TUNISIE
09/10/2018 16h:33 CET | Actualisé 09/10/2018 20h:48 CET

Le conseil de la Choura d'Ennahdha tente-t-il de se protéger en isolant Ghannouchi?

La décision du Conseil de la choura d'Ennahdha de reprendre le contrôle sur les négociations effectuées par son président Rached Ghannouchi peut paraitre surprenante.

Anadolu Agency via Getty Images

Tenue samedi et dimanche, la 22ème session du conseil de la Choura d’Ennahdha a donné lieu à une position pour le moins surprenante du parti qui souhaite dorénavant reprendre le contrôle sur les négociations menées par son président Rached Ghannouchi.

Rached Ghanouchi, poussé vers l’isolement? 

En marge de sa 22ème session, le conseil de la Choura d’Ennahdha a validé la nécessité d’avoir un droit de regard sur les négociations menées par son président Rached Ghannouchi avec la présidence de la République, la présidence du gouvernement, les partis politiques et tous les intervenants politiques.

“Le président du parti est son représentant officiel. C’est lui qui négocie en son nom (...) le conseil de la Choura a un rôle de contrôle, il ne négocie pas” a affirmé Abdelkarim Harouni, président du conseil de la Choura.

“Cette 22ème session a confirmé que le bureau du conseil de la Choura et sa commission des politiques contrôlent ces négociations” a-t-il ajouté expliquant que “les négociations doivent être organisées et étudiées afin de donner lieu à un remaniement ministériel dans les plus brefs délais”.

Ces propos tenus par Harouni notent-ils une désapprobation de la politique menée par le président du parti Rached Ghannouchi?

Selon un membre du conseil de la Choura, qui a préféré garder l’anonymat, “le parti se protège en prenant une telle décision” niant au passage l’isolement perçu de l’extérieur de Rached Ghannouchi.

“Cette décision a été prise pour montrer l’unité du parti et ne pas fragiliser notre président en le laissant seul face à de multiples interlocuteurs dans cette période cruciale” a-t-il ajouté.

De son côté, le dirigeant d’Ennahdha Abdelhamid Jelassi a affirmé au HuffPost Tunisie que “le débat a été long, profond et sincère” au sein du conseil de la Choura ajouant que “l’étape est importante et demande l’adhésion de tout le monde”.

“Quant aux résultats de cette session, le conseil a globalement validé ce qu’a demandé le président du parti, au nom du bureau exécutif” a affirmé Jelassi expliquant que cela concerne “l’approfondissement des analyses, la multiplication des options, et une plus grande minutie au niveau des mécanismes d’appui, d’accompagnement et de suivi”.

“Par conséquent, la position du conseil de la choura est dans la continuité -et non pas une marche-arrière- et appelle à un examen du contenu du dialogue avec le chef du gouvernement, afin de dissiper toute confusion sur les relations avec celui-ci” continue Jelassi affirmant que le parti, ses institutions, ses structures et ses membres seront toujours unis pour “les intérêts supérieurs de la Tunisie”.

Cependant comment ne pas penser qu’une telle décision ne puisse pas fragiliser le leader historique du parti surtout dans un double contexte qui fragilise de plus en plus Ennahdha.

La fin du consensus avec Béji Caid Essebsi, première épine dans le pied de Ghannouchi?

Lors de sa dernière interview, le président de la République Béji Caid Essebsi avait annoncé la fin du consensus avec Ennahdha tenant des mots forts à l’encontre du parti dirigé par Rached Ghannouchi: “La relation entre Béji Caid Essebsi et Ennahdha est terminée depuis la semaine dernière. C’est Ennahdha qui l’a demandé” avait-il affirmé ajoutant qu’ ils ont choisi ce chemin. Je leur souhaite bon vent” a-t-il dit tout regrettant d’avoir “payé le prix” après les avoir “défendu”.

 

Cette sortie médiatique du président de la République, qui a eu lieu 3 jours après une rencontre officielle à Carthage avec Rached Ghannouchi, a obligé Ennahdha a démentir -dans la foulée- la rupture de ses relations avec la présidence de la République.

“Nous n’avons pas demandé cela. Nous sommes pour la poursuite du consensus. Nous pensons que le consensus est une valeur nationale sur laquelle notre pays a pu compter pour sortir de la crise politique” avait affirmé Imed Khemiri, porte-parole du parti.

Or des voix même à l’intérieur d’Ennahdha, à l’instar de celle d’Abdelffatah Mourou, avaient confirmé à demi-mots cette rupture appelant Béji Caid Essebsi et Rached Ghannouchi ”à la raison”.

Le communiqué publié, dimanche, à la suite du Conseil de la Choura par le parti est on ne peut plus clair: Celui-ci réitère que le consensus “est un choix stratégique devant regrouper toutes les forces de la Nation pour parvenir à la stabilité politique et sociale (...) tout comme il appelle à garder de bonnes relations avec le président de la République” mais également avec le chef du gouvernement et l’UGTT. 

Serait-ce un aveu du parti d’avoir laissé trop de marge à son président?

“Cette décision a fragilisé le parti de l’intérieur mais également la stabilité du pays” poursuite notre source au conseil de la Choura tout en refusant d’imputer la responsabilité à Rached Ghannouchi.

“Pour la majorité d’entre nous la nécessité du consensus est obligatoire. Sa fin donnerait raison à certaines voix dissidentes au sein du parti mais surtout à ceux qui pensent qu’Ennahdha ne peut pas gouverner seul” poursuit-il.

 

Les nouvelles révélations dans les assassinats de Belaid et Brahmi, la deuxième épine?

Les dernières révélations du comité de défense de Belaid et Brahmi ainsi que les enregistrements publiés de Mustapha Khedher, qui serait à la tête d’une organisation secrète liée au parti, ont-elles fini par convaincre le conseil de la Choura de reprendre en main les négociations au nom du parti?

Il serait tentant de croire que celui-ci voulant se pérenniser et se dédouaner de ces accusations offre en pâture son président, qui jusque-là avait, avec sa garde rapprochée, les coudées franches pour diriger le parti et négocier en son nom.

“Jamais de la vie! Que gagnerait le parti en faisant cela? Qui en profiterait? Insinuez-vous qu’Ennahdha aurait choisi de faire de Rached Ghannouchi un bouc-émissaire en vue des prochaines élections? C’est de la folie. D’ailleurs comme l’a rappelé le président du conseil de la Choura, Ennahdha étudie la possibilité de présenter un candidat à la présidentielle et il se pourrait très probablement que Ghannouchi soit ce candidat” a martelé au HuffPost Tunisie un dirigeant du parti.

De son côté, Abdelhamid Jelassi, se refuse à tout commentaire à ce sujet: “Nous ne sommes pas en position ni d’accusation, ni de défense” dans ce dossier.

“Les accusations de certains éléments du Front populaire n’étaient pas à l’ordre du jour de cette session. Elles seront traitées par le bureau juridique du mouvement” a-t-il conclu. 

Quoiqu’il en soit, une chose est sûre, “Ennahdha a aussi ses problèmes internes, mais à la différence d’autres partis, nous avons une structure qui nous permet aujourd’hui d’y faire face. Malgré les problèmes internes, l’esprit du consensus prime aussi à l’intérieur du parti dans son intérêt et dans l’intérêt du pays” a conclu un dirigeant d’Ennahdha.

 

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