MAROC
23/07/2019 18h:14 CET | Actualisé 23/07/2019 18h:18 CET

Festival du film Oukacha: Derrière les barreaux, le cinéma

Organisé du 1er au 17 juillet, le festival du film Oukacha a permis à de jeunes détenus de se préparer à la réinsertion, via une initiation au cinéma.

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PRISON - “La prison n’est pas la fin du monde.” Chamseddine, 19 ans, est un détenu marocain. Comme tous les jeunes de son âge, il rêve de liberté, et d’un avenir plus doux. Ces mots, Chamseddine les a lâchés, du fond des tripes, à l’occasion de la deuxième édition du Festival du film Oukacha. Créé l’an dernier par les associations Sqala et Relais Prison-Société, l’événement vise à renforcer la prise en charge des détenus, notamment des mineurs, pour les préparer à la réinsertion via une initiation au cinéma. 

“On fait le choix de passer par un autre créneau, qui n’est ni la formation, ni les études, ni le scolaire, ni la rééducation” explique au HuffPost Maroc Fatna El Bouih, fondatrice de l’association Relais Prison-Société. “On passe par la force de l’image, qui joue un rôle très important sur les jeunes. Beaucoup sont à la recherche de leur identité et cherchent à s’affirmer, à dire ‘je suis’, et se construisent sur l’image. Ce sont des enfants de la confusion, à la recherche de modèles, d’exemples. Comme tous les jeunes, ils s’identifient à des héros, à de grandes figures.”

Du 1er au 3 juillet, 25 jeunes détenus ont pu, comme Chamseddine, suivre une formation de critique à l’image, aux côtés de professionnels du métier. Tous ont ainsi été initiés au cinéma et à la construction de l’image. En parallèle, des formations au story-telling, à la danse et à la musique ont aussi été organisées. “L’idée, c’était de susciter des débats, d’encourager l’échange, et d’aiguiser l’esprit critique en réfléchissant ensemble sur des sujets de société. On cherche à lutter contre la pensée unique, on les encourage à débattre et à s’écouter. Il n’y a que par là que passera la reconstruction de soi.”

Au terme du festival, les jeunes ainsi formés constituent un jury et se mettent aux côtés du président du festival, cette année le réalisateur Hicham Lasri, pour attribuer des notes aux films documentaires projetés dans la semaine. “On s’est rendu compte que les jeunes s’approprient beaucoup plus les messages lors qu’ils sont véhiculés par un film documentaire que lorsqu’ils le sont dans un film de fiction”, nous raconte Catherine Barut, coordinatrice du festival. “Ils s’identifient nettement plus facilement au personnage.”

“Quand je sors, je commence une nouvelle vie”, a notamment déclaré Oussama, jeune détenu de 19 ans, suite aux échanges avec l’équipe.

A l’issue de la cérémonie de clôture, le film documentaire “We Could Be Heroes” de la réalisatrice Hind Bensari a notamment reçu le prix coup de coeur, tandis que “Les Vagues” a décroché le prix du montage, ainsi que le prix du festival. “Shakespeare à Casablanca” a quant à lui remporté le prix du son, et “Wa Drari”, celui du public.