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20/03/2019 13h:40 CET | Actualisé 20/03/2019 13h:40 CET

Le dialogue est possible avec le mouvement populaire

Aujourd’hui, nos jeunes ne doivent pas se contenter d’écrire leurs revendications sur les murs d’Algérie sur des post-it colorés, aux couleurs de leurs rêves de liberté et de dignité… Il est temps pour eux de s’organiser et d’agir en force politique.

NurPhoto via Getty Images

Les Algériennes et les Algériens refusent la violence et toute intervention étrangère, ils veulent un changement pacifique à travers une transition démocratique avec des figures crédibles et consensuelles.   

Une transition démocratique est un processus long et complexe et son succès réside dans son caractère inclusif, la capacité d’ouverture au dialogue et d’écoute du peuple.

Plusieurs leçons sont à tirer des pays qui ont vécu des transitions démocratiques. Etre à l’écoute des demandes du peuple et y répondre en temps voulu, c’est-à-dire sans miser sur la démobilisation et sans attendre le pourrissement, est la leçon numéro un.

Ignorer les messages du peuple et notamment des jeunes ne peut que compliquer la situation et ouvrir la porte à des scenarios négatifs. L’implication de toutes et tous est primordiale afin d’aboutir à un projet politique qui mène le pays vers une transition pacifique et inclusive.

Les médias et les réseaux sociaux laissent entendre que ce mouvement populaire n’ayant pas de leader, le dialogue ne serait pas une option. La recherche d’un leader dans une période de transition est inutile, le focus doit demeurer le processus politique de la transition qui doit nécessairement commencer par le dialogue avec le mouvement dans sa diversité.

Le mouvement populaire de notre pays sort du schéma classique du leader unique par son ampleur, son caractère inclusif, la clarté de ses revendications et sa dimension nationale. Ses acteurs clefs, ceux qui ont activement contribué et mobilisé pour la réussite des différents rendez-vous de protestation sont :

  • Les représentants des étudiants et des professeurs des universités,
  • Les représentants des corporations (médecins, magistrats, avocats, …)
  • Les syndicats
  • les organisations de la société civile, notamment les organisations de jeunes et de femmes.

Ce mouvement étant une expression fraiche, courageuse et profonde des jeunes, la transition permettra  l’émergence de nouvelles figures politiques jeunes.

Néanmoins, ce dialogue parait difficile à concrétiser à ce stade et aujourd’hui car les figures proposées par le pouvoir pour piloter le processus n’ont ni l’acceptation ni la confiance de ce mouvement.

Intervention étrangère directe ? Peu probable  

L’intervention de pays étrangers, notamment ceux qui ont des intérêts géopolitiques, économiques et financiers est une réalité. Nous avons bien vu à quel point cette intervention peut être néfaste, criminelle comme en Syrie, en Libye ou en Iraq.

L’expérience de ces pays qui ont subi des interventions étrangères nous apprend que souvent elle s’est appuyée sur la diaspora, qu’elle soit dans l’opposition et/ou qu’elle soit en quête de pouvoir politique et économique. En revanche, notre diaspora a déjà pris position en faveur du mouvement et transmis son message dans les grandes capitales du monde. Le patriotisme des algériens et leur nombre à l’étranger, notamment en France, est une grande force et toute intervention étrangère pourrait se retourner contre ces pays.

Par ailleurs, Il faut reconnaitre aussi que les expériences de transition démocratique pilotée par la communauté internationale ont souvent montré leurs limites. Souvent, il s’est agi de calquer à tout prix et en un temps record un modèle de démocratie unique sans tenir compte des spécificités de chaque pays.  

La réalité tribale et institutionnelle spéciale en Libye par exemple a montré que ce pays ne pouvait passer rapidement au modèle classique démocratique : des élections et un parlement. Les élections menées avec l’appui de la communauté internationale n’ont pas garanti une transition et le pays est entré depuis les premières élections dans un cycle de violence et de conflit complexe sans précédent.

Je demeure quelque part attachée un peu à l’expérience tunisienne sur laquelle j’ai travaillé de 2011 à 2013. Je dois dire qu’une grande partie de la réussite du processus tunisien a été l’approche de compromis adoptée par les partis politiques représentés à l’assemblée constituante. La vigilance et la mobilisation du courant progressiste a aussi pesé et a pu emmener par exemple la première esquisse de la constitution de la notion complémentarité entre les hommes et les femmes proposé par le parti « Elnhada » à l’égalité dans les versions qui ont suivi, en plus de la constitutionalisation du principe de l’alternance sur les listes électorales entre les femmes et les hommes dans la version adoptée en 2014.

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Le MAK ?

Il est affaibli aujourd’hui par le mouvement populaire et le sera encore plus si la question de la décentralisation et de la gouvernance locale est inscrite sur la feuille de route de la transition. 

L’islam politique ?

S’il y a lieu de faire des comparaisons, notre mouvement populaire s’apparente à celui de l’Egypte dans certains aspects. La révolution en Egypte est survenue à l’approche des élections présidentielles et les rumeurs concernant la succession de Hosni Moubarek par son fils Jamel. Le mouvement en Egypte,  rappelons-nous, était pacifique,  artistique même à ses débuts et diverse mais il a vite avorté car le pouvoir refusait un véritable changement ou une véritable transition démocratique. Le maintien des institutions a bloqué toute possibilité de transition démocratique. 

En Egypte, comme en Tunisie d’ailleurs, les partis islamistes n’ont pas pris part aux mouvements populaires. Ils sont apparus lorsque la feuille de route politique et électorale était plus claire. Ces partis ont pu s’organiser, se structurer en un temps record et participer en force aux élections grâce notamment à des appuis financiers.

Les jeunes qui avaient mené la révolution, qui ont scandé des slogans de liberté et de démocratie ne se sont pas organisé en partis politiques, préférant la société civile alors que le processus de la transition se joue centralement aux niveaux des institutions élues représentées par les partis politiques.

Aujourd’hui, nos jeunes ne doivent pas se contenter d’écrire leurs revendications sur les murs d’Algérie sur des post-it colorés, aux couleurs de leurs rêves de liberté et de dignité… Il est temps pour eux de s’organiser et d’agir en force politique. 

 

 

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