MAROC
27/02/2019 14h:07 CET | Actualisé 27/02/2019 14h:57 CET

Le film "Soumaya" nous plonge dans les licenciements et perquisitions abusifs de la France sous l'état d'urgence

L'histoire est inspirée de faits réels.

Capture d'écran

CINÉMA - Les salles de cinéma accueilleront prochainement un thriller inspiré de faits réels. “Soumaya”, réalisé par Waheed Khan et Ubaydah Abu-Usayd, raconte les histoires de musulmans victimes de licenciements et perquisitions abusifs de la France sous le régime de l’état d’urgence.

Après les attentats de janvier 2015 qui ont touché la rédaction de Charlie Hebdo, le gouvernement français a placé le pays sous le régime de l’état d’urgence. Il est prolongé quatre fois mais, malgré tout, la France est de nouveau le théâtre d’attentats, comme à Paris et à Nice. En 2017, Emmanuel Macron, alors nouveau président de la République, décide d’y mettre fin.

Sous ce régime, les autorités ont de nouveaux pouvoirs. Comme ceux d’interdire de séjour “toute personne à l’égard de laquelle il existe des raisons sérieuses de penser que son comportement constitue une menace pour la sécurité et l’ordre publics”, d’assigner à résidence “toute personne dont le comportement constitue une menace pour la sécurité et l’ordre publics” ou encore “d’ordonner des perquisitions à domicile”.

Une histoire inspirée de faits réels

L’état d’urgence en France a entraîné son lot de décisions abusives et ce film les raconte. Soumaya, interprétée par l’actrice franco-marocaine Soraya Hachoumi (“Powerless”, “9 mois ferme”) “est cadre dans une société de transport. Alors qu’elle est employée depuis quatorze ans, elle apprend du jour au lendemain qu’elle est licenciée, et découvre le soir-même à la télévision les raisons de son licenciement. Elle décide alors d’exercer un droit de réponse très particulier...”, raconte le synopsis. 

“Ce film est né de la rencontre avec une femme qui était, elle aussi, cadre dans une société de transports. Elle avait été perquisitionnée à 4 heures du matin en présence de sa fille peu de temps avant. J’ai été amené, pour une prestation, à faire une interview avec elle et cette rencontre m’a donné envie d’aborder le sujet dans un film”, raconte au HuffPost Maroc Ubaydah Abu-Usayd, un des réalisateurs du film. 

Dans le film, on retrouve l’histoire de cette femme au travers du personnage de Soumaya. Mais les réalisateurs se sont aussi penchés sur d’autres histoires connues, d’autres perquisitions, assignations à résidence, et même le licenciement de masse de bagagistes des aéroports de Paris, à cause de l’état d’urgence et en raison de leur religion.

“Le cas de Soumaya était traité par le Collectif contre l’islamophobie en France, qui a eu énormément de dossiers à traiter pendant l’état d’urgence. Quand on a proposé le sujet du film, le collectif nous a tout de suite soutenus”, raconte le réalisateur. “Il nous a donné accès aux dossiers, avec l’autorisation des concernés et des avocats et on a essayé de comprendre les procédures judiciaires qui avaient été entamées”. 

De la fiction pour raconter ce qu’on ne voit pas

“C’était une petite affaire mais c’est ce qui nous importait. Montrer les petites histoires qui peuvent faire l’objet de seulement quelques lignes dans un article mais qui, en fait, sont profondes et lourdes de sens par rapport à l’impact qu’elles ont sur les familles”, ajoute Ubaydah Abu-Usayd. Dans “Soumaya”, les réalisateurs ont choisi de laisser toute sa place à la famille. Inspirés par la relation entre la femme qui a inspiré Soumaya et sa fille, “on a essayé de traiter le tiraillement entre la lutte pour les droits et la lutte pour la paix familiale. Et comment Soumaya essaye de réconcilier ces deux luttes”.  

“Je ne suis pas entrée dans la vie privée de cette femme. Je me suis contenté de l’affaire juridique. C’est donc là que dans le film, la partie fiction a commencé. On a essayé d’écrire une relation tacite entre une mère qui est très absente parce qu’elle lutte pour ses droits mais en même temps qui lutte aussi pour sa fille”, explique Ubaydah Abu-Usayd.

La famille est la source d’inspiration du réalisateur. Dans son dernier documentaire “Ta dernière marche dans la mosquée”, où il partait à la rencontre des proches des victimes de l’attaque dans la mosquée de Québec, il abordait aussi ce sujet. “Ce qu’on y voit, ce sont des gens qui pleurent le départ de leurs proches. Ce qui me parle énormément, c’est la perte de l’être aimé, d’une personne qui s’en va, et c’est une notion qui traverse beaucoup mes inspirations”, nous explique-t-il.

Capture d'écran

La fiction a également permis aux réalisateurs de ne pas avoir à faire de reconstitution sur un sujet comme celui-ci. “On ne voulait pas faire un documentaire de reconstitution. Cette dimension de se replonger dans quelque chose qui s’est déjà passé a nécessité qu’on imagine un dispositif plutôt de fiction. Il y a des témoignages qu’on a du mal à croire si on ne les voit pas de nos propres yeux”, précise le réalisateur. Par exemple, les scènes où les employeurs et les autorités mettent les personnages au ban de la société. “Ce sont des choses très dures. On peut les écouter avec des témoignages mais on n’y verra pas la violence qui vient de l’autre côté, de l’employeur, de la police. Dans ‘Soumaya’, on a voulu faire une sorte de miroir”. 

Une petite pause au Maroc

Si le film concerne la France, “Soumaya” nous amène quand même un petit peu au Maroc. Un des personnages s’est converti à l’islam, “il a été inventé mais il est inspiré de plusieurs témoignages”, souligne Ubaydah Abu-Usayd. Ce dernier, qui veut fuir les problèmes familiaux et le racisme français, décide de partir s’installer au Maroc, à Agadir. “En arrivant, il est confronté à ses propres préjugés vis-à-vis des Marocains, même en tant que converti”.

“Ce n’est pas le personnage principal du film”, ajoute le réalisateur qui est aussi docteur en études cinématographiques. “Mais c’est le moment du film où on respire un petit peu. Parce que la plupart du temps, on est dans des discussions, des débats, des bureaux. Le Maroc ouvre un autre champ”. 

Pour le moment, aucune date de sortie n’a encore été fixée. L’équipe cherche encore un distributeur mais le film doit sortir prochainement. En attendant, Ubaydah Abu-Usayd pense déjà à son prochain long-métrage: “voir comment les relations avec la famille influencent le comportement des jeunes délinquants et comment ils trouvent une inspiration dans la rencontre avec les autres (amis, enseignants...)”, avec son frère qui travaille dans un Institut de protection de la jeunesse.