TUNISIE
19/04/2019 13h:21 CET

Le Collectif pour la légalisation du cannabis espère voir son projet de loi bientôt discuté à l'Assemblée

Le projet de loi, porté par le Collectif pour la légalisation du cannabis, est enfin prêt...

Mayara Klingner / EyeEm via Getty Images

Un projet de loi relatif à la commercialisation du cannabis en Tunisie a été élaboré et est enfin fin prêt à être proposé à la discussion a annoncé, jeudi, le Collectif pour la légalisation du cannabis.

Ce projet de loi, porté par des membres de partis politiques et de la société civile, est composé de 43 articles et couvrira la production, la commercialisation, la distribution ou encore les licences d’ouvertures de magasins destinés à la vente ainsi que des sanctions.

“Avec cette loi, nous pouvons fermer la porte au marché parallèle, au marché non réglementé” a affirmé Karim Chair, membre du collectif à la radio Shems Fm.

 

Selon lui, les premières licences seront accordées à des diplômés du supérieur actuellement au chômage: “Cela aura un impact direct sur le marché de l’emploi” estime-t-il, en créant directement 50.000 emplois et indirectement près de 100.000 emplois.

“Cela contribuera à réaliser 5 points de croissance économique” a-t-il poursuivi.

Selon un communiqué publié par le COLEC, le projet prévoit l’octroi des 3000 premières licences aux diplômés chômeurs, la discrimination positive au profit des régions intérieures concernant les autorisations de production, et la création d’un comité indépendant chargé d’octroyer les licences.

 

La loi préparée par le collectif prévoit également des sanctions, interdisant “la consommation dans les lieux publics comme c’est le cas pour l’alcool. La publicité sera également interdite. Il y aura également un contrôle institutionnel de ce marché”.

En réalisant ce projet de loi, le collectif songe à son adoption à l’Assemblée des représentants du peuple: “Il devra être présenté par au moins 10 députés à l’Assemblée. Si ce n’est pas fait pendant cette législature, cela se fera lors de la prochaine” a indiqué Karim Chair.

Nous recevons des centaines et des milliers de messages de Tunisiens (...) qui appuient notre proposition. Cette loi s'adresse essentiellement au peuple Tunisien".

 

Interrogé sur le soutien politique reçu à ce projet, Karim Chair affirme qu’il existe actuellement l’appui du Parti Démocratique, du Parti de la Feuille présidé par Kais Ben Halima et de certaines listes du parti “Carthage Al Jadida”, le mouvement lancé par Nizar Chaari.

Faire face à la réalité tunisienne

Intervenant sur les ondes de Sabra Fm, Karim Chair a expliqué que ce projet de loi vise également à faire face à une réalité vécue par de nombreux tunisiens: “En 2004, il y avait 700 personnes emprisonnés pour consommation de cannabis. En 2016, ils étaient 7000. Le chiffre a été multiplié par 10”.

Ces chiffres, en plus de démontrer que la consommation de cannabis touche de plus en plus de Tunisiens, montre également “une approche sécuritaire qui a mis des milliers de jeunes tunisiens en prison, sans résoudre le problème”.

“Nous avons un million de consommateur de cannabis en Tunisie, dont 400.000 en état de dépendance. Cela montre, un échec cuisant de l’approche sécuritaire” face à ce phénomène, décrit-il.

1/3 des élèves, collégiens ou lycéens ont déjà consommé du cannabis"

“Faut-il continuer à envoyer les Tunisiens en prison? Si nous avons 1 million de consommateur de cannabis, on a donc 1 million de prisonniers potentiels. On fait quoi, on les envoie tous en prison?” fustige-t-il expliquant ainsi la genèse de ce projet de loi. 

Karim Chair est également revenu sur les dangers sanitaires engendrés par la consommation de cannabis, parfois, impropre à la consommation: “Cela a donné lieu à des cas extrêmement dangereux à cause de l’absence de contrôle du cannabis, qui est parfois mélangé à des produits mortels”.

Pour lui, l’absence d’un marché contrôlé du cannabis favorise le crime organisé: “Il y a aujourd’hui des gens qui se font la guerre pour le marché du cannabis dans les quartiers populaires, il y a des gens qui meurent à cause de ça!” a-t-il déploré, faisant également le lien avec la corruption.

 

“C’est 1500 milliards qui sont dans la nature et qui vont aux barons de la contrebande qui financent avec les campagnes électorales de certains partis politiques”, sans compter, selon lui, le financement du terrorisme.

“L’interdiction du cannabis en Tunisie a mené à de graves catastrophes” a-t-il conclu.

Le collectif s’adressera officiellement, le 25 avril prochain, aux Tunisiens afin de présenter au public son projet.

 

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