MAROC
04/09/2018 14h:01 CET

Le Brésil pleure tout un pan de son histoire parti en fumée

L'incendie survenu au musée national du Brésil à Rio de Janeiro est une tragédie pour le pays.

CARL DE SOUZA via Getty Images

INCENDIE - Le Brésil a perdu, dans la nuit de dimanche à lundi, tout un pan de son histoire conservée au Musée national du Brésil, un bâtiment historique de Rio de Janeiro ayant servi de résidence officielle des rois du Portugal puis de l’empire du Brésil, parti en fumée dans un incendie de grande ampleur, qui n’a épargné ni les collections exposées ni les précieuses archives de cette institution.

Quelques heures après le début de l’incendie survenu aux alentours de 19h30 et qui a ravagé complètement le bâtiment bicentenaire ayant également abrité le siège de la 1ère Assemblée constituante du Brésil, le président Michel Temer n’a pas caché son émotion suite à la “perte incalculable” de la collection du musée national.

“Aujourd’hui est un jour tragique pour la muséologie dans notre pays. Nous avons perdu deux cents ans de travail, de recherche et de connaissance”, a déploré le chef d’État dans un communiqué, en assurant que la valeur des pertes et les dommages causés au bâtiment historique ne peuvent être mesurés. 

Le ministre de la culture, Sérgio Sá Leitão, tout aussi choqué par la tragédie, a assuré que son département “ne ménagera aucun effort” pour reconstruire le musée, administré par l’Université fédérale de Rio de Janeiro (UFRJ), et considéré de facto comme la plus vielle institution scientifique et musée du Brésil.

“Le musée avait une collection fabuleuse (…) J’espère que cela servira comme un avertissement pour que de telles tragédies ne se reproduisent plus dans une autre institution”, a-t-il poursuivi.

 “L’incendie au Musée national, qui appartient à l’Université fédérale de Rio de Janeiro, est une immense tragédie. C’est le plus vieux musée du pays. Il a fêté ses 200 ans en juin. Il a une fabuleuse collection dans plusieurs domaines. Il ne restera que peu ou rien du palais et des expositions.”

L’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) a, elle aussi, déploré la “perte d’un héritage culturel inestimable pour l’humanité toute entière”.

Les trois étages du bâtiment, réduit en une succession de murs sans plancher ni plafond, abritaient une collection de 20 millions d’objets, y compris des documents de l’époque de l’Empire du Brésil, le plus grand squelette de dinosaure monté au Brésil, des fossiles, des collections de minéraux ainsi que la plus grande collection égyptienne d’Amérique latine. Des objets irremplaçables en raison de leur grande valeur historique.

Seule la météorite Bendegó, le plus ancien objet céleste découvert au Brésil (1784), semble avoir résisté à l’épreuve du feu, selon des images relayées par TV Globo. 

ERWAN LE BOURDONNEC via Getty Images

Le bâtiment, qui se trouve dans un état indescriptible, ne présente pas de risque d’effondrement mais sa restauration nécessitera d’importants moyens, chose que l’État de Rio de Janeiro ne possède pas, en raison d’une profonde crise économique qui maintient les comptes de l’État dans le rouge depuis plusieurs années.

Le musée, qui abritait le crâne de Luzia, le plus ancien fossile des Amériques et un trésor archéologique national, opérait, lui aussi, avec un budget réduit en raison de cette crise. La destruction de ce musée a suscité une grande vague d’indignation de la part de chercheurs et d’étudiants, impuissants face à ce drame, dont l’ampleur fait penser à l’incendie de la bibliothèque d’Alexandrie entre 48 av. J.-C. et 642 A.D.

“Il faut que la population soit indignée. Une partie de cette tragédie aurait pu être évitée”, a déclaré Alexandre Keller, directeur de musée, devant les restes de ce qui était jadis l’un des plus beaux palais impériaux du pays.

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Au cours des dernières années, le Brésil a connu plusieurs incendies majeurs qui ont ravagé des bâtiments d’une grande valeur historique, artistique et scientifique.

En juillet 1978, le musée d’Art Moderne (MOMA) à Rio de Janeiro a été témoin de la disparition de tableaux de Picasso, Miró, Dalí et de centaines d’autres oeuvres en 40 minutes, toutes ravagées par le feu, selon les journaux de l’époque.

D’une collection de 1.000 objets d’art, il ne restait qu’une cinquantaine de tableaux. Le choc a été tel que ce n’est que dans les années 90 que le Brésil a pu regagner la confiance des institutions internationales pour accueillir de grandes expositions.

En 2008, le Teatro Cultura Artística (théâtre de la culture artistique), un bâtiment d’une grande valeur architecturale, ouvert en 1950 à Sao Paulo, a été détruit par le feu et jusqu’à ce jour le bâtiment attend d’être rénové.

En mai 2010, un autre incendie a frappé le laboratoire de reptiles de l’Institut Butantan, dans la zone ouest de São Paulo, détruisant l’une des plus grandes collections de serpents au monde. Selon l’Institut, la collection détruite comptait environ 77.000 serpents catalogués et environ 5.000 serpents en cours d’inventaire.

En novembre 2013, le feu a ravagé le Mémorial de l’Amérique Latine à Sao Paulo, détruisant une tapisserie de 800 mètres carrés réalisée par l’artiste brésilo-japonaise Tomie Ohtake.

DANIEL RAMALHO via Getty Images
Une manifestante tient une pancarte "Le gel de l’argent pour la science, la culture et l’éducation est un feu" lors d'un rassemblement contre le gouvernement brésilien, le 3 septembre 2018 à Rio de Janeiro, après l'incendie du Musée National du Brésil.

Aussi, le Brésil a perdu, le 21 décembre 2015, son musée de langue portugaise, situé en plein cœur de la mégalopole Sao Paulo. Inauguré en 2006, ce musée, exclusivement dédié à la langue portugaise, était l’institution culturelle la plus visitée du Brésil et en Amérique du Sud.

Pour finir, la Cinémathèque brésilienne a perdu 270 bobines de films irremplaçables en raison d’un incendie survenu en février 2016, dans l’un de ses quatre dépôts à Vila Clementino, un quartier dans le sud de São Paulo.

Avec la destruction de tous ces musées et des objets de valeur culturelle et scientifique qu’ils contenaient, c’est tout un pan de l’histoire et de l’identité brésilienne qui est parti en fumée, laissant, pour seule preuve de son existence, un vaste répertoire de photos témoignant des jours de gloire culturelle du géant sud-américain.