MAROC
26/06/2019 10h:16 CET | Actualisé 26/06/2019 12h:21 CET

Le festival Gnaoua d'Essaouira, entre sacs à dos, melting pot et fusions légendaires

La prochaine édition du festival aura lieu du 20 au 23 juin 2020.

CULTURE - La 22ème édition du Festival Gnaoua et Musiques du monde s’est achevée dimanche 23 juin à Essaouira. Un rendez-vous qui a réuni des milliers de festivaliers, venus de partout, célébrer les rythmes et sonorités gnaouis en plein coeur de la cité des alizés. Cette année, plus de 300.000 festivaliers se sont pressés pour voir Mâalem Hamid El Kasri, Mâalem Bakbou, les fameux Tinariwen ou encore Third World. Le HuffPost Maroc s’est rendu à Essaouira, au coeur de ce festival unique en son genre. Reportage.

A l’entrée de la ville, non loin des agences de transport routier, certains festivaliers, backpacks sur le dos, se dirigent directement vers un camping près de la plage. Un endroit où ils passeront les trois nuits du festival, alors que d’autres, en groupe, cherchent des maisons à louer, des hôtels ou des riads. Partout dans la ville, l’ambiance est festive. Toutes les générations sont présentes, des petits jusqu’aux plus âgés en passant par les jeunes.

À l’unisson

Le public gnaoui est diversifié. On y trouve des familles, des vacanciers, des amoureux, des amis, des étrangers, et beaucoup de rastamans. Fidèles au rendez-vous, ils ont parcouru souvent des centaines de kilomètres, parfois en autostop, pour célébrer ensemble la tagnaouite. Ils sont venus de partout, même de l’étranger. “Je viens du Canada, je suis marocain et je viens au festival depuis presque dix ans. A chaque fois que je décide de ne pas venir, je finis par m’acheter un billet d’avion à la dernière minute”, raconte au HuffPost Maroc Abdelkebir, fidèle festivalier de Gnaoua.

 

Au moment du coucher du soleil, les festivaliers commencent à envahir la place Moulay Hassan, après avoir assisté à la traditionnelle parade d’ouverture. Ils sont partout, dans les ruelles, dans les terrasses de cafés, dans les magasins, les restaurants, au grand bonheur des commerçants. Face à la scène principale, les tables des terrasses sont réservées dès 14 heures, pour regarder le show tranquillement et éviter les bousculades.

Si le festival Gnaoua est l’un des plus grands rendez-vous musicaux du royaume, il est aussi un véritable défilé de mode. Alors que certains se déguisent en Mâalem, en pirate ou encore en indien, d’autres rivalisent en termes d’originalité et d’inventivité, en changeant de style afin de s’adapter avec l’ambiance du festival. 

Le premier jour, le public s’est dirigé vers la scène principale Moulay Hassan où les festivités ont démarré avec une belle fusion entre Maâlem Hassan Boussou et le groupe cubain Osain Del Monte. Un concert 100% africain, qui a transporté le public dans des rythmes énergiques.

Élève de feu Mahmoud Guinéa, Moh! Kouyaté a ensuite fusionné avec le maâlem le plus pop rock de tous: Omar Hayat. un pont entre les sources mandingues et inspirations contemporaines empreintes de blues, de jazz et de pop. Une autre union sacrée en cette fin de soirée, celle d’un père et son fils, les maâlems Abdelkebir et Hicham Merchane, qui ont offert au public de la scène Moulay Hassan un concert d’une authenticité rare, une magistrale démonstration prouvant que la tagnaouite a un bel avenir devant elle.

“De tout le continent africain, c’est la première fois que je ressens cela”

La seconde soirée, c’est le groupe de blues touareg Tinariwen qui a offert à la ville l’un des plus beaux concerts toutes éditions confondues. Un enchantement partagé, comme l’a déclaré Abdallah Ag Alhousseini, guitariste du groupe qui a confié avoir donné un des concerts les plus habités de sa carrière, à l’occasion de son intervention lors du Forum des Droits de l’Homme du festival: “Je n’ai jamais vu un aussi beau public, de tout le continent africain, c’est la première fois que je ressens cela, il y a un formidable public à Essaouira”.

La troisième soirée, c’est Hamid El Kasri qui a offert un des temps forts du festival avec un concert passionné qui a transformé la place principale en une sorte de chœur géant par la force de l’écho du public. Le maâlem a ensuite partagé la scène avec deux artistes féminines, véritables étoiles de la scène world: l’Indienne Susheela Raman, dont la rencontre avec Hamid El Kasri a donné lieu à un moment d’une belle intemporalité, puis une surprise avec l’arrivée sur scène de Hindi Zahra, qui a offert une transe pleine de grâce au public souiri, accompagnée des maîtres percussionnistes Karim Ziad et Rhani Krija.

Quant au dernier concert, la place Moulay Hassan s’en souviendra longtemps. Un show d’une grande générosité de Third World, un groupe qui vient fêter à Essaouira ses 45 ans de carrière. Les ambassadeurs du reggae ont offert un concert parfaitement préparé, se permettant des clins d’œil à Bob Marley et même à Andrea Bocelli avec une reprise de “Con te partiro” qui a résonné dans toute la ville.

 

Le festival retiendra également les concerts de Borj Bab Marrakech face au coucher du soleil d’Essaouira. La chanteuse marocaine de musique andalouse moderne, Nabyla Maan, a séduit avec un duo avec la maestra de la danse flamenca Maria Del Mar Moreno. Les concerts de la scène de plage ont été porteurs de belles ondes et de belles énergies. Entre les troupes de la relève et les jeunes maâlems ou des groupes colorés comme Baloji et Imdiazen qui rendent hommage à la diversité des racines musicales marocaines africaines. Et enfin l’original groupe Betweenatna qui a contaminé de son énergie euphorique une jeunesse conquise, et a également accepté d’offrir un concert pour les détenus de la prison d’Essaouira, à la demande des organisateurs du festival.

Enfin, les concerts en toute intimité dans le charme des plus beaux riads d’Essaouira ont fait le bonheur d’un public ravi de s’oublier aux rythmes des troupes Gnaoua, Issaoua, Hmadcha, et de fusions endiablées à l’image des lilas de Dar Souiri, des rencontres musicales de Dar Loubane ou encore des soirées envoûtantes de la Zaouia Issaoua.

Rappelons que la prochaine édition du festival Gnaoua aura lieu du 20 au 23 juin 2020.