TUNISIE
10/08/2018 15h:29 CET | Actualisé 10/08/2018 16h:54 CET

Le CSP est un code "révolu" et "caduc", à réformer totalement, clame le Mouvement citoyen pour les libertés individuelles et l'égalité

Un appel à manifester pour les libertés individuelles et l'égalité le 13 août.

Facebook/ATFD

“Le code de Statut Personnel est devenu caduc et révolu car il est en décalage avec l’évolution de la société tunisienne”, a lancé Yosra Frawes, la présidente de l’Association Tunisienne des Femmes Démocrates lors d’une conférence de presse organisée, vendredi, pour lancer l’appel à manifester du Mouvement citoyen pour les libertés individuelles et l’égalité le 13 août afin de réclamer la concrétisation des propositions de la Commission pour les libertés individuelles et l’égalité (Colibe). 

En effet, le 13 août, à l’occasion de la Journée de la femme tunisienne, le discours du président de la République sera très attendu concernant le rapport de la Colibe, commission qu’il a lui-même instaurée, le 13 août 2017. 

Jusqu’à ce jour, Béji Caid Essebi a gardé le silence, et ce, malgré les attaques virulentes qu’ont subi les membres de la Colibe, allant jusqu’à des menaces de mort contre sa présidente, Bochra Bel Haj Hmida. 

Alors que le parti Ennahdha s’est mobilisé pour s’attaquer à la composition de la Colibe et au contenu de son rapport, le Mouvement citoyen pour les libertés individuelles et l’égalité, englobant plus de 100 associations, appelle à une mobilisation pour soutenir la propositions de la Colibe. 

Rappelant que le combat pour les libertés individuelles et l’égalité a été mené pendant des années par les militants de la société civile, et ce, depuis le règne de la dictature, Yosra Frawes a insisté sur le fait que la démocratie est amputée et vidée de son sens sans la consécration des libertés individuelles et de l’égalité. 

“D’ailleurs, le critère pour juger le caractère démocratique des partis politiques en Tunisie est leur adhésion ou pas à ces valeurs”, dit-elle. 

“Dès qu’on parle de libertés et d’égalité, ils agitent le spectre d’un référendum et celui de l’identité et de la spécificité”, s’est emportée la présidente de l’ATFD, en allusion à la position favorable d’Ennahdha concernant un référendum sur ces questions.

“Va-t-on sonder les Tunisiens sur leurs droits humains les plus élémentaires, sur leur droit à la dignité, s’ils sont pour ou contre qu’on les torture par exemple,  (...) c’est du non-sens”, a-t-elle ajouté. 

Frawes estime que les questions des libertés et de l’égalité ne doivent pas être négociées ou soumises aux tergiversations politiques au nom du consensus national, répondant ainsi aux appels d’Ennahdha à un dialogue sur le rapport de la Colibe. 

Par ailleurs, la présidente de l’ATFD évoque une campagne financée par l’étranger contre le rapport de la Colibe. Cette campagne utilise les mosquées pour embrigader les Tunisiens et propager des mensonges, a dénoncé Yosra Frawes. 

S’adressant aux partis politiques qui sont restés passifs sur la question de la Colibe, elle les interpelle en disant qu’ “il n’y pas de neutralité s’agissant des libertés et de l’égalité”, avant de demander au président de la République de prendre acte du rapport de la Colibe et de cesser ses atermoiements.

Pour la militante féministe, le CSP a été un acquis pour les Tunisiens mais il est devenu “caduc” et un “obstacle” pour les femmes. Elle appelle ainsi à une refonte totale du code.

Elle a fustigé également la mobilisation des moyens de l’État pour réaliser des tests anaux censés vérifier l’homosexualité des personnes, ainsi que la situation des Tunisiens mis à la porte par leurs familles ou emprisonnés à cause de leur orientation sexuelle. 

L’ATFD a également présenté un recueil de 20 arguments en faveur de l’égalité en héritage, se basant sur des données économiques et sociologiques.

Pour Yosra Frawes, les enjeux autour des libertés et de l’égalité sont pressants en Tunisie à l’aune des élections de 2019 qui se préparent dés maintenant. 

“Nous n’instrumentalisons pas les mosquées, nous sommes un mouvement pacifique (...) nous sommes à l’écoute des Tunisiens”, conclut-elle, en invitant les Tunisiens à manifester massivement le 13 août. 

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