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24/11/2018 10h:59 CET | Actualisé 24/11/2018 10h:59 CET

Le 25 novembre, c'est quoi déjà?

"Nous voilà gratifiées de 4 jours sur les 365,25 que compte l’année, soit à peine plus de 1% du temps, alors que nous représentons plus de la moitié de l’humanité."

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Un certain 25 novembre 1960, trois sœurs militantes politiques ont été assassinées en République Dominicaine. C’est cette date symbolique qu’a choisie l’ONU en 1999 pour célébrer la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes. Cette organisation aura quand même mis près de 40 ans pour donner une journée à ce combat et je suis assez surprise que malgré le fait que l’Arabie Saoudite préside la commission des droits de l’Homme, cette date soit maintenue!

Cette journée s’ajoute dans le calendrier au 6 février, qui est la journée internationale contre les mutilations génitales féminines, avec le 8 mars, journée internationale des droits des femmes, et le 11 octobre, journée internationale du droit des filles. Youpi! Nous voilà donc gratifiées de 4 jours sur les 365,25 que compte l’année, soit à peine plus de 1% du temps, alors que nous représentons plus de la moitié de l’humanité. Il est vrai que les causes justes sont nombreuses comme l’accès à l’éducation, à l’eau potable, aux soins, à la nourriture etc... et ce sont un peu nos jours aussi puisque généralement nous cumulons les handicaps.

Quelques décennies pour en arriver là. C’est beaucoup et c’est peu à la fois. C’est beaucoup parce qu’il faut bien le reconnaître, les avancées sur les droits des femmes ont été nombreuses depuis un siècle. Attention bémol.

C’est peu car cela ne concerne pas l’ensemble de la population féminine de cette terre et pas dans les mêmes proportions. En gros, le monde Occidental réduit à sa plus simple expression avec les États-Unis, le Canada et les pays de l’Europe. Ceux qui ont été omis m’excuseront mais, bon an, mal an, c’est grosso modo un dixième de la population. De plus, à l’échelle de la civilisation humaine soit 10.000 ans environs de patriarcat effréné, un siècle ce n’est qu’un battement de cil. Or voilà, nous sommes aujourd’hui dans un monde où tout doit aller vite. Mais comme nous demandons beaucoup et en même temps, nous nous dispersons. Ainsi en France les rassemblements pour cette date sont avancés au 24 (soit les féministes n’ont pas voulu “perdre” leur dimanche, soit elles sont en désaccord avec le 25 qui est le jour de la Sainte Catherine où traditionnellement, les célibataires de plus de 25 ans défilent dans les rues à la recherche d’un mari) ce qui va non seulement se télescoper avec les rassemblements prévus par les gilets jaunes, mais rassembler des mouvements très divers de féministes convaincues et de revendications plus inattendues sur le port du voile, la GPA, la défense de la prostitution et tout le toutim. Bref, on va assister à une cacophonie où tout le monde va y aller de son petit intérêt en oubliant les droits fondamentaux.

Et au Maroc? Nous avons un lâcher de ballons et quelques marches pour se réapproprier la rue. Pendant ce temps-là, notre gouvernement travaille et pense à nous. Comment? En sous-représentant les femmes dans les couloirs du pouvoir (et celles qui sont visibles sont assurément soumises à l’autorité masculine). En construisant des mosquées à tour de bras au lieu d’éduquer. En laissant inviter un prédicateur égyptien de la pire espèce tout en arrêtant des chanteurs de rue. En faisant de petites lois incomplètes et sans mesure d’accompagnement comme la dernière loi sur les violences faites aux femmes. En occultant les problèmes qui lui semblent insurmontables comme l’égalité de l’héritage, l’égalité salariale, l’égalité juridique sur les témoignages ou le divorce ou encore l’avortement, milles et une chose du quotidien de la majorité de la population féminine du Maroc. Ce gouvernement laisse la rue aux religieux auto-proclamés qui interprètent la société comme il y a mille ans au lieu de promouvoir les libertés publiques. Bref, la culture ancestrale désuète est imaginée comme idéale (pour les hommes, bien sûr) au lieu de la modernité. Je pense que nous passons à côté de l’essentiel: demander à ce que l’égalité homme-femme soit reconnue et traduite dans la Loi avec un véritable arsenal juridique et des moyens adéquats pour faire appliquer ces droits et pour faire avancer notre Maroc quoi qu’en pense les hommes et les femmes tenants d’un âge qui n’est plus et qui n’a plus de raison d’être.

Ces dispersions de revendications font le plus grand bonheur des gouvernements du monde entier qui font leur la maxime “diviser pour mieux régner” et qui font finalement ce qu’ils veulent pensant que les citoyens se lasseront d’exiger, vu que pour survivre il faut bien travailler, ce qui ne semble pas concerner outre mesure nos élus. Nous qui évoquons une Ouma imaginaire à longueur de temps, ne pouvons-nous pas nous rassembler sur une cause aussi simple et aussi juste? 

“Le but est grand, la tâche est rude”, disait un grand homme. Quand est-ce que l’on va s’y mettre? #saffibaraka.