ALGÉRIE
14/03/2018 13h:22 CET

Laurence Païs (UpM): Beaucoup reste à faire pour l'autonomisation des femmes

Il est encore difficile aujourd'hui pour une femme en méditerranée d’accéder aux postes de décision, que ce soit en politique ou dans le domaine économique.

UPM
Laurence Païs, secrétaire générale adjointe de l’Union pour la Méditerranée en charge des affaires sociales et civiles

Laurence Païs est secrétaire générale adjointe de l’Union pour la Méditerranée (UpM) en charge des affaires sociales et civiles depuis septembre 2017. Diplomate française de carrière avec 30 ans d’expérience, elle est spécialisée dans les domaines des négociations multilatérales, de la coopération et du développement. Avant de rejoindre le Secrétariat de l’UpM, elle était Représentante permanente adjointe de la France auprès du Comité politique et de sécurité de l’Union européenne. Elle a également participé, entre autres, à la négociation de positions communes sur la politique étrangère et de sécurité, en particulier dans le cas des pays en crise au Moyen-Orient et en Afrique.

Dans cet entretien au HuffPost Algérie, Laurence Païs évalue la situation des femmes dans la méditerranée, leurs acquis, les difficultés rencontrées et les portes qui leur restent closes.

 

Le HuffPost Algérie: Dix ans après la création de l’UpM, quelle évaluation faites-vous de la situation des femmes en méditerranée ?

Laurence Païs: La situation des femmes en Méditerranée et plus précisément dans la région euro-méditerranéenne est justement l’objet du rapport de progrès qui a été présenté à la conférence ministérielle Femmes de l’UpM qui s’est tenue au Caire le 27 novembre dernier. Ce rapport montre bien que des progrès ont été réalisés en matière d’autonomisation des femmes, de leur participation à la vie politique et économique, mais bien entendu la situation n’est pas parfaite et il reste encore beaucoup à faire, notamment en matière d’application des mesures législatives qui ont été prises pour faire progresser la situation. 

 

Quels sont les acquis des femmes dans cet espace en une année et quelles portes leurs restent encore fermées ?

Il y a eu des progrès certains en matière législative, les femmes sont davantage représentées dans les parlements nationaux et surtout il y a une meilleure prise de conscience des inégalités et des violences dont les femmes sont victimes et de leurs conséquences pour la vie économique et sociale des pays concernés. Ainsi, les engagements politiques pris par les 43 Etats membres de l’UpM dans la déclaration ministérielle du Caire sont forts et ambitieux et accompagnés d’un plan d’action qui témoigne de la volonté politique de progresser. Cependant, il reste encore difficile pour une femme d’accéder aux postes de décision, que ce soit en politique ou dans le domaine économique. Ainsi le pourcentage des femmes chefs d’entreprise est entre 13 et 15 % dans la région alors qu’il est entre 31 et 38 % dans l’ensemble du monde.

 

Les problèmes vécus des deux côtés de la méditerranée sont-ils les mêmes pour les femmes ? 

Certains le sont, telles les violences dont les femmes et les filles sont encore trop souvent victimes. Les femmes se heurtent encore aux barrières sociales, aux pratiques discriminatoires et aux stéréotypes les maintenant dans des rôles et des valeurs traditionnelles. Mais bien entendu, ceci se fait à des degrés divers selon les pays.

 

Il reste encore difficile pour une femme d’accéder aux postes de décision, que ce soit en politique ou dans le domaine économique. Ainsi le pourcentage des femmes chefs d’entreprise est entre 13 et 15 % dans la région méditerranéenne alors qu’il est entre 31 et 38 % dans l’ensemble du monde.

 

Quel impact ont les programmes de l’UpM sur les vies des femmes et leurs luttes dans l’espace méditerranéen? 

Sur les 51 projets labellisés par l’UpM, plus de la moitié traitent de développement humain et intégrant une politique d’égalité des genres, et 8 s’adressent spécifiquement au renforcement du rôle des femmes dans la société. Ces programmes sont tous régionaux ou à impact régional. Ils permettent de soutenir les femmes lorsqu’elles veulent créer leurs entreprises par exemple, en leur apportant conseil, formation et appui à la recherche de financements et de débouchés à l’exportation ; certains programmes soutiennent des jeunes femmes qui au quotidien luttent pour une parité entre femmes et hommes, d’autres s’adressent aux élèves pour qu’ à travers l’éducation, ils deviennent des citoyens responsables en prenant conscience de l’importance de l’égalité de genre et du refus de la violence. Un autre encore aide les jeunes filles de milieux défavorisés à intégrer le marché du travail grâce à des formations et un accompagnement pour la recherche d’emploi.

On estime que l’ensemble de ses programmes ont bénéficié à plus de 50 000 femmes. Plus de 1500 étudiants ont été formés, plus de 2000 jeunes femmes étudiantes ont eu accès à des formations universitaires, plus de 1300 femmes entrepreneurs ont été formées et conseillées et plus de 1000 emplois ont été créés.

 

Quels sont les obstacles majeurs à l’application de ces programmes ? 

Le principal obstacle est sans doute l’obstacle financier. Toutefois, l’UpM apporte un appui aux promoteurs de projets pour les aider à compléter leur financement, à travers son réseau de partenaires, public et privé.