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03/05/2018 10h:03 CET | Actualisé 03/05/2018 10h:03 CET

Le dilemme du "statut" Blanc!

Du “smart”, ils ne leurs restent que le phone. Chargé, mais les neurones sont à plats. Les yeux collés sur cet espace vide qui ne demande qu’à être rempli, mais il n’y a rien à l’horizon.

oatawa via Getty Images

Il y a quelques années, un ami écrivait dans “Tribune” (l’hebdomadaire de l’IHEC qui paraissait entre 1996 et 1998), un excellent papier, une sorte de “mea culpa”, intitulé “le dilemme de la page blanche” dans lequel il exprimait notre souffrance, -nous rédacteurs- et déplore notre manque d’inspiration de pondre un article chaque semaine pour que le journal garde sa fréquence de parution.

Deux décades plus tard, à l’ère des réseaux sociaux, le support change, mais le dilemme persiste.

Dans ces espaces ouverts, où l’expression est libre et où tout chacun a la possibilité de faire entendre sa voix au monde, nous avons la chance de découvrir des personnes intelligentes et amusantes qui ont toujours cette réflexion pertinente, la tournure de phrase qu’il faut et le jeu de mots qui fait mouche…Ils ont une pensée, profonde et subtile qui t’interpelle, égaye ta journée, t’apprend un truc et sur un évènement, elle porte même ta voix que tu n’as pas oser exprimer faute de mots, de confiance ou de courage…

Mais comme il faut de tout pour faire un monde, il y a certains qui, se prenant vraiment pour les nouveaux maitres de la pensée, sont devenus une sorte de gourous dont la réputation dépasse le microcosme de leurs amis, connaissances ou familles. Ils sont suivis par des milliers de connectés, ce qui, à l’échelle de la Tunisie, représente le “monde”…Chaque jour, ils nous dictent une nouvelle leçon. Ne se contenant pas uniquement de nous faire la morale, ils ne se gênent pas de partager leur états d’âme sur un plat trop salé ou de se la jouer beaux gosses ou bombasses de service sur les rives d’une plage ou dans une soirée mondaine…Plus que les hordes de leurs suiveurs, ils sont les véritables “serfs” des foules complètement accros aux “likes” et “partages”.

Ils ne se sentent plus humains, ils se croient icônes.

Sauf qu’un jour, rien. C’est le calme, sec, total, mortel.

Du “smart”, ils ne leurs restent que le phone. Chargé, mais les neurones sont à plats. Les yeux collés sur cet espace vide qui ne demande qu’à être rempli, mais il n’y a rien à l’horizon. Point d’inspiration. On écrit, on efface…on réécrit, on pense tenir le bon bout, mais non, c’est de la merde. On se calme, on laisse pour plus tard. Sauf que plus tard, toujours rien.

La souffrance est atroce, elle est pénible, d’autant plus que les “autres” (les concurrents du même rang) ont trouvé leur sésame de la journée. Les likes se déchainent, les bravos pleuvent et les commentaires fusent de partout.

On se sent mal, le supplice est méchant, presque barbare. On se doit de réagir et vite! Le mutisme n’est pas une option et l’absence est interdite, mais toujours le néant comme unique horizon. On lit les actualités, on rase les murs de Facebook, de Twitter et de toutes les applications même les plus pourries à la recherche de cette étincelle qui fera jaillir l’éruption, mais le volcan est endormi; presque éteint.

Les heures défilent, mais Nada, Niet, No…alors soit on se rabat sur le réchauffé. Facebook aidant, on ressort un vieux statut paru le même jour, dix ans plutôt, ou on écrit une blague lourde, ou encore on se la joue terre à terre, genre star en publiant un selfie de ses grosses lunettes de soleil avec un sourire qui cache mal le désarroi.

C’est laborieux, approximatif, presque du “fast-food”, mais qu’importe…. Il “aime” donc je suis.

Et heureusement pour ces gens que les complaisants et les groupies existent. Les pouces se lèvent, ils sont sauvés jusqu’à la prochaine arène espérant qu’elle soit sous la bonne étoile. Justement, ils se sentent gladiateurs et ils le sont, pas parce qu’ils sont vaillants mais, car comme eux, ils sont esclaves, non pas d’un empereur romain, mais de leur propre vanité.

Alors, j’ai envie de de dire à mes amis et à moi-même (avant tout): Il ne faut pas forcer, ça ne sert à rien d’avoir un statut noirci si la pensée reste vide.

!!حانوت مسكرة ولا كرية مشومة

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