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21/11/2018 14h:21 CET | Actualisé 21/11/2018 14h:21 CET

Le Forum de Paris sur la paix: Repenser le multilatéralisme

"Le plus important, c’est d’investir dans la culture de la paix et pas seulement dans les politiques pour la paix".

NurPhoto via Getty Images

INTERNATIONAL - Afin de préserver les mécanismes institutionnels qui assurent un certain équilibre mondial pour la paix, la France, à travers le lancement d’un espace de discussions et d’échanges sur la paix, se veut un laboratoire d’idées pour veiller à repenser la paix, notamment devant la montée des tensions dans un monde où la diversité des menaces ne cessent de s’imposer pour déjouer les politiques de sécurité. 

La nature des crises qui envahissent la planète obligent les dirigeants à agir afin de maintenir et sauvegarder les acquis pour la paix dont dispose l’arsenal institutionnel des politiques publiques et internationales. Cependant, la fragilité du contexte mondial, caractérisée par un repli identitaire, le nationalisme, le racisme, l’antisémitisme et l’extrémisme, sans négliger bien évidemment le retour d’une radicalisation idéologique et religieuse, astreint la communauté internationale à activer sérieusement ses ondes de veilles stratégiques et sécuritaires pour renforcer la paix mondiale.

Si le Forum sur la paix a vocation de se produire chaque année, la question qui se pose est celle liée à la vision française et son apport pour les nouvelles approches permettant de produire des modèles pour la paix, et ce tout en surmontant les défis quant aux clivages idéologiques et aux contraintes des rapports institutionnels entre les organismes étatiques, la société civile, les ONG ainsi que le secteur privé...

Si l’esprit diplomatique l’emporte sur la dimension opérationnelle pour cette première édition du Forum, les autorités françaises essaient, à travers l’idée d’adopter une telle plateforme de réflexion sur la paix, de prévenir l’avènement d’un nouvel ordre mondial et ce pour s’imposer comme acteur initiateur des nouveaux mécanismes d’un modèle de paix pour le nouveau contexte, non seulement multipolaire, mais surtout multidimensionnel. 

Construire durablement la paix nécessite non seulement de repenser ou de défendre le multilatéralisme, mais dépend aussi de la bonne volonté des politiques et celle de la conscience collective des peuples. Le plus important, c’est d’investir dans la culture de la paix et pas seulement dans les politiques pour la paix. Un peuple conscient du vivre ensemble constitue une armure sociale très solide face aux dysfonctionnements de la coexistence universelle. 

Si les conflits violents, la négligence et l’ignorance des relations réciproques pacifiques triomphent davantage dans les relations internationales, les principales victimes sont d’abord et avant tout les enfants qui vivent dans les zones de conflits et ceux qui se trouvent en pleines vagues d’immigration ou de déplacements de réfugiés. D’ailleurs, c’est dans ces contextes similaires que les réseaux terroristes recrutent les enfants soldats, et les obligent à obéir à leurs orientations dans le cadre d’un processus de lavage de cerveau et d’endoctrinement idéologique. 

Les plus grandes catastrophes humanitaires devraient servir de boussole de réflexion stratégique pour convenir d’un modèle de paix au-delà de la géographie, la culture, la religion et les intérêts économiques. Toutefois, l’échec collectif qui conduit encore à ces différentes catastrophes reflète l’absence d’un dialogue institutionnalisé qui devait exercer une pression légitime afin de prévenir les conflits marquant la transition vers un nouvel ordre mondial.

Aujourd’hui, la communauté internationale est appelée à créer un ordre pour la paix qui répond aux exigences des défis contemporains, un ordre fondé sur le droit et un cadre de coopération internationale s’appuyant sur les valeurs universelles. Si nous devons protéger, préserver et développer le noyau de ce que notre communauté internationale a accompli dans ce dossier pour la paix, la production d’un modèle de continuité exige encore plus de persévérance étant donné que le consensus concernant l’adoption des décisions juridiques devient de plus en plus ardu.

Si le conseil de sécurité des Nations unies est actuellement en situation de blocage par rapport à plusieurs décisions politiques, et ce malgré les efforts déployés par l’ONU afin de parvenir à un modèle d’engagement et de coopération internationale, repenser le concept de la coopération internationale reste la grande épreuve de la pensée contemporaine afin d’aboutir à un nouveau système à la hauteur de la vitesse des changements et celui de l’axe des rapports de force.