LES BLOGS
28/05/2018 12h:37 CET | Actualisé 28/05/2018 12h:37 CET

Le baiser et la morsure: Catherine Lalanne interviewe Yasmina Khadra

JOEL SAGET via Getty Images

Les éditions Bayard viennent de publier une série d’entretiens avec Yasmina Khadra intitulée « Le baiser et la morsure » conduits par Catherine Lalanne, journaliste et rédactrice en chef à l’hebdomadaire Pèlerin. Au long de discussions séparées sous cinq thèmes, Lalanne accompagne Mohamed Moulessehoul sur les pas de son enfance, sa relation avec ses parents, et le contexte de ses premiers succès littéraire. Un portrait ouvert et intime, entre autobiographie et documentaire à deux voix.

 

Le choix du titre est une référence à la manière dont Yasmina Khadra conçoit son destin : « depuis ma plus tendre enfance. Ce que le hasard me tend d’une main, il me le confisque de l’autre. La bouche qui m’embrasse sur une joue me mord sur l’autre ». Khadra se confie sur son vécu, des expériences difficiles comme la séparation de ses parents, et d’autres heureuses, comme sa rencontre avec son épouse, Amel Yasmina Khadra, l’auteure de son pseudonyme.

Bayard

 

 

Les échanges de Khadra et Lalanne sont chronologiques et débutent depuis l’arbre généalogique des Moulessehoul. Tendrement, Khadra présente sa filiation, la tribu des Doui Menia, et se penche sur la cassure qui a fait éclater l’ordre et le mode de vie de sa famille paternelle. Il raconte ses parents aussi, et revient sur son enfance, arraché à sa mère dès ses neufs ans pour être intégré à l’école des cadets, une école militaire « conçue en 1963 exclusivement pour recueillir les orphelins de la guerre de libération ». Khadra s’était confié sur cette enfance militaire dans « L’écrivain » publié en 2003, et sa relation à l’écriture comme acte de résistance.

 

« J’ai cessé d’être enfant à l’instant où j’ai franchi le portail de la caserne. Les cadets n’étaient pas des petits soldats, ils étaient des soldats à part entière ».

 

Ici, Lalanne dépasse le dilemme entre écriture et armée, et amène Khadra à parler de l’aspect doux-et-amer de sa réussite et des obstacles rencontrés une fois adulte.

 

Lalanne re-explore notamment la manière dont Khadra avait été mis à l’écart par la bulle littéraire française, une coupure qui avait perduré même après la parution de « Frenchy » un roman que Khadra avait publié sous le pseudonyme Benjamin Cros (Fayard, 2002) et qui malgré les critiques positives avait été boudé une fois l’identité de l’auteur découverte. Cette situation, traitée dans « L’imposture des mots » (Julliard, 2002) avait pris fin après la publication de L’attentat (Julliard) retenu par les jurys du prix Goncourt et Renaud en 2005.

 

En sondant la relation de Khadra avec sa mère, son épouse, et ses filles, Lalanne amène aussi Khadra à parler de son attachement à l’Algérie. Son affection pour le désert est d’ailleurs le sujet d’un bel ouvrage « Ce que le désert doit à l’oasis » illustré par le calligraphe et peintre Lasaâd Métoui (Flammarion, 2017).

 

« Le baiser et la morsure » se termine sur une troisième voix, une perle à laquelle on a rarement accès, un entretien avec Amel, l’épouse de Mohammed Moulessehoul, qui revient sur leurs premières années de couples et sur leur complicité dans l’écrit : « Mohamed m’avait promis dans la voiture qui nous conduisait à la plage que je ne m’ennuierais pas. Chaque jour à ses côtés me prouve qu’il ne m’a pas menti. »

 

Khadra est un auteur prolifique, traduits en 42 langues, avec plus de 30 romans à son nom. L’une des caractéristiques de son œuvre, autre que son succès, est le vaste panorama des thèmes et de la géographie de ses romans. Ce que continue de démontrer Lalanne dans « Le baiser et la morsure » c’est combien Khadra est ouvert au monde et curieux du mouvement qui lui donne forme.

 

« Le baiser et la morsure » entretien avec Catherine Lalanne et Yasmina Khadra, publié aux éditions Bayard le 4 avril 2018 n’est pas encore distribué en Algérie.



Mes remerciements aux éditions Bayard pour la copie presse de cet ouvrage.

Loading...