TUNISIE
29/06/2018 17h:38 CET

"Le coming out fait débat en Tunisie": Les menaces et les avancées, selon Amnesty

L'évolution de la lutte pour la dépénalisation de l'homosexualité.

valentinrussanov via Getty Images

Le combat pour la dépénalisation de l’homosexualité en Tunisie est guetté par des oppositions diverses, plus ou moins farouches, et plus ou moins violentes. Toutefois, le débat est posé et on en parle. Chose inimaginable quelques années avant. 

L’ONG internationale Amnesty international peint les contours d’“un coming out” difficile. “Dans une société tunisienne un peu déboussolée par la rapidité avec laquelle les normes changent, le conservatisme le plus strict côtoie les audaces libérales, notamment sous l’effet de la libéralisation politique et de l’ouverture aux influences étrangères”, note Thierry Brésillon, correspond à Tunis d’Amnesty. 

Militant dans la clandestinité des années auparavant, les militants sont sortis de l’ombre et mènent ouvertement leur lutte, même si leurs stratégies divergent.  Entre ceux qui prônent la médiatisation comme Shams et ceux qui la réfutent, le but demeure toutefois le même: dépénaliser l’homosexualité et venir en aide aux personnes stigmatisées à cause de leur orientation sexuelle. 

Shams a lancé un débat public sur l’homosexualité depuis 2015. Une médiatisation qui leur a valu menaces et intimidations. Les affaires liées à l’homosexualité se sont également succédées et ont défrayé la chronique. Shams poursuit la stratégie de la médiatisation avec leur nouvelle radio Shams Rad, constate Amnesty. Quand d’autres comme ceux de Damj privilégient “une approche plus discrète”, souligne le correspondant d’Amnesty. 

“Toutes les stratégies sont complémentaires, mais nous refusons d’aller dans les talk-shows des médias où les débats sont trop médiocres et déclenchent des traques d’homosexuels”, affirme Badr Baboo, président de Damj. 

Toute en signalant la persistance de la violence à l’égard des personnes LGBT en Tunisie, Badr Baboo se félicite du fait qu’ils puissent en parler désormais, en rappelant qu’avant, ils militaient pour briser l’isolement: “Aujourd’hui nous avons le soutien des associations historiques de la société civile, poursuit-il. Nous discutons avec les institutions, le vocabulaire pour parler publiquement d’homosexualité devient progressivement moins insultant, nous avons de plus en plus de militants formés. C’est en accumulant ce type d’acquis que l’on progresse”, dit-il. 

Sortis de l’ombre mais pas reconnus

Les militants sont sortis de l’ombre, mais cela ne rime pas avec une reconnaissance de leur existence. Les menaces sont multiples, et les résistances aussi. En témoigne, les décisions de justice criminalisant l’homosexualité, les tests anaux, les déclarations des politiques hostiles à la dépénalisation de l’homosexualité.  

“Les courants islamiques même les plus libéraux s’accordent pour réprouver l’homosexualité (...). Mais en tant que politiques, nous abordons la question sous l’angle du respect des libertés. Nous avons voté une Constitution qui reconnaît le droit au respect de la vie privée, on ne va pas ouvrir les portes des maisons pour contrôler la vie sexuelle des gens. Mais déverser de manière ostentatoire des réalités qui choquent les gens, ne fait rien avancer. La liberté progresse par le débat et la sensibilisation ”, affirme Mehrziya Laabidi, députée d’Ennahdha à Amnesty. 

Oui pour le respect de la vie privée, mais l’homosexualité fait exception, chez certains politiques qui prétextent des considérations identitaires et religieuses. 

Une issue est envisageable? Interviewée par Amnesty, la députée Bochra Bel Haj Hmdia déclare: “Comment trouver une solution qui garantisse au maximum le droit de chacun de disposer de soi sans aller à la confrontation avec le conservatisme, au risque de bloquer tout le processus de réformes ? Il faudrait déjà faire en sorte que les délits qui ne nuisent pas à autrui ne puissent plus déboucher sur une peine privative de liberté”. C’est ce qui a été d’ailleurs  proposé par la Commission des libertés individuelles et de l’égalité (Colibe) qu’elle préside. 

La Colibe a recommandé de dépénaliser l’homosexualité ou de maintenir la criminalisation en écartant la peine d’emprisonnement.

 

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