européennes et élaborer une politique migratoire conforme aux conventions internationales qu’elle a ratifiées afin de préserver la dignité des réfugiés qui se trouvent en Tunisie.

“Ouvrir la voie aux associations pourrait être une solution intéressante pour alléger le fardeau” estime Ben Amor. “Des psychologues ou des médecins volontaires pourraient donner un coup de main aux organisations onusiennes” ajoute-t-il en évoquant des pathologies mentales, des maladies liées au manque d’hygiène ou des problèmes respiratoires.

Il a expliqué que sous prétexte de “sécurité”, ces centres restent inaccessibles pour les associations spécialisées souhaitant pourtant améliorer les conditions des réfugiés. 

Parmi ses revendications, le FTDES appelle à la mise en place d’un cimetière décent pour les migrants et les réfugiés. “À chaque fois, c’est compliqué d’enterrer les réfugiés décédés dans le centre. Nous sommes obligés de les enterrer dans un cimetière sous forme d’une fosse commune” regrette-t-il.  

Dans ce contexte, le FTDES a renouvelé sa demande d’attribution d’une parcelle de terrain public ou municipal pour la construction d’un cimetière digne de ces réfugiés.

Vers la fermeture du centre d’accueil de migrants de Médenine?

Le Ministre chargé des relations avec les instances constitutionnelles, la société civile et des droits de l’Homme, Fadhel Mahfoudh a annoncé, jeudi 21 mars 2019, la fermeture du foyer d’hébergement de migrants et demandeurs d’asile Al Hamdi de Médenine, à compter de la deuxième semaine d’avril.

D’une capacité maximale de 80 personnes, le foyer d’accueil d’urgence Al Hamdi, géré par le Croissant Rouge Tunisien (CRT) dans le cadre d’un partenariat avec l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), héberge aujourd’hui près de 210 personnes, dont 180 demandeurs d’asile en attente de réponse de la part du Haut-Commissariat aux Réfugiés (HCR) et 30 migrants en situation vulnérable.

Malgré les efforts menés par les différents partenaires, le dépassement des capacités d’accueil du foyer d’urgence entraine des difficultés conséquentes en termes d’encadrement et d’accompagnement. Cette situation nuit grandement au bien-être des résidents du foyer dont le nombre n’a cessé d’augmenter ces derniers mois avec l’arrivée de migrants en provenance de Libye et les récentes opérations de sauvetage en mer.

En décembre dernier, l’OIM avait déjà exprimé ses préoccupations concernant cette situation d’urgence humanitaire particulièrement alarmante, le foyer n’ayant pas la capacité de répondre aux besoins d’un tel nombre de demandeurs d’asile et de migrants.

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Facebook.

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Twitter.

Retrouvez le HuffPost Tunisie sur notre page Instagram