MAROC
24/10/2018 13h:17 CET

Le fils de Jamal Khashoggi a-t-il été forcé de rencontrer Mohammed ben Salmane?

Salah Khashoggi, le fils de l'éditorialiste du Washington Post mort au consulat saoudien à Istanbul, a été invité au palais royal de Ryad.

Le HuffPost

KHASHOGGI - S’agissait-il d’une poignée de main sincère, comme l’assure l’Arabie saoudite, ou faut-il y voir une opération de communication forcée de la part du royaume? La photo de la rencontre mardi 23 octobre entre le roi Salmane, Mohammed ben Salmane et le fils du journaliste tué Jamal Khashoggifait beaucoup réagir.

Salah Khashoggi et un frère du journaliste tué au consulat saoudien à Istanbul le 2 octobre ont rencontré le roi et le prince héritier au palais royal de Ryad. Selon l’agence officielle saoudienne SPA, la famille royale a présenté ses condoléances aux membres de la famille Khashoggi. Le fils a “grandement remercié le roi et le prince héritier” pour cela, selon le royaume, cité par nos confrères du HuffPost américain.

 

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Le roi Salmane (droite) et le prince héritier Mohammed ben Salmane (derrière à droite) reçoivent Salah Khashoggi (gauche) et son oncle.

L’Arabie saoudite a reconnu samedi que Jamal Khashoggi, 59 ans, éditorialiste respecté qui collaborait au Washington Post, avait été tué dans le consulat général de son pays à Istanbul. C’était à l’issue d’une bagarre, selon le royaume. Mais, dans les jours qui ont suivi la disparition du journaliste, des journaux turcs ont rapporté que les enquêteurs turcs avaient en leur possession des enregistrements vidéo et audio prouvant que Khashoggi avait été torturé, tué et démembré.

“C’est écœurant”

De nombreux observateurs à travers le monde ont commenté cette rencontre surprise entre le roi saoudien et la famille du journaliste, à l’heure où la communauté internationale s’interroge sur les circonstances exactes de sa mort et la véracité de la version saoudienne. Certains ont souligné le fait que Salah Khashoggi a l’interdiction de quitter son pays depuis l’an dernier à cause des critiques régulières de son père envers le régime, d’après les confidences de l’un de ses proches à l’agence AP.

“C’est une photo qui marquera l’histoire. Le fils de Khashoggi, Salah, appelé au palais royal et obligé de serrer la main de l’homme accusé d’avoir ordonné le meurtre de son père”

“Ils ont assassiné son père, démembré son corps, orchestré une dissimulation, menti à propos du meurtre, puis menti à propos de la dissimulation... et maintenant ils forcent le fils de Khashoggi, prisonnier de son propre pays, à participer à une opération de communication en serrant la main du prince qui a tué son père”

 

“C’est écœurant! Je suis révoltée. Le régime saoudien force Salah Jamal Khashoggi, le propre fils de Jamal Khashoggi, à serrer la main du cerveau derrière le meurtre de son père. La communauté internationale doit mettre la pression sur le roi Salmane pour qu’il lève l’interdiction de quitte le territoire à laquelle est soumise Salah Khashoggi.”

Un politologue et spécialiste du Moyen-Orient est allé jusqu’à remarquer que la dishdasha de Salah Khashoggi, sa robe traditionnelle, était froissée. La marque, selon lui, qu’il n’a pas eu le temps de se préparer à cette rencontre.

“En l’espace de 30 minutes, les autorités turques et saoudiennes ont annoncé qu’Erdogan et Salmane présentaient leur condoléances à la famille de Khashoggi. Comme Ali Bakeer le note justement, la dishdasha du fils de Khashoggi montre qu’il n’a pas eu le temps de se préparer pour sa rencontre au palais royal. Si ce n’est pas le cas, alors c’est très étrange”

 Cet article a initialement été publié sur Le HuffPost France.