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30/03/2019 17h:22 CET | Actualisé 30/03/2019 17h:22 CET

Le drapeau XXL

Reuters

La rue a trainé ses rumeurs. L’une et l’autre se sont empilées, les mauvaises paroles, les verbes hauts et quelquefois vils. Alors on est tenté de passer à coté, absents, indifférents voire hautains.

Saïdani a tonné, Gaïd Salah a répondu, Mouloud Hamrouche s’est effacé, Liamine Zeroual a chaussé ses lunettes de soleil, Saïd Sadi a mis en garde et Saïd Khellil a raconté son espoir sur Radio M. 

Les ombres se sont étendues sur les murs. Les pas pressés sur les tapis couvrent encore les morts et les disparus. Au dessus de nous, le ciel bleu cherche une issue possible.

J’ai le souvenir de ce jour, en 2017, durant un exercice d’écriture avec la fabuleuse metteur en scène (metteuse en scène ?) Pascale Henry où elle nous avait demandé de travailler sur nos émotions et en particulier sur la colère. Mes collègues françaises avaient écrit sur le putsch des généraux au Chili, le terrorisme au Pays basque, l’Argentine de Videla et moi sur l’Algérie . 

J’avais écrit sur un homme aux yeux bleus et au sourire ravageur, en fauteuil roulant qui régnait sur des généraux en se prenant pour un sauveur. J’avais évoqué les 200.000 morts de la guerre civile, les mères des disparus sur la place d’Alger, les moines de Tibhérine, les angoisses, les nuits blanches, les exils et le pays sans justice ni avenir pour sa jeunesse.

La séance suivante j’évoquais le viol d’une jeune femme sur des terres de colons à Misserghin. Et soudain je réalisais que j’étais d’un pays qui avait connu deux guerres en un demi-siècle.

Alors aujourd’hui, je pense à nos rétines imprégnées de vert, blanc, rouge, au drapeau XXL qui se déploie et prend toute la rue, aux écharpes, aux capes.

Chacun enracine et réactive l’histoire nationale, celle des mouvements de luttes inséparable des certains noms gravés le 8 mai 1945 : Sétif, Guelma, Kerrata.

Les jours défilent et Vendredi tient son rang, la semaine n’existe presque plus et l’horloge ne se plaint pas, nos yeux fouillent le ciel et il me plait d’y trouver une tendresse.

J’aime fredonner des vieux airs de Hachemi Guerouabi ou d’El Anka presque joyeux pour parler de l’insouciance de ces jours où il n’y a rien d’autres à espérer que des êtres ouvertes sur les terrasses où les draps sont étendus entre l’étoile et le croissant .