TUNISIE
23/07/2018 14h:24 CET

Le Decashing, cette nouvelle stratégie de la BCT pour relancer l’économie

L’argent liquide va-t-il bientôt disparaitre en Tunisie?

Zoubeir Souissi / Reuters

Dans son rapport de plus de 240 pages, la Banque Centrale de Tunisie a dressé son bilan de l’année 2017 et a décrypté la conjoncture économique du pays. Elle a fait le tour de ses activités dans les secteurs bancaire et financier et a exposé ses politiques adoptées pour contribuer à l’essor de l’économie nationale et à la reprise des finances publiques à la fin de l’année en cours.

Violemment critiquée pour sa politique monétaire, la BCT en a profité, ainsi, pour lever le voile sur sa stratégie et défendre ses choix, jugés parfois “inefficaces”.

Elle a, d’ailleurs, accordé une grande place pour s’étaler sur la question de l’inflation et de l’évolution du marché monétaire. 

Une Inflation qui monte crescendo 

Le chapitre “monnaie, crédits et politique monétaire”, a remis en relief la fragilité de la situation économique du pays, sur fond de tensions inflationnistes.

“Les tensions sur les prix observées durant la deuxième moitié de 2016, se sont exacerbées en 2017. En effet, l’inflation globale qui a débuté l’année au niveau de 4,6% est allée crescendo, culminant à 6,4% en décembre. Anticipant la résurgence des tensions inflationnistes, la Banque centrale a durci sa politique monétaire, en relevant, à deux reprises, son taux directeur, le portant de 4,25% à 4,75% en avril 2017, puis à 5% en mai” explique-t-elle. C’est une décision imposée par le contexte marqué par une inflation frôlant les 7% et qui ne cesse d’augmenter au fil des mois. 

Pour la BCT, cette accélération a été principalement observée au niveau des composantes alimentaire et manufacturée de l’inflation. Elle a fait savoir que cette hausse vertigineuse du taux d’inflation a pour origine, en partie, des causes conjoncturelles tels que le gonflement de la masse salariale, les mesures fiscales prises dans le cadre de la loi de Finances 2018 et la hausse des prix internationaux (matières premières, énergie, etc.). À cela s’ajoutent des facteurs structurels qui ont largement contribué, en l’occurrence, à la faiblesse de la productivité et la dépréciation du taux de change du dinar en relation avec l’accroissement continu du déficit commercial.

Pourtant, la BCT se montre relativement optimiste et estime une croissance florissante pour l’année 2018, et ce sous certaines conditions. “Pour 2018, la stabilisation du cadre macroéconomique s’avère nécessaire pour renouer avec une croissance saine et durable, et cela ne pourrait être accompli qu’à travers la maîtrise de l’inflation et des déficits jumeaux, et la poursuite des réformes structurelles” estime-t-elle.

Utilisation grandissante du cash

Dans son rapport, la BCT a révélé, d’autre part, que les “billets et monnaies en circulation (BMC), principale composante de la monnaie fiduciaire, ont continué à augmenter en 2017”.

Selon elle, ces derniers ont atteint un chiffre record au cours du mois d’août notamment avec les “dépenses exceptionnelles des ménages au titre de la saison estivale, du change manuel, du mois de Ramadan et des fêtes religieuses”. 

De ce fait, le niveau historique des BMC enregistré au cours de l’année 2017 “peut refléter les éventuelles implications de l’évasion fiscale et l’économie
souterraine qui ont pris de l’ampleur, notamment, via l’utilisation grandissante du cash” estime la Banque en notant que de nouvelles mesures seront prises à cet égard pour “la réduction de l’utilisation du cash, et le développement et la promotion des systèmes et moyens de paiement électroniques et de la finance digitale.”

Vers la stratégie de réduction du cash dans l’économie 

“Si l’utilisation excessive du cash est un phénomène commun dans les pays ayant connu des crises financières ou une instabilité politique et sociale, la prépondérance du cash en tant que moyen de paiement ne constitue pas, en principe, un problème en soi, car dans plusieurs pays avancés et
émergents, la fiducie continue à jouer un rôle important dans l’économie. Toutefois, son association avec le développement de phénomènes et pratiques économiques et financières illégaux (économie informelle, contrebande, évasion fiscale et blanchiment d’argent, etc.) constitue des menaces réelles
sur la situation économique et la stabilité financière du pays” précise la BCT.

En effet, cette problématique du cash ne concerne pas uniquement la Banque centrale malgré le fait qu’elle détient le monopole de l’émission de billets et de frappe de la monnaie. Elle nécessite également l’implication des autorités publiques, des institutions financières et des opérateurs de l’économie numérique.

Or, d’après son diagnostic, la BCT a révélé que “l’Administration et les services publics sont les plus gros consommateurs de cash dans l’économie, et que la réussite de la stratégie de Decashing est fortement tributaire au rôle fédérateur que devrait jouer l’État en la matière”.

Ainsi dans l’urgence de “tacler” le dérapage de la circulation fiduciaire, la BCT a opté pour l’accélération du programme de “decashing”, déjà lancé en étroite concertation avec toutes les parties prenantes. Son plan d’action préconise de capitaliser sur des “Quick wins” de court terme et suggère d’autres actions de moyen terme qui impliquent une refonte profonde des systèmes d’information et l’adaptation de la réglementation aux exigences de la digitalisation des paiements.

Ses actions devraient porter, essentiellement, sur une stratégie globale axée sur une réforme des systèmes et moyens de paiement par la promotion des paiements électroniques (par mobile, en ligne et sans contact) conformes aux normes internationales, alliant efficacité, sécurité et maitrise des coûts. 

“Certes, la lutte contre l’économie parallèle, l’évasion fiscale, et les autres maux endémiques est une entreprise de longue haleine qui nécessite l’implication de toutes les parties prenantes, toutefois, c’est une étape indispensable à franchir, pour accéder à une économie digitalisée, avec tous les effets vertueux en termes d’allocation optimale des ressources, d’éradication des fléaux susmentionnés, et d’atténuation de l’effet restrictif du cash sur la trésorerie des banques” souligne-t-elle.

La BCT s’apprête à passer à la vitesse supérieure

Dans la foulée de cette nouvelle dynamique, la BCT se veut également en phase avec les nouveaux développements révolutionnaires qui s’annoncent dans le domaine des “Fintech”, telle que la crypto-monnaie, la technologie Blockchain.

“L’objectif de la BCT étant de ne pas se laisser dépasser par ces évolutions et de protéger les opérateurs économiques et le système financier des risques pouvant naître de ces technologies (notamment le blanchiment d’argent, l’évasion fiscale, et la fraude qui viendrait se greffer sur les activités des
”Fintech” comme le “crowdfunding”), sans pour autant verrouiller l’accès à cette révolution technologique et se priver de ses aspects positifs” martèle, d’ailleurs, le gouverneur de la BCT dans son mot de présentation du rapport annuel.

Par ailleurs, la Banque Centrale de Tunisie considère que le “start-up Act” est un vecteur de changement radical et y adhère pleinement pour en faire un véritable levier de développement des entreprises innovantes et dont les retombées positives peuvent toucher tous les secteurs d’activité. 

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