ALGÉRIE
15/10/2019 14h:50 CET

Le chantage US à la Palestine: ne plus se considérer comme Etat ou être poursuivi en tant que tel pour « terrorisme »

Comme l’observe le Centre d’information sur le Moyen-Orient, l’ironie réside dans le fait qu’on rend le gouvernement palestinien responsable d’actes qu’il a condamnés et refuse de rendre le gouvernement israélien responsable "d’actes immoraux et illégaux qu’il a ouvertement préparés".

SIPA USA/PA Images
(190515) -- BEIJING, May 15, 2019 (Xinhua) -- Family members of Palestinian Mousa Zorub have their breakfast next to their destroyed house in the southern Gaza Strip city of Rafah, on May 14, 2019. The United Nations Relief and Works Agency for Palestine Refugees in the Near East (UNRWA) said on Monday that more than half of the population in the Gaza Strip may not have enough food by June. (Xinhua) (Photo by Xinhua/Sipa USA)

Les Palestiniens dénoncent un projet de loi américain rendant l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) et l’Autorité palestinienne (AP) responsables d’attentats dont été victimes des Israéliens ayant également la nationalité américaine et autorisant, sur cette base, de les poursuivre devant des juridictions pénales aux Etats-Unis.

Pour le secrétaire général du comité exécutif de l’OLP Saeb Erekat, ce projet de loi soumis au Congrès intervient dans le cadre de “l’Accord du siècle”, nom donné par l’administration Trump à un plan de paix israélo-palestinien comprenant notamment, selon de premières informations, l’annexion par Israël des colonies juives de Cisjordanie – laquelle annexion, d’ailleurs, a figuré parmi les engagements électoraux de Benyamin Netanyahou.

Les Palestiniens, pour rappel, refusent obstinément ce projet de plan de paix. Le président de l’Autorité Mahmoud Abbas a déclaré qu’il ne signerait aucun plan ne prévoyant pas la fin de l’occupation israélienne et la création d’un Etat palestinien souverain.

 

Chantage

Pour Saeb Erekat, dont la déclaration sur les ondes de la télévision palestinienne a été rapportée par l’agence de presse Wafa, l’objectif de ce projet de loi américain est de mettre l’AP devant un douloureux choix : ou continuer à se considérer comme l’émanation d’un Etat à part entière et encourir le risque de poursuites devant la justice américaine ou se retirer des instances internationales où elle est représentée dans le but d’échapper à de telles poursuites.

Il va sans dire que le retrait de l’AP des instances internationales où elle est membre sert les intérêts de l’Etat d’Israël, pour lequel cette reconnaissance internationale, bien que limitée et encore symbolique, menace ses projets d’annexion de Jérusalem-Est et des territoires de Cisjordanie sur lesquels sont érigées des colonies israéliennes.

 

Double poids et double mesure

Les demandes de dédommagements de citoyens américains présentées s à la justice américaine, a encore indiqué Saeb Erekat, totalisent actuellement 655 millions de dollars. Beaucoup de ces demandes, a-t-il expliqué, ont été rejetées par les juridictions américaines qui se sont déclarées incompétentes pour juger des responsables d’un Etat étranger. “Aujourd’hui [à travers ce projet de loi, NDLR], on veut dépasser ce blocage et soumettre l’OLP et l’AP au pouvoir de la justice américaine”, a-t-il souligné.

Le projet de loi appelé « Justice pour les victimes du terrorisme » est proposé au Congrès par deux élus républicains, James Lankford et Tammy Duckworth, et un élu démocrate Chuck Grassley. Comme l’observe le Centre d’information sur le Moyen-Orient, l’ironie réside dans le fait qu’il entend rendre le gouvernement palestinien responsable d’actes qu’il a condamnés et refuse de rendre le gouvernement israélien responsable “d’actes immoraux et illégaux qu’il a ouvertement préparés”.