TUNISIE
05/09/2018 17h:09 CET | Actualisé 05/09/2018 17h:09 CET

Le Courant démocrate s'attaque à la corruption dans le secteur énergétique en portant plainte devant la justice

“Malheureusement, en politique, Youssef Chahed a prouvé aujourd’hui être encore un adolescent” a affirmé Ghazi Chaouachi

Le Courant démocrate a tenu, mercredi, une conférence de presse, pendant laquelle le secrétaire général du parti, Ghazi Chaouachi est revenu sur les dossiers de corruption au sein du secteur énergétique en Tunisie.

Le secrétaire d’État aux mines, limogé, en prend pour son grade... 

Faisant de la lutte contre la corruption son cheval de bataille, “le parti à soutenu Youssef Chahed dans sa lutte contre la corruption, malgré certains doutes sur ses intentions et malgré que nous soyons dans l’opposition” a débuté Ghazi Chaouachi avant d’enchainer: “Malheureusement, nous nous sommes vite aperçus que la guerre contre la corruption n’était autre qu’un règlement de compte politique. C’était une tentative de redorer l’image de Youssef Chahed et son gouvernement et de cacher la réelle situation économique et sociale que traverse le pays”.

Revenant sur les derniers limogeages liés au secteur de l’Énergie et des mines, Ghazi Chaouachi fait d’abord le point sur le secrétaire d’État aux mines, démis de ses fonctions: “Il était délégué à Tinja, à Bizerte, quand Mehdi Jomâa était chef du gouvernement. Il avait alors été limogé de son poste parce qu’il était impliqué dans un dossier de corruption lié à des emplois fictifs (...) Figure de Nidaa Tounes, il a ensuite été nommé gouverneur de Kébili où des affaires de corruptions pendantes existent à son encontre au tribunal de première instance (...) il semble qu’à chaque poste qu’il ait occupé, des dossiers de corruptions le suivent”.

Affirmant que le chef du gouvernement était au courant que des affaires étaient instruites contre le secrétaire d’État aux mines,  Ghazi Chaouachi affirme “douter de la crédibilité d’une telle décision” de le démettre de ses fonctions surtout que cela intervient tardivement “et dont le but n’est pas de faire la guerre à la corruption mais de régler ses comptes et de faire apparaitre dans un costume de champion” le chef du gouvernement.

Une affaire qui en cache une autre?

Concernant le ministre de l’Énergie et des mines limogé, Khaled Kaddour, le secrétaire général du Courant Démocrate, rappelle que son parti avait déjà été contre sa nomination vu qu’il était impliqué dans une enquête sur la vente d’actions de la société confisquée “Voyageur” qui appartenait à Slim Chiboub.

“Cette société avait un permis de forage dans le champ de Borj El Khadhra sud. Malgré la confiscation des biens (...) de Slim Chiboub après la révolution, des actions ont été vendues à la société Anadarko, une société étrangère” dont le représentant légal en Tunisie n’est autre que Slah Eddine Caid Essebsi, le frère du président de la République Béji Caid Essebsi.

“Qui a donné l’accord pour cette transaction? Le directeur général de l’Énergie de l’époque, Khaled Kaddour. Et qui l’a autorisé? Béji Caid Essebsi en sa qualité de Premier ministre en 2011” a-t-il affirmé indiquant qu’il existe un conflit d’intérêt flagrant et que cette transaction était illégale.

“C’est illégal parce que les actions confisquées, avant leurs ventes, devaient être estimées par un expert spécialisé” et être supervisées par différentes institutions étatiques: “Et il aurait fallu faire un appel d’offre pour respecter les conditions de concurrence car à cette époque là plusieurs sociétés étaient prêtes à acheter ses actions à l’instar de Total ou de Shell”.

Ghazi Chaouachi a affirmé avoir relever deux “bizarreries” dans cette affaire, auxquels ils ont eu accès aux dossiers judiciaires”: “D’abord, il y avait des échanges entre Slim Chiboub alors en fuite à Abu Dhabi, Béji Caid Essebsi lorsqu’il était Premier ministre et Slah Eddine Caid Essebsi en sa qualité de représentant légal de la société qui a acheté les actions et non pas en tant qu’avocat de Slim Chiboub”.

“Ensuite, cette opération s’est soldée par une vente à des prix bien plus bas que les prix réels des actions, soit à 20 millions de dollars, et d’après certains témoignages présents dans le dossier, Slim Chiboub aurait pris sur cette opération une commission de 10 millions de dollars de la société qui a acquis ces actions” a-t-il décrit.

Sur cette affaire, une enquête a été ouverte en 2013 et fermée en mars 2018 explique le secrétaire général du Courant démocrate. Le chargé du contentieux de l’État a fait appel concernant la fermeture de l’enquête, mais l’a retiré après avoir subi des pressions a-t-il précisé.

Attayar porte plainte

Revenant sur l’affaire de “Halk El menzel”, Ghazi Chaouachi a estimé que le chef du gouvernement aurait dû porter l’affaire devant justice comme le prévoit la loi au lieu de confier l’enquête à l’Instance de Contrôle Financier qui est sous la tutelle de la présidence du gouvernement.

“Nous considérons qu’il y a dans ce dossier des soupçons de corruption et probablement spoliation des ressources naturelles tunisiennes. C’est pourquoi nous avons déposé, hier, une plainte en référé auprès du procureur de la République du Tribunal de première instance de Tunis contre toutes les personnes liées à ce dossier”.

 

Le secteur énergétique en Tunisie reste une “boite noire”

Concernant le rattachement du ministère de l’Énergie et des mines au ministère de l’Industrie et des PME, Ghazi Chaouachi trouve cette décision sans fondements et dangereuse: “Il s’agit d’un secteur stratégique où il n’existe pas de gouvernance, ni de transparence. C’est une boite noire comme c’était le cas sous Ben Ali et qui continue de l’être aujourd’hui. Il faut que ce secteur soit doté d’un ministre et d’un secrétaire d’État” a-t-il fustigé.

Le fait de rattacher ce ministère au ministère de l’Industrie et des PME, “dont le ministre a des capacités limitées et est incapable de gérer son propre ministère” dit-il, est selon lui arbitraire.

Dans ce cadre, la Courant démocrate préconise la remise en place du ministère de l’Énergie et des mines avec à sa tête “une compétence” qui soit capable de revoir tous les contrats signés et mettre en place une stratégie capable de “relever ce secteur”.

“Malheureusement, en politique, Youssef Chahed a prouvé aujourd’hui être encore un adolescent” a-t-il attaqué, ajoutant que celui pense que “la guerre contre la corruption se fait encore avec des slogans”.

La présidence du gouvernement a annoncé,vendredi, dans un communiqué, le limogeage par le chef du gouvernement Youssef Chahed, de plusieurs responsables liés au secteur des énergies, des mines et des énergies renouvelables en Tunisie.

Parmi les principales personnes démises de leurs fonctions, l’on retrouve le ministre de l’Énergie et des mines et des énergies renouvelables Khaled Kaddour, le secrétaire d’État aux mines Hachem Hmidi, le directeur général des carburants et le directeur général des affaires juridiques au sein du ministère ainsi que le P-DG de l’ETAP Moncef Matoussi.

Par ailleurs,Youssef Chahed a décidé de rattacher le ministère de l’Énergie, des mines et des énergies renouvelables à celui de l’Industrie et des Petites et Moyennes Entreprises et de créer une commission d’experts rattachée à la présidence du gouvernement afin de restructurer le ministère et revoir la gouvernance du secteur des énergies et des mines.

Enfin, une enquête approfondie au niveau du ministère sera menée par l’Instance de contrôle général des services publics (ICGSP) et l’Instance de contrôle général des finances.

 

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