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25/06/2018 14h:17 CET | Actualisé 25/06/2018 14h:17 CET

Le Baccalauréat, et après?

Quand on est bachelier, s’il y a une chose qu’on nous enjoint d’abandonner, c’est bien la rébellion, la réflexion et la définition d’un projet.

FETHI BELAID via Getty Images

Les épreuves du baccalauréat sont terminées. Pour certains, la course n’est pas encore finie. Quand on entame une compétition, on s’y prépare du mieux qu’on peut. Certains réussissent, d’autres essaient toujours et beaucoup s’essoufflent très vite. Chacun son rythme, chacun ses moyens et chacun son parcours.

Le baccalauréat n’est ni un semi-marathon, ni un marathon. Dans un marathon, on abandonne rarement parce qu’on a l’ultime conviction qu’on atteindra la ligne d’arrivée tôt ou tard. On ne s’engage que quand on se sent suffisamment prêt à relever le défi. Lorsqu’on n’a pas le niveau, on court huit kilomètres, quatorze kilomètres avant d’en tenter les vingt-deux et puis les quarante-deux. Une seule méthode, courir! Tous les jours, deux fois par semaine, souvent, régulièrement. Quelque soient les intempéries, quelque soient les pentes et les plaines. On ne court pas sur un tapis, on court dans la rue, dans les circonstances réelles. Les semi-marathoniens ont déjà achevé quelque chose. Ils ont connu les obstacles, le dépassement de soi, la rigueur, la détermination, le courage, les beaux jours et les mauvais. Les semi-marathoniens connaissent bien le défi, le courage et le réalisme. Oui, surtout ça, le réalisme. Un semi-marathonien ne se dira pas que s’il a couru les vingt-deux kilomètres, il sera capable d’en courir quarante-deux. Il est conscient du mur des trente, lorsque son corps lâche, il faut y être préparé, il faut savoir remontrer la pente. Le mental ne fait pas tout, la préparation est l’unique arme contre l’abandon.

La préparation, c’est aussi une méthode, une stratégie bien installée, un rythme et surtout une connaissance de soi. Quand on est préparé, tout devient prévisible - les hauts, les bas et les stagnations possibles. Lorsqu’on a tout prévu, on n’a plus peur, le monstre n’est qu’un gnome inoffensif, il est en nous, discipliné et sous contrôle, il connait le chemin sur le bout des doigts, il ne paniquera pas, il ne sera pas perturbé, il est solide et il fera confiance à sa méthode.

Les épreuves du baccalauréat ne peuvent incarner un marathon. Il est bien connu que celui qui réussit un marathon peut tout réussir dans la vie. Il est patient, il a de la rigueur, il persévère, il se connait, il a appris à connaitre le parcours en amont et il a établi une méthode personnalisée et donc indéfectible.

Un bachelier n’a pas la chance d’un marathonien. Il n’a jamais eu le temps de se découvrir, on lui impose une méthode type, un parcours type, des connaissances confinées et insuffisantes. On lui interdit d’avoir du recul, on l’insère dans un circuit pré-tracé qu’il n’a jamais parcouru, on ne lui offre pas les mêmes moyens que son voisin et on lui enjoint de réussir. Les règles sont simples: quand on est bachelier, s’il y a une chose qu’on nous enjoint d’abandonner, c’est bien la rébellion, la réflexion et la définition d’un projet.

Un bachelier n’a pas le temps, ni pour se rebeller, ni pour se penser, ni pour penser son avenir. Il est guidé comme un chien de traineaux vers une moyenne -qu’il croit -va définir son avenir. L’éducation nationale a le talent d’anéantir les espoirs de ce pays, elle opprime les initiatives, punit les récalcitrants, tue les visionnaires, et puis enfin, quand tous ces profils prometteurs ne sont qu’une pâte à modeler indécise, incertaine et battue, obtiennent leurs diplômes, elle s’octroie le droit de leur attribuer un destin qui n’est souvent pas le leur, elle les désarme et les jette dans la gueule du loup. Le loup de la vie, de la formation universitaire et de la vie active.

Le bachelier n’a pas le temps et il n’a jamais eu le temps. Il a toujours vécu dans un bocal, il tourne en rond, il ne voit pas au-delà de la vitre qui le sépare du monde et il pense à court terme. Son ambition ne va pas au-delà des quelques centimètres qu’il est sensé parcourir dans l’aquarium. Si on l’oublie, il s’étouffera et si un jour, on a l’idée ingénieuse de le lâcher dans son milieu naturel, dans l’immensité du monde, sans suivi, au plus, il ne survivra pas, du moins, il aura beaucoup de mal à s’adapter.

Les lycéens seraient alors les seuls à vivre pleinement dans le moment présent, des carpe-diem, des êtres de conjoncture. Tout est remis à plus tard, au post-bac dont on ignore pratiquement tout. Puis arrivent les résultats des épreuves, parfois comme un salut, souvent comme un tourment. Avec un diplôme qui ouvre certaines portes et en ferme d’autres. Dans un certain nombre de cas, on fera le choix du non choix et dans d’autres, les possibilités sont multiples. Tous ou une bonne majorité se retrouvent dans la même situation, à faire un parcours choisi pour eux, à prendre une décision non éclairée.

Les éclaireurs de l’éducation nationale sont aux abonnés absents. Non seulement la formation au lycée ne permet pas à un élève d’explorer des pistes, de découvrir des métiers, d’examiner une palette de possibilités diverses et variées, mais en plus, les conseillers d’orientation ne sortent pas des sentiers battus. Leurs auditeurs sont incapables de poser les bonnes questions, des nihilistes béats qui ne sauront pas non plus répondre. À l’issue de ses études, un élève a fréquenté, majoritairement les fonctionnaires de l’établissement scolaires, l’administration, les parents avec un petit aperçu sur leurs métiers toujours d’actualité ou menacés d’extinction -ça, on n’en parle jamais!-, s’il a de la chance, il aurait regardé un documentaire (pas toujours fidèle à la réalité) qui lui aurait fait découvrir une profession ou deux. S’il a beaucoup beaucoup de chance, un bachelier aurait eu, par miracle, le réflexe de frapper aux portes des professionnels, de poser des questions sur leurs parcours, la réalité du métier et son avenir -s’il existe.

C’est la faute à pas-de-chance, un élève de terminale n’a jamais été à un salon d’orientation, il n’a jamais assisté à une table ronde et il ne peut examiner des choix dont il ignorait l’existence.

Il se trouvera à faire des études d’ingénieur, de médecine, de droit, d’économie ou de lettres, parce qu’il en a les capacités et puis surtout -pour le statut social- c’est réconfortant pour les parents. Ils ne sauront pas que les études supérieures ne sont pas faites pour tout le monde, que parfois, il vaut mieux un BTS ou une formation professionnalisante qu’un parcours L-M-D, que d’autres fois, il vaudrait mieux envisager la possibilité d’une passerelle ou d’une réorientation en cours de route si jamais son choix premier ne conviendrait plus.

La terminale n’est qu’un terminus. Les passagers quitteront les wagons. Nous vous prions de vérifier que vous n’avez laissé aucun effet personnel à bord, ne revenez surtout plus ici, tant que vous êtes loin, on se désintéressera complètement de votre destin!

Un diplômé du secondaire peut tout réussir mais il peut aussi échouer. Ceux qui ont réussi avec brio ne sont pas forcément ceux qui sauront s’adapter à la vie active, ni ceux qui sauront rompre avec le malaise qui les ronge d’avoir fait le mauvais choix.

Pour la suite, il faut être téméraire, curieux, rigoureux, savoir dire NON, se renseigner ailleurs, penser autrement. Ne demandez pas conseil, personne ne saura vous dire ce qui vous conviendra, demandez à savoir, tout et rien, mais soyez à l’écoute de ceux qui voudront partager leurs vécus, examinez le revers de la médaille et écoutez votre voix intérieure. Elle saura vous guider tôt ou tard.

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