MAROC
23/12/2018 14h:47 CET | Actualisé 23/12/2018 14h:47 CET

Le coup de gueule d'Asma Lamrabet face à la montée de l'idéologie extrémiste

"On ne peut plus se cacher la face".

Liberation.fr

SOCIÉTÉ - Connue pour son franc-parler et son engagement pour promouvoir un islam éclairé, Asma Lamrabet s’est imposée au fil des années comme le visage du féminisme musulman au Maroc. Elle a choisi cette fois de s’exprimer sur la question de la montée de l’idéologie extrémiste dans le royaume et dans le monde, dénonçant ainsi la propagation des discours de haine et de violence.

“On ne plus se cacher la face derrière des discours réactionnels, apologétiques, voire ‘complotistes’ totalement contre productifs...”, souligne sur son compte Facebook la médecin biologiste. “Il faudrait bien reconnaître un jour ou l’autre que c’est à partir d’un discours islamique littéraliste puisé dans le corpus islamique traditionaliste sacralisé et qui refuse toute idée de renouveau que l’idéologie extrémiste puise sa force et sa matière première afin d’endoctriner avec un langage religieusement élaboré les plus vulnérables”.

Si elle n’évoque pas explicitement le drame d’Imlil, le discours d’Asma Lamrabet fait immanquablement écho à la barbarie des actes commis la semaine passée et qui ont coûté la vie à deux jeunes touristes venues tenter l’ascension du mont Toubkal. Elle attire ici l’attention sur les dangers des discours islamiques littéralistes refusant toute réinterprétation.  

“Il faut aussi le dire clairement, le discours islamique aujourd’hui, tel que majoritairement diffusé à travers les chaînes de télévision, réseaux sociaux et enseignements religieux est le produit d’une idéologie rigoriste et légaliste qui distille sa pensée, ses dogmes et son discours de haine et de violence symbolique à travers le monde à des milliers de personnes fragilisés par la perte de valeurs, l’injustice, le vide spirituel et l’inculture religieuse....”, poursuit la théologienne. “Comment alors encore s’étonner du reste?”, interroge Asma Lamrabat en conclusion de son post Facebook.

Pour illustrer ses propos, elle donne en exemple une question publiée sur un site de Fatwa, une sorte de forum islamique, et dénonce la “violence inouïe” des échanges. Dans le lien partagé, on peut ainsi lire la question d’un jeune qui demande s’il a le droit de tuer ses soeurs qui refusent de porter le voile.

En mars dernier, Asma Lamrabet avait fait couler beaucoup d’encre en démissionnant de son poste de directrice du Centre d’études féminines en islam au sein de la Rabita Mohammedia des Oulémas du Maroc. “Contrainte à déposer sa démission”, le départ surprise de la médecin biologiste et essayiste, pourtant respectée au Maroc mais décriée par les milieux salafistes pour ses positions progressistes, était dû à des divergences portant sur l’approche de l’égalité femmes hommes au sein du référentiel religieux.