MAROC
09/11/2018 17h:34 CET | Actualisé 09/11/2018 18h:21 CET

Le Festival Migrant'scène annulé par les autorités à Tanger

L'association organisatrice dénonce une "interdiction illégale".

Migrant'scène

GADEM - Organisé depuis 2010, le Festival Migrant’scène a été soudainement interrompu mercredi. Alors que les évènements culturels liés aux festival ont  débuté lundi 5 novembre, ses organisateurs, le GADEM (Groupe antiraciste de défense et d’accompagnement des étrangers et migrants) et la compagnie DABATEATR ont été informés de son annulation par le caïd de l’arrondissement deux jours après.

C’est ce qu’explique au HuffPost Maroc Youssef Ait Akdim, administrateur du GADEM. Selon ce dernier, le 7 novembre, le caïd est venu sur les lieux du festival, accompagné par des policiers, et a demandé l’annulation des évènements à partir de mercredi. Les partenaires ont réclamé un écrit, ce qui ne leur a pas été donné.

“Association gauchiste venue de Rabat”

Face à l’absence d’écrit officiel justifiant l’annulation, les représentations continuent.

Suite à cela, la réaction du caïd ne s’est pas faite attendre.“Mardi, deuxième jour du festival, le caïd est venu informer verbalement les organisateurs que l’évènement était interdit. Il est revenu le lendemain et quand on lui demandé un écrit, il a demandé un délai pour selon lui consulter le ministère de l’Intérieur. Enfin, jeudi il a convoqué les partenaires du GADEM pour les informer de l’interdiction”. Selon le GADEM, le caïd aurait alors déclaré qu’il ne tolérait pas la présence à Tanger “d’une association gauchiste venue de Rabat, et qui attaque le gouvernement”. “A partir du moment où nos partenaires ont été sommés de mettre fin à une activité interdite, le GADEM a décidé d’annuler l’évènement afin d’assurer la sécurité des publics et des artistes”, indique Youssef Ait Akdim. C’est la première fois que le festival est interdit depuis sa création.

Une situation que condamne formellement le GADEM. “Nous dénonçons une interdiction qui est illégale dans sa forme et dans sa justification verbale par le caïd”, continue Youssef Ait Akdim. “Pour interdire une activité publique, culturelle dans ce cas, les autorités doivent motiver leur décision. Le caïd a verbalement stigmatisé le GADEM en la qualifiant d’ “association gauchiste qui attaque le gouvernement”. C’est un comportement individuel irresponsable en plus d’être un signal négatif pour la liberté d’expression et de création artistique et pour les défenseurs des droits des personnes étrangères et migrantes, surtout s’il est validé par la hiérarchie de ce monsieur”, continue Youssef Ait Akdim.

Coûts et blessures

Le GADEM a, ces derniers mois, régulièrement dénoncé l’arrestation et les expulsions de migrants à Tanger, notamment dans un rapport intitulé “Coûts et blessures”

Cependant, l’association ne peut dire avec certitude si ces évènements sont liés. “En l’absence de notification écrite et donc de motivation de cette interdiction, nous ne pouvons pas spéculer sur les causes. Nous nous réunirons pour analyser les faits et y donner les suites qui nous semblent appropriées. Ce qui est sûr c’est que le GADEM poursuivra son travail. Nous sommes une association de plaidoyer. Si certaines personnes jugent nos publications sévères, c’est peut-être qu’elles n’ont pas pris la mesure des violations répétées des droits des personnes migrantes, surtout depuis cet été avec les campagnes d’éloignement vers le Sud et d’expulsions vers les pays d’origine. Ce n’est pas la communication du GADEM qui est extrême, c’est la violence de la répression en cours qui l’est”, poursuit le militant associatif.

Contacté par le HuffPost Maroc, le maire de Tanger a déclaré ne pas avoir connaissance de ce dossier.