MAROC
11/06/2018 20h:00 CET | Actualisé 11/06/2018 22h:51 CET

Le CHU Ibn Sina va mener une enquête suite à la hausse du nombre de décès de bébés prématurés

L'hôpital aurait connu une hausse inquiétante du taux de mortalité infantile.

ABDELHAK SENNA via Getty Images

SANTÉ - La direction du CHU Ibn Sina à Rabat a annoncé, ce lundi 11 juin, avoir chargé deux groupes de travail d’enquêter sur le respect des procédures médicales et administratives de la maternité et de l’hôpital d’enfants. Le taux de mortalité des nourrissons prématurés aurait connu une hausse inquiétante l’année dernière.

Cette décision fait suite à la publication, mi-mai, d’une enquête par le quotidien Akhbar Alyaoum, qui pointait du doigt les négligences au sein de la maternité de l’hôpital qui auraient coûté la vie à 197 nouveaux-nés en 2017 contre 147 en 2016, soit une hausse de 33,33%. Des chiffres qui font froid dans le dos et qui ont poussé la direction hospitalière à réagir.

Selon un communiqué du CHU Ibn Sina, relayé par la MAP, la mise en place des deux groupes de travail vise à vérifier la “véracité” des données publiées par le quotidien national, “au risque de créer un climat de défiance et de remettre en question les services présentés par cet établissement”.

L’infirmière principale suspendue provisoirement

“En vue d’assurer les conditions de réussite aux deux groupes de travail et éviter toute influence sur le déroulement normal de leurs missions, la direction a donné ses instructions au médecin principal de la maternité de suspendre provisoirement l’infirmière principale de la salle d’accouchement et de l’affecter au service des affaires infirmières”, annonce le CHU, précisant que cette décision sera en vigueur jusqu’à l’achèvement de la mission des deux commissions et la remise des résultats de l’enquête à la direction hospitalière.

Un sit-in des sages-femmes, familles des bébés décédés, membres d’associations et syndicats a été organisé ce lundi devant le CHU pour protester contre ce que les responsables associatifs qualifient de “négligence” et “mauvaise gestion” au sein du service d’accouchement et du service de néonatologie de l’hôpital d’enfants.

AIC PRESS

Selon le président de l’Association marocaine des sciences infirmières et techniques sanitaires, Habib Kerroum, interrogé par le HuffPost Maroc, “le bébé prématuré doit normalement être transporté de la salle d’accouchement de la maternité Souissi vers le service de néonatologie qui se trouve à l’hôpital d’enfants. Or les bébés restaient parfois 5, 10 voire 20 jours à la maternité où ils décédaient”, déplore-t-il.

“C’est la vie des citoyens marocains qui est en jeu”

“Selon la responsable du service d’accouchement, il y avait un manque de couveuses, mais je pense qu’il s’agit plutôt d’un problème de négligence, de mauvaise prise en charge et de ‘je m’enfoutisme’”, tranche le responsable associatif, affirmant que depuis la publication de l’enquête par Akhbar Alyaoum, il n’y a pas eu de nouveaux décès enregistrés.

“Nous demandons au ministère de la Santé de déléguer une commission neutre qui mène sa propre enquête sur ces défaillances”, explique-t-il, estimant qu’il “n’est pas normal qu’elle soit faite en interne par une commission du CHU”. 

Si pour l’instant les familles n’ont pas encore porté plainte, l’affaire pourrait bien finir devant la justice. “Le directeur de l’hôpital doit démissionner et les responsables doivent être traduits devant un conseil ou la justice”, martèle Habib Kerroum. “C’est la vie des citoyens marocains qui est en jeu. Si le taux de mortalité infantile est si élevé dans un hôpital de la capitale, censé bénéficier du matériel et du personnel suffisants, alors que dire des centres hospitaliers qui se trouvent dans des villes plus pauvres ou reculées?”

Contacté par le HuffPost Maroc, le directeur du CHU Ibn Sina n’a pas souhaité répondre à nos questions pour le moment.