TUNISIE
10/11/2018 17h:22 CET | Actualisé 11/11/2018 23h:53 CET

Le film "Yomddine: Un classique nécessaire dans un monde arabe allergique aux différences

Une oeuvre humaniste avant tout

Affiche Yomddine

Les injustices, la pauvreté, les bidonvilles, la marginalisation...c’est un classique du cinéma égyptien. Ces thématiques s’imposent dans ce pays rongé par ces fléaux depuis des lustres. Les composantes d’un mélodrame sont “toutes prêtes”. 

Le film de Abu Bakr Shawky “Yomeddine” est en cela un classique. Le cinéaste est allé fouiller dans les misères de l’Egypte. Le personnage principal est Beshay. Il est lépreux, vivant au milieu des ordures pour gagner des miettes. Après la mort de son épouse, il décide de quitter sa léproserie où il a vécu toute sa vie, pour aller à la recherche les siens. Un enfant de l’orphelinat, appelé Obama, s’entête à rester avec lui. Ils entreprennent ensemble un long périple jonché de rencontres surprenantes, de mésaventures....

Les deux aventuriers vont à l’encontre d’une Egypte inconnue, eux, qui ont longtemps vécu reclus, isolés et épargnés des regards des autres. Ils sont propulsés soudainement dans la masse: impitoyable et indulgente parfois. 

Shawky met à nu une Egypte crue. Il n’est pas le seul réalisateur à le faire, ni le seul à la prendre le parti des marginaux, ni le seul non plus à prôner le sentimentalisme dans son traitement. Le réalisateur fait parler les personnages, trop parfois, mais leurs mots sont pesants, justes.

Le penchant vers le bavardage et la démonstration est aussi un classique du cinéma égyptien, dus à de nombreux facteurs liés plus aux caractéristiques du spectateur égyptien et arabe en général qu’aux choix cinématographiques, mais c’est un autre sujet. 

EXTRAIT Yomddine

“Yomddine” aurait pu être un film anodin-tous les ingrédients sont usés pour provoquer l’empathie du spectateur- mais n’est-ce pas le génie du cinéma de susciter des émotions, d’arracher des larmes, des sourires!

Cette fiction est surtout nécessaire. Dans une Egypte et un monde arabe allergiques aux différences, qui les ostracisent, cette oeuvre est une ode à l’acception de l’autre, de ses différences religieuses, physiques, sociales...

Certes, la marginalisation est omniprésente dans ce cinéma, mais oh combien  encore persistante, banalisée dans la réalité, revêtant plusieurs formes, dont celles traitées dans ce film. 

Le réalisateur ne s’égare pas, sa caméra est focalisée sur ses exclus. Son parti pris est clair, noble et non dénué d’humour: c’est une oeuvre poétique, teintée de philosophie et se distinguant par son humanisme avant tout. 

EXTRAIT Yomddine

 

 

Le film était en compétition officielle au Festival de Cannes. Il est en compétition officielle aux JCC 2018 et sera projeté dans les salles tunisiennes prochainement