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29/10/2019 15h:29 CET | Actualisé 29/10/2019 16h:10 CET

Le confessionnalisme libanais n’a pas échappé à la colère du peuple

C’est depuis quelques jours maintenant, un ras-le-bol qui s’exprime dans plusieurs villes et qui en fait un mouvement national.

picture alliance via Getty Images

En 2011, c’était le voisin syrien qui le scandait avec d’autres peuples, lors du printemps arabe, aujourd’hui les libanais le scandent à leur tour: “ach-cha3b yurid isqat an-nidâm”, “le peuple veut la chute du régime”. Comme chaque pays, le Liban intègre une histoire régionale particulière et possède à l’intérieur de ses territoires, des communautés qui s’organisent par des identités religieuses précises.

Des communautés religieuses: Un confédéralisme libanais

Les trois grandes communautés religieuses au Liban sont: les chrétiens, les musulmans sunnites et les musulmans chiites. Les populations musulmanes sont devenues depuis plusieurs années déjà, la population majoritaire du pays. La structure du gouvernement est une facette de cette réalité religieuse : le président est chrétien, le premier ministre, musulman sunnite et enfin, le président de la chambre des députés, musulman chiite. C’est ce que l’on appelle le confessionnalisme, un système politique qui répartie le pouvoir en fonction des communautés religieuses. 

Ce confessionnalisme a des liens avec des pays étrangers, ainsi, chaque communauté possède des liens avec soit les Etats-Unis, soit l’Arabie Saoudite ou alors l’Iran. Ajoutons à cela, les tensions – et les guerres qu’il y a eu- avec Israël et la présence de plus d’un million de réfugiés que gère ce petit pays d’un peu plus de six millions d’habitants. Cette situation nationale et ces relations internationales ont créé depuis plusieurs années des tensions internes à ces partis politiques, ainsi qu’au sein de la population. Ces obstacles ont certainement freiné les populations libanaises –ainsi que le cas de la  Syrie et de DAESH- à protester plus longtemps lors du printemps arabe.

Une population qui n’a plus d’autres choix que de protester

Le Liban est également un pays pauvre, ces dernières années sa situation n’a fait qu’empirer. Des dettes, impossibilité de trouver du travail, difficulté de payer son loyer ou même de quoi se nourrir,  sont des réalités que vivent les libanais depuis trop longtemps. Le 7 février 2019, Georges Zreik – un libanais parmi tant d’autres- se suicide par immolation devant l’école de sa fille à cause de problèmes d’argent. Comme le fit il y a quelques années de cela, un tunisien, vendeur ambulant, Mohamed Bouazizi à Sidi Bouzid. Une preuve, à nouveau, de la détresse de ces citoyens qui se retrouvent sans aides et sans perspective d’avenir.

Aussi, ce sont plusieurs éléments qui ont poussé les libanais à sortir de leur situation complexe et difficile, celle de trop est la taxe imposée sur l’application Whatsapp. Malgré le retour en arrière du gouvernement libanais à propos de certaines taxes, les libanais continuent à se mobiliser pour des changements. Le confédéralisme libanais qui avait continuellement figé les populations en fonction de leur identité religieuse ne fonctionne plus. Le peuple libanais veut dépasser ces divisions communautaires pour des changements de leur quotidien qui les touchent tous. Même le risque de devenir une deuxième Syrie ne leur fait plus peur, le changement est l’aboutissement que souhaite le peuple libanais.

Le Hezbollah officiellement absent

Notons que le Hezbollah libanais ne s’est officiellement pas présenté lors de ces rassemblements et manifestations, comme l’a souligné le leader de ce mouvement socio-politique, Hassan Nasrallah. En effet, lors d’un discours en direct pour la commémoration d’un événement chiite, ce dernier a dénoncé comme les manifestants, les problèmes énoncés par le peuple, mais pour éviter que l’on pose le Hezbollah comme investigateur de ces mouvements populaires, ces derniers ont décidé de laissé la place au peuple libanais. Un désir du Hezbollah de ne pas se retrouver dans la même situation des Frères Musulmans en Egypte? En effet, ces derniers avaient été montrés du doigt comme voulant s’accaparer la révolution égyptienne.

Manifestations plurielles

La diversité du peuple libanais s’est exprimée durant les manifestations et ce, de différentes manières. Des vidéos sur les réseaux sociaux montraient un dj sur place avec les manifestants, le visage du joker chez certains protestataires s’inspirant du film « Joker » de Todd Philips y était également affiché, ou de simples marches avec d’anciens slogans scandés. C’est depuis quelques jours maintenant, un ras-le-bol qui s’exprime dans plusieurs villes et qui en fait un mouvement national. Espérons que ces mouvements de protestations ne finiront pas comme la Syrie.

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