MAROC
16/04/2018 14h:21 CET

Le CHU de Rabat reconnaît faire face à de faux certificats médicaux

Un fléau tel que le CHU a fait appel à la police et au parquet de Rabat.

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SANTÉ - “Nous avons découvert que des certificats médicaux, délivrés au nom du CHU Ibn Sina de Rabat, sont des faux. Ils portent des noms de médecins et des cachets qui n’existent pas. Plusieurs, qui en faisaient leur commerce devant l’hôpital Ibn Sina, ont été arrêtés en flagrant délit”. Le directeur du CHU Ibn Sina, Pr. Abdelkader Errougani, affirme au HuffPost Maroc que le centre hospitalier fait face à un véritable fléau. “Mise à part les certificats délivrés par les bureaux des accidents de travail, les autres sont, pour nous, sujets à équivoque. Nous avions d’ailleurs adressé une lettre au parquet de Rabat pour l’en informer et préciser que nous sommes prêts à vérifier la crédibilité des certificats médicaux émis hors bureaux des accidents de travail”, explique-t-il. Et de préciser que les bureaux des accidents de travail sont soumis à un règlement strict, tandis que les certificats provenant d’autres émetteurs échappent à tout contrôle.

“Nous avons été saisis par des avocats et des victimes à ce sujet. Il s’agit d’une question grave puisqu’une personne peut se retrouver en prison à cause d’un certificat médical”, tient-il à souligner, rappelant que la direction du CHU a alerté la police qui mène ses investigations et “nous contacte pour s’assurer si les médecins dont les noms figurent sur des cachets de certificats médicaux exercent effectivement au CHU. Mais souvent, on découvre que ce n’est pas le cas”.

Un dysfonctionnement parmi d’autres

La Fédération nationale de la santé (FNS), affiliée au syndicat de l’Union marocaine du travail (UMT), a dressé une liste d’une vingtaine de “dysfonctionnements” qu’elle dit avoir constatés à travers les hôpitaux relevant du CHU Ibn Sina. Dans un communiqué publié à l’issue de la réunion tenue ce lundi 16 avril par son bureau syndical unifié de Rabat, la FNS/UMT accuse le CHU de mettre la vie des patients et du personnel des hôpitaux en danger. “Il y a un grave problème de maintenance qui touche, entre autres, les ascenseurs. A l’hôpital Ayachi, une employée du croissant rouge a été transportée à l’hôpital Moulay Abdellah pour asphyxie, car l’ascenseur qu’elle avait emprunté s’est bloqué. C’est après 45 minutes que les personnes qui y étaient ont pu être dégagés”, explique le secrétaire général du bureau syndical unifié de Rabat (FNS/UMT), Jalal Belmaati, affirmant avoir appris “que le contrat de maintenance de cet ascenseur était dépassé”. 

Pour le directeur du CHU, ce n’est pas un défaut de maintenance qui est à l’origine de l’incident survenu, jeudi dernier, à l’hôpital Ayachi: “c’est un problème de surcharge qui a bloqué l’ascenseur. Il s’est arrêté automatiquement, c’est normal!”. Et de préciser qu’aucune victime n’est à déplorer et que la direction se prépare à publier un démenti à ce sujet.  “Le CHU a fait l’acquisition de nouveaux ascenseurs qui sont mis en place ou sont en passe de l’être. L’ascenseur de l’hôpital Ayachi est nouveau”, annonce-t-il, ajoutant que “tout équipement quel qu’il soit au CHU fait l’objet d’un contrat de maintenance”.

Autre accusation portée par la FNS/UMT concerne des stocks de médicaments “irréguliers” au sein des hôpitaux. “Il y a des ruptures de stocks récurrentes de médicaments dans les hôpitaux du CHU de Rabat. On refuse aux patients souffrants de maladies chroniques des médicaments parce qu’ils ne sont pas hospitalisés. Mais doit-on les laisser mourir?”, s’interroge Jalal Belmaati. 

En réaction, le Pr. Abdelkader Errougani répond: “Il n’y a pas de rupture de stocks en médicaments et on ne peut pas donner des médicaments à titre ambulatoire. La loi nous l’interdit. On ne peut donner les produits pharmaceutiques qu’aux patients hospitalisés. On risque d’être sanctionnés par la Cour des comptes si on ne respecte pas la loi”.

Dialogue rompu

Dialogue difficile ou impossible. La FNS/UMT indique, dans son communiqué, que la direction du CHU Ibn Sina refuse le dialogue et qu’une récente réunion de celle-ci avec les syndicats ne s’est pas penché sur les “nombreux dysfonctionnements”. “La direction nous a adressé, il y a quelques jours, une invitation pour l’ouverture d’un dialogue, mais elle a mis à l’ordre du jour des points qui représentent déjà des acquis, dont le statut des infirmiers et la sécurité des hôpitaux. Le ministère de la Santé s’est déjà engagé dans ces projets”, estime Jalal Belmaati. La FNS/UMT a boycotté cette rencontre estimant qu’elle ne se penche pas sur “les véritables problèmes dont souffrent le personnel et le patient”. 

Pour le directeur du CHU Ibn Sina, les principaux syndicats représentatifs ont été présents. “L’UMT a refusé de venir. On n’y peut rien”, regrette-t-il. Et de préciser que la direction maintient sa volonté d’instaurer un dialogue avec les syndicat. “Nous voulons constituer avec eux des commissions thématiques pour traiter leurs dossiers revendicatifs”. 

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