MAROC
06/06/2019 16h:16 CET | Actualisé 06/06/2019 16h:44 CET

Le collectif MALI part à nouveau en campagne contre l'interdiction de la rupture du jeûne en public

Et invite à coller des stickers sur les panneaux stop à travers le royaume.

Facebook/ Mouvement Alternatif pour les Libertés Individuelles

SOCIÉTÉ - Le Mouvement alternatif pour les libertés individuelles (MALI) repart en campagne pour l’abrogation de l’article 222 du code pénal marocain. Ce dernier condamne les personnes qui rompent le jeûne en public pendant le mois de ramadan. La campagne ”#StopArt222″ se manifestera par des autocollants collés sur les panneaux “Stop”, jusqu’au 13 septembre prochain. 

Des actions qui commémorent le premier pique-nique organisé par le collectif le 13 septembre 2009, pendant le mois sacré, pour alerter, il y a dix ans déjà, sur la nécessité de la liberté de conscience des Marocains. Alors qu’à l’accoutumée, le MALI fait des piqûres de rappel sur la liberté de conscience à l’approche du mois de ramadan, le mouvement à choisi cette année d’observer le silence durant le mois de jeûne. “Nous n’avons pas fait de déclarations à la presse par rapport à l’article 222 pour la simple et bonne raison que nous sommes sollicités seulement pendant le ramadan alors que la liberté de conscience, c’est une lutte quotidienne” explique au HuffPost Maroc Ibtissam Lachgar, porte-parole du MALI.

Pour rappel, l’article 222 du code pénal marocain interdit à tout Marocain “notoirement connu pour son appartenance à la religion musulmane de rompre le jeûne en public et de manière ostentatoire durant le mois de ramadan”.

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“L’article 222 est la partie la plus visible de l’iceberg, très clairement liberticide et qui porte directement atteinte à la liberté de conscience. Cette année, on s’est dit que le 13 septembre marquerait les dix ans de l’action menée le même jour en 2009, selon le calendrier grégorien. Nous avons choisi le jour de l’Aïd pour annoncer l’action et dire que ‘non, ce n’est pas un retour à la normale et on n’en parle plus jusqu’à l’année prochaine’. On a préféré se taire pendant le ramadan et attendre la fin pour expliquer aux gens que c’est toute l’année qu’il faut lutter pour une cause”, poursuit-elle. 

Dans un communiqué, le mouvement se dit inquiet et préoccupé par les nombreux cas de menaces, de délations et dénonciations durant le mois de ramadan, aux conséquences “dramatiques”. “Nous recevons plein de témoignages de personnes non-pratiquantes, agnostiques ou athées qui sont victimes de menaces, de persécutions et d’insultes. Des témoignages horribles dans des familles où on impose, on punit, on violente un membre de la famille qui ne suit pas ou ne pratique pas l’islam. C’est donc une lutte pour la liberté de conscience mais aussi contre les liberticides au quotidien” rappelle Ibtissam Lachgar.

Cette action militante intervient alors que le tribunal de première instance d’Al Hoceima a condamné, mardi 4 juin, deux jeunes pour avoir rompu le jeûne en public durant le ramadan, selon l’agence espagnole EFE. Surpris en train de fumer en pleine journée, ils ont été dénoncés et arrêtés par la police avant d’être condamnés à deux mois de prison avec sursis et 500 dirhams d’amende. 

A travers ces actions dans tout le pays, le MALI espère attirer l’attention du gouvernement et de l’opinion publique pour mettre fin ”à l’inquisition socio-religieuse et aux actions de la police contre les personnes ‘accusées’ de rompre le jeûne en public, considérant ces ’accusations’ injustes et moyenâgeuses” souligne le communiqué, dénonçant au passage l’application de la loi 222 à des personnes “notoirement connues pour leur appartenance à la religion musulmane”.