MAROC
10/04/2018 18h:19 CET

Laxisme, abus, passivité... La réforme de la fonction publique s'annonce difficile

“On ne peut pas remplacer les échelles et les grades par le principe de la compétence”, regrette le ministre.

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RÉFORME - Un modèle en crise qu’il faudra de toute façon abandonner. La  logique, pour le ministre délégué chargé de la Réforme de l’administration et de la Fonction publique, Mohamed Benabdelkader, tient en deux mots: productivité et compétence. Pour lui, telles sont les deux règles de base pour construire le nouveau modèle d’une fonction publique dont l’équité salariale et un service public de qualité sont les moteurs.

Au Forum de la MAP, ce mardi, le ministre a été convié à s’exprimer sur le sujet de “L’administration marocaine face au défi de la moralisation”. Une mission difficile, d’autant que le chemin vers cette moralisation s’annonce miné. Entre les fonctionnaires fantômes et ceux pas loin de l’être, Benabdelkader reconnait faire face à des phénomènes ancrés dans l’administration publique. “Entre 2012 et 2016, ce sont 3.000 fonctionnaires invisibles qui ont été barrés de la fonction publique. Pour 2017, nous sommes toujours à l’oeuvre pour dresser le bilan. Nous allons en publier les résultats dès qu’ils seront prêts”, annonce-t-il. Et de préciser que, pour lui, le plus grave dans la fonction publique, ce ne sont pas les fonctionnaires fantômes, mais ceux qu’on ne trouve pas dans leurs bureaux alors qu’ils ont pour devoir de remplir un service public. Rappelant la vidéo qu’un citoyen avait publiée au mois de mars dernier sur YouTube, montrant la délégation d’une administration publique à Marrakech vidée de son personnel au cours des horaires du travail, Benabdelkader précise que c’est là où réside “le vrai problème”. 

Des fantômes et des absents 

Un “vrai problème” aux  facettes différentes. Le ministre estime que l’administration publique s’est “cloîtrée” dans un système en crise face auquel il n’est pas possible “d’imposer une rupture brutale”. “On ne peut pas remplacer les échelles et les grades par le principe de la compétence”, regrette-t-il, soulignant toutefois que le laxisme, la passivité et parfois aussi les abus exercées dans le cadre d’une fonction ne peuvent se poursuivre. “La promotion se fait sur la base des années d’ancienneté et non sur la productivité (...) Quant au système de notation, comment peut-on réellement noter un fonctionnaire s’il n’y a pas de critères à cela?”, s’interroge le ministre justifiant la nécessité et même l’urgence dictée également par l’appel royal à mieux servir les citoyens au sein des administrations publiques.

“Nous nous devons d’assurer la pérennité du service public”, tient-il à rappeler, soulignant que son département dispose d’une “vision claire” qu’il met en oeuvre pour procéder à un changement progressif. Des commissions en sont chargées, chacune sa spécialité. Mais il ne faut pas croire que cette moralisation vise à sanctionner ceux qui auraient failli à leur devoir, car “ce n’est pas un règlement de comptes” qui s’engage, tient à précise Benabdelkader. 

Le ministre rappelle, ainsi, que des efforts ont été déployés pour concrétiser la réforme de l’administration, notamment la création d’une commission de lutte contre la corruption, la réforme du décret de nomination dans les hautes fonctions et dans les fonctions de responsabilité et la décentralisation de l’administration publique pour accompagner la mise en oeuvre de la régionalisation. Le lancement du portail e-réclamation est aussi sur la liste de cette réforme dont la réussite, pour Benabdelkader, réside surtout dans la transversalité entre les départements. “Nous travaillons sur une plateforme numérique ’gateway’ qui devra être une base de données unanime et accessible à toutes les administrations. Mais il faut de la coordination et que les autres administrations veuillent y adhérer”, soutient-il.

L’expérience la plus probante et que Benabdelkader a cité en exemple est celle établi par son département, dans ce cadre, avec la Direction générale de la sûreté national. Cela permet aux citoyens d’accéder à des services publics sans avoir à présenter la carte d’identité nationale (CIN). “Nous avons compté 170 services administratifs nécessitant la présentation de la CIN”,  indique-t-il, se félicitant de l’efficacité de cette collaboration qui prouve, selon lui, “la complémentarité entre les administrations”.  Une efficacité appelée à se généraliser. Pour y parvenir, Benabdelkader devra poursuivre son plaidoyer auprès des administrations. 

GMT+1, trois petits jours et puis s’en va

Sur le changement d’heure, Mohamed Benabdelkader a un exemple à donner: Kabbour, le personnage de Hassan El Fad. “Il a bien su décrire le lien que les Marocains ont avec le temps et l’heure”, estime le ministre délégué chargé de la Réforme de l’administration et de la Fonction publique. 

Pour lui, la tension que crée le changement d’heure dure trois jours avant de s’estomper. “Plusieurs se sont plaints à nous à propos de ce changement d’heure (...)  Nous avons lancé une étude pour évaluer l’impact que ce changement suscite. À la lumière de ses résultats, nous prendrons une décision”, annonce-t-il. Et de préciser que son département avait lancé un appel d’offre pour la réalisation de cette étude en vue d’évaluer les conséquences que pourrait avoir le changement d’heure, y compris sur le plan de la santé mentale. 

Mais Benabdelkader est convaincu que le passage à l’heure d’été ne peut à aucun moment justifier une mauvaise gestion du temps. Pour lui, ceux qui conservent un mode de vie plutôt traditionnel et ne se mettent pas au diapason de la modernité n’arrivent pas à s’adapter. Un changement d’heure “brutalise” leur mode de vie, dit-il, précisant que le GMT+ 1 n’est pas une décision qui se prend “avec spontanéité”, mais une règle dictée par un cadre législatif. “Elle nous permet une économie d’énergie équivalente à cette d’une ville de taille moyenne comme Meknès ou Tétouan”, affirme Benabdelkader. Et d’assimiler le débat autour de ce changement à celui suscité par l’instauration de l’horaire continu par la fonction publique: “Maintenant, plus personne n’en parle!”

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