TUNISIE
05/11/2019 10h:57 CET

"L'Avenue, la Kasbah" de Daniel Soil ou quand "la révolution réintroduit l'amour, le possible, l'improbable"

Le roman "L'Avenue, la Kasbah" de Daniel Soil nous ramène au temps de la révolution tunisienne avec en trame de fond une histoire d'amour qui nous rappelle que cette période a été celle de tous les possibles.

L'Avenue, la Kasbah de Daniel Soil
Couverture du livre

Amoureux de la Tunisie depuis qu’il y a été diplomate de Wallonie-Bruxelles entre 2008 et 2015, l’auteur belge Daniel Soil a profité de son dernier roman “L’Avenue, la Kasbah” (Editions M.E.O) pour livrer son témoignage sur la révolution tunisienne avec en trame de fond la naissance d’une histoire d’amour entre Alyssa et Elie, et où l’évolution de la situation du pays influe sur la relation entre les deux amoureux.

Le HuffPost Tunisie a rencontré Daniel Soil pour discuter avec de son roman, à lire absolument. Interview.

HuffPost Tunisie: Diplomate, romancier, enseignant, animateur de tables de conversations... Qui êtes-vous Daniel Soil?

Daniel Soil: Avoir 18 ans en 1968 m’a marqué pour la vie. A 20 ans, j’étais enseignant d’éducation civique. A 30 ans, animateur d’associations de jeunesse ; à 40, coordinateur de projets culturels entre les pays du Maghreb et la Belgique francophone. Enfin, depuis 2004, diplomate Wallonie-Bruxelles, successivement au Maroc et en Tunisie. Aujourd’hui retraité, je suis écrivain public dans une bibliothèque à Bruxelles, à la disposition des personnes qui ont des difficultés à écrire et - la boucle est bouclée! – animateur d’une table de conversation pour les migrants récents qui veulent pratiquer les langues de la Belgique.

L'Avenue, la Kasbah, Daniel Soil
Quatrième de couverture

 

Pourquoi ce livre sur la Tunisie et surtout sur ces deux lieux très symboliques de la révolution tunisienne, l’Avenue Habib Bourguiba et la Kasbah?

Vivant à Tunis entre 2008 et 2015, j’ai vécu de très près les mois historiques, de décembre 2010 à octobre 2011. J’ai connu là ma première Révolution, tant rêvée! Quand s’est formé le projet d’un roman, j’ai tout de suite pensé à la “géographie” du soulèvement. Ce cortège des jeunes venus des régions lointaines se déplaçant, en février 2011, de l’Avenue Bourguiba, lieu du premier ralliement, vers la Kasbah, cette esplanade entourée des ministères stratégiques.

Justement, vous avez été témoin de la révolution tunisienne en janvier 2011. Que vous reste-t-il en mémoire, 8 ans après? Pensez-vous que les aspirations écoutées à ce moment ont été concrétisées depuis?

Ce qui me reste, c’est le civisme qui a eu cours dans les jours qui ont suivi le départ du dictateur. Le Pouvoir avait disparu, les habitants se sentaient à la fois libres et responsables. Certes, la Révolution a été confisquée par les politiques au fil des mois qui ont suivi. Mais était-il possible d’empêcher cette reprise en main? Je ne crois pas. Et d’ailleurs tout a-t-il été confisqué? Je ne crois pas non plus. L’aspiration démocratique demeure, surtout auprès des jeunes, même si les partis ont déçu. L’actualité le prouve. Le nouveau président lui-même évoque une nécessaire réflexion sur des formes nouvelles de démocratie, qui privilégieraient le bas plutôt que le haut.

Votre roman raconte une histoire d’amour sur fond de révolution. Il apparaît d’ailleurs à la lecture du livre que ces deux notions sont intimement liées chez vous.

Oui, le soulèvement incite à la fraternité, à la tendresse, voire à l’amour. Les corps se conjoignent dans les cortèges, on se serre, on est ému ensemble, y a d’la joie! C’est un moment unique, assez rare somme toute, où colère et désir se vivent en même temps. Et ça vaut rudement la peine d’être vécu, quelle que soit l’issue de la révolte, forcément imparfaite.

Contrairement à de nombreux “observateurs” de la révolution tunisienne, vous avez choisi de raconter votre expérience tunisienne à travers un roman et non une analyse politique. Pourquoi ce choix?

 A vrai dire, je crois qu’une fiction peut dire davantage sur la réalité qu’un compte rendu objectif. La fiction permet de dire l’événement dans toute sa subjectivité, sa poésie, ses emportements. Tous ceux qui ont traversé Tunis depuis l’Avenue jusqu’à la Kasbah début 2011 - période faste ! - le savent.

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Facebook.

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Twitter.

Retrouvez le HuffPost Tunisie sur notre page Instagram.