ALGÉRIE
21/06/2018 15h:00 CET

Le Bac algérien à l’heure du blocus numérique !

Ce blocage d’Internet a été perçu par les internautes comme injuste et surtout illégal sur le plan commercial.

MEHDI FEDOUACH via Getty Images

En Algérie, l’histoire du baccalauréat est à l’image de l’histoire elle-même. Créé par Napoléon en France, il y a plus de deux siècles, à une époque où Facebook et Twitter n’existaient pas, cet examen national s’est tenu… aussi en l’absence des réseaux sociaux, puisque le gouvernement algérien a opté pour la coupure d’Internet afin de stopper la fraude en ligne des candidats.

Il a en effet décidé de s’en prendre aux réseaux sociaux pour éliminer tout risque de publication sur Facebook ou Twitter des sujets des épreuves du bac. Pire, la mauvaise gestion de cette opération de filtrage applicatif a poussé les acteurs de la plus grande opération de censure digitale à réduire totalement l’activité de l’Internet pendant le déroulement des épreuves.

La connexion était devenue, pendant cinq jours très lente, et parfois inaccessible, pour des millions d’usagers. Un véritable scandale dans un pays obsédé par les atteintes aux droits numériques des citoyens. Les censeurs numériques n’ont aucun scrupule à entrer dans l’illégalité pour tenter de réagir à l’utilisation d’un moyen licite à savoir Internet pour commettre un acte illicite de tricherie lors d’un examen.

Il faut reconnaître qu’aujourd’hui la triche aux examens a un impact de masse nettement plus grand que par le passé, sans pour autant devenir une menace en ligne qui justifie de couper Internet à toute une population. Plusieurs observateurs ont interprété l’action du gouvernement comme une manière de montrer à l’opinion publique qu’il dispose du pouvoir numérique du pays.

Ce blocage d’Internet a été perçu par les internautes comme injuste et surtout illégal sur le plan commercial. Les dégâts engendrés par ce blackout peuvent entacher la réputation des acteurs de l’Internet et nuire financièrement aux entreprises activant dans ce secteur comme les opérateurs des télécommunications et fournisseurs des services digitaux en ligne.

Si la sécurisation du déroulement des épreuves du bac et la limitation de l’utilisation des outils IT par les candidats du bac deviennent de plus en plus systématiques, l’arrêt du web a montré son insuffisance à lutter contre la “Fraude 2.0”.

Ainsi, l’histoire de la coupure de l’Internet est bien là pour nous rappeler que le gouvernement ne dispose d’aucune stratégie numérique pour mettre à l’abri Internet de toute utilisation illicite dans le monde réel. Il est nécessaire également de rappeler que l’ONU a déclaré en juillet 2016 que toutes restrictions de l’accès à Internet constituent une violation des droits de l’Homme…