MAROC
31/05/2018 18h:14 CET | Actualisé 01/06/2018 11h:08 CET

Le chef Abdel Alaoui revisite avec humour les classiques marocains dans "Alimentation Générale"

La cuisine de maman, sa madeleine de Proust.

Editions de La Martiniere Louis Laurant Grandadam

CUISINE - Chef, comédien et franco-marocain. Mixez ces trois ingrédients et vous obtiendrez Abdel Alaoui, un trublion de la cuisine en jean-baskets qui fait de l’art de manger une fête. “Alimentation Générale”, son dernier recueil de recettes sorti aux éditions La Martinière, est un bric-à-brac de pages colorées où s’invitent les saveurs ensoleillées du Maroc mixées aux classiques de la gastronomie française. Des petites “kémias” aux pains “batbout” et “msemen”, du “tajine de poulet basquaise” à la “blanquette de kefta”, la cuisine d’Abdel est une ode gourmande aux tablées marocaines, pour les nostalgiques de la cuisine de “yemma” et les palais les plus curieux.

Après son premier ouvrage “Ma petite épicerie marocaine”, Abdel va plus loin dans le champ lexical du commerce de proximité et invite les lecteurs à découvrir dans “Alimentation Générale”, son petit bazar à lui, un souk de 80 recettes qui rendent hommage à la richesse culinaire du royaume. “Le nom est un petit clin d’oeil aux épiceries arabes du coin. Un endroit où on trouve de tout, comme dans ce livre: il y du sucré, du salé, du marocain, du français, un peu d’influence algérienne car je suis d’Oujda et de l’humour” explique-t-il au HuffPost Maroc. 

“Je propose de la cuisine marocaine que la France vient titiller un peu” glisse Abdel Alaoui avec légèreté. Les recettes sont modernes, fraîches, ludiques, accessibles, peu grasses ou sucrées, à manger sur le pouce ou réunis avec amis et famille. Sa préférée? “La petite salade de concombres à la fleur d’oranger, à laquelle j’ajoute un peu de coriandre et de vinaigre. Simple, efficace et frais”.

Au fil des pages, anecdotes drôles et petites notes de l’auteur viennent agrémenter des photos qui mettent l’eau à la bouche. Il pastiche avec humour des recettes de plats phares en proposant une version “blédar” de la célèbre salade César, un “croque-missiou” au méchoui de veau dans un moelleux pain batbout, une “loubia cassoulet merguez” ou encore un “couscous sauce bougnoulaise” à base de kefta grillée et de sauce tomate. “J’ai trouvé ça drôle de mixer bougnoul, un mot que les gens n’osent pas trop dire, et bolognaise pour créer une recette de couscous inédite qui n’existe pas au Maroc” précise le chef. 

Editions de La Martiniere / Louis Laurant Grandadam
"Blanquette de kefta grillée" et "loubia cassoulet aux merguez". 

La cuisine de maman, sa madeleine de Proust

Abdel a appris la cuisine sous les jupons de sa mère dès son plus jeune âge,  dans leur appartement de Saint-Germain en Laye en banlieue parisienne. Avec un diplôme d’école hôtelière en poche, une formation auprès des grands chefs Michel Rostang et Pierre Gagnaire et un passage par Londres et le Japon, le jeune homme natif d’Oujda renoue avec la cuisine de son enfance. 

“La passion pour la cuisine est née auprès de ma mère, elle m’a transmis l’amour du bien manger marocain. Depuis tout jeune je l’aide en cuisine à préparer les plats pour la famille, les cousins. J’aimais sentir, couper, cuisiner les produits que mon père apportait du marché” se souvient Abdel. Il annonce alors à ses parents l’envie de poursuivre une carrière dans la cuisine et devenir chef. Une décision qui surprend sa famille. “Ils ont été choqués, chez nous c’est dur à accepter car pour nous la cuisine est une affaire de femmes” confie le jeune chef. “Ça été compliqué de le faire accepter à mon père, j’ai du l’emmener dans un resto et lui montrer que ce sont les hommes qui dirigent les cuisines”. 

Il fait ses preuves dans les meilleures adresses parisiennes, Le Fouquet’s, Le Balzac et Chez Rostang où il y suit un cursus gastronomie française très classique. “Ce n’est qu’au début des années 2000 que la mode de la cuisine métissée a fait son apparition. La tendance était aux saveurs d’ailleurs, à la cuisine fusion” poursuit Abdel qui puise son inspiration dans ses souvenirs d’enfance. Amoureux de la cuisine marocaine, il casse les codes en associant les recettes de son pays d’origine aux plats qui font la renommée de la culture traditionnelle française.

Editions de La Martiniere/Louis Laurant Grandadam

Des fourneaux au One man chaud à son propre resto   

Abdel Alaoui est une boule d’énergie, un touche-à-tout qui n’entend pas rester derrière ses casseroles en inox. Pour lui, la cuisine est un spectacle, une mise en scène, une pièce de théâtre où le chef est metteur en scène. “Je faisais le pitre jeune à l’école, on me disait de faire du théâtre” raconte-t-il. Il découvre Molière et Marivaux, prend goût à l’art de la scène et s’inscrit à la célèbre école d’art dramatique Jean Périmony. La cuisine reste le fil conducteur de sa vie auquel il conjugue plusieurs arts. “Que peut-on en tirer à part une belle assiette? Des émissions radios, des bouquins, des émissions télé, tout un tas de choses” assure-t-il.

Les projets s’enchainent, il passe d’abord par la case télévision et anime plusieurs émissions culinaires auxquelles sa fraîcheur et son grain de folie apportent un nouveau souffle. A l’écran, c’est le pote qui, en plus d’être drôle et sympa, fait de bons plats. La tornade Abdel déboule ensuite sur les plateaux de Canal+ dans “La Nouvelle Edition” puis chez France 5 dans “C à vous” où il officie une semaine par mois, et tient une chronique sur Europe 1.

En 2013, son premier spectacle One man chaud fait salle comble au Théâtre du Gymnase à Paris. Il raconte avec un humour décomplexé son enfance et ses expériences professionnelles chez les grands chefs.

Mais l’aventure ne s’arrête pas là pour Abdel qui ouvre trois établissements à Paris. “YEMMA” (chez maman, ndlr) est une petite chaîne de cantines et épiceries fines qui propose une alternative street-food sympa et décalée à la cuisine marocaine traditionnelle. Msemen fourré vegan, batbout au méchoui de veau, couscous du vendredi et “jasminade” (limonade au jasmin), on y mange comme à la maison dans une ambiance chaleureuse et conviviale, entre tapis marocains et décoration néo-artisanale.

En attendant de peut-être concrétiser des projets au Maroc où il rêverait d’ouvrir un petit restaurant niché dans les montagnes de l’Atlas, Abdel Alaoui continue d’étendre son empire culinaire et s’accroche à sa casquette de chef comédien, un rôle que nulle autre que lui ne saurait jouer.