MAROC
11/02/2019 13h:35 CET | Actualisé 11/02/2019 17h:03 CET

Le candidat italien à l'Eurovision est arabe, fait de la pop marocaine et agace Matteo Salvini

Sa victoire fait grincer des dents la droite italienne.

Getty Editorial

POLÉMIQUE - Alessandro “Mahmood” Mahmoud est italien d’origine égyptienne, revendique une pop marocaine et chante quelques paroles en arabe dans son titre en italien, “Soldi”. Avec ses 4 millions de vues sur YouTube, la chanson lui a permis de remporter, ce samedi 9 février, son ticket pour représenter l’Italie à l’Eurovision. Sa victoire, très commentée, a même fait réagir le ministre de l’Intérieur italien, Matteo Salvini, qui aurait préféré un autre candidat pour participer au concours européen qui se tiendra à Tel Aviv.  

Lors de la 69e édition du Festival de la chanson italienne de Sanremo, qui s’est tenu du 5 au 9 février, Mahmood, 26 ans, s’est imposé face à 23 autres artistes italiens pour cette célèbre compétition qui a, par ailleurs, inspiré le concours de l’Eurovision. Avec “Soldi” (argent en italien, ndlr), un titre aux sonorités pop et rap où il raconte sa jeunesse et ses rapports avec sa famille, Mahmood a séduit le jury composé d’experts et de journalistes. 

Mais sa victoire n’a pas été très bien accueillie en Italie, notamment par le ministre de l’Intérieur Matteo Salvini, qui s’est empressé de partager sa désapprobation. “Mahmood… Mais… La plus belle chanson italienne? Moi, j’aurais choisi Ultimo, et vous, qu’est-ce que vous en dites?” a-t-il tweeté. Le ministre, connu pour ses positions très populistes, identitaires et contre l’immigration, aurait préféré que l’Italie soit représentée par le chanteur Ultimo, né de deux parents italiens et qui chante l’amour dans ses ballades. En bref, un candidat 100% Italie.

Pourtant, Alessandro Mahmoud, né d’un père égyptien et d’une mère originaire de la Sardaigne se définit comme “100% italien”. Dans une interview donnée à Vanity Fair Italy, il raconte être né et avoir grandi à Milan et n’avoir d’égyptien que son nom. Lorsqu’il avait six ans, son père a déserté le foyer familial et a fait des enfants “un peu partout dans le monde”, explique-t-il. “J’ai grandi avec ma mère, j’ai des souvenirs d’une figure paternelle mais ils ne sont pas très clairs. Ma vie a toujours été ainsi, à la poursuite d’un manque” regrette-t-il. Aujourd’hui, il “cultive ses souvenirs” et veut rappeler d’où il vient à travers sa musique. 

“Soldi” est un titre très personnel où il revient sur sa famille déchirée et la quête de son identité. Il confie, avec amertume, comment l’argent a poussé son père à partir et à abandonner sa famille. “Waladi waladi habibi, ta’aleena” (“mon fils, mon fils chéri, vient ici”, ndlr) chante-il en arabe à la fin de sa chanson, se remémorant les quelques mots que lui disait son père lorsqu’il était enfant. Un père non-traditionnel qui “buvait du champagne pendant le Ramadan et fumait la chicha avec ses amis” et qui regardait des films de Jackie Chan à la télévision. A travers cette chanson, Mahmood raconte les relations douloureuses entre son père et lui sur une mélodie très pop. 

Bien qu’il ne parle pas un mot d’arabe, il affirme toutefois, toujours à Vanity Fair, faire de la pop marocaine: “Je suis un auteur-compositeur-interprète de pop marocaine. Quel genre je fais? Pop, rap, indie? Ce qui me distingue et ce que j’aime, ce sont les sons du Moyen-Orient qu’on entend ici et là. À l’âge de 5 ans, j’écoutais les cassettes de musique arabe de mon père et celles de Lucio Battisti”. Un mix qui aura même séduit l’ex compagne de Matteo Salvini, la présentatrice Elisa Isoardi, qui dans un tweet (sans doute en réponse à celui du ministre), s’est dite ravie de la victoire de Mahmood, “la preuve que le mélange des cultures donne de belles choses”. 

Après Bilal Hassani, le candidat franco-marocain victime de cyber-harcèlement à cause de son homosexualité et qui représentera la France au concours, Mahmood a également droit à son lot d’insultes de la part de la fachosphère italienne sur les réseaux sociaux. S’il affirme ouvertement être homosexuel, il ne ressent cependant pas le besoin de le déclarer. “Dire ‘je suis gay’ ne mène nulle part, sinon à parler de soi-même (...) Si nous continuons avec ces distinctions, l’homosexualité ne sera jamais perçue comme normale, soit ce qu’elle est”, a-t-il affirmé au média italien au sujet de son coming-out. 

En attendant l’ultime étape, le 18 mai prochain en Israël, jamais un concours de l’Eurovision n’aura tant déchainé les passions et fait réagir les politiques dans un contexte de crise pour l’Union européenne.